L'Otan qui, depuis 1949, lie les deux rives de l'Atlantique au sein d'une alliance militaire, doit affronter une nouvelle tempête qui pourrait l'obliger à réduire ses ambitions et à se replier sur sa mission initiale de défense du territoire des alliés. Cette question sera au centre des discussions des chefs d'Etat ou de gouvernement des 28 pays membres qui se retrouvent dimanche 20 et lundi 21 mai à Chicago pour un sommet qui devra se pencher sur l'avenir de l'organisation après le départ en 2014 de toutes les troupes de combat d'Afghanistan.
Certes, depuis la chute du mur de Berlin, l'Otan, créée pour défendre l'Europe de l'Ouest et l'Amérique face à toute velléité d'expansion voire d'invasion du « bloc soviétique », a réussi à se réinventer et à survivre à la fin de la division du monde en deux blocs antagonistes. L'Organisation, qui se targue d'avoir gagné la guerre froide sans avoir tiré un seul coup de canon, a largement confirmé son titre d'alliance militaire la plus réussie de l'histoire. Dans un monde où les conflits sont de plus en plus asymétriques, elle a réussi à s'imposer au Kosovo ou encore en Libye, et si ses combats contre le trafic de drogue en Méditerranée ou la piraterie au large de la Corne de l'Afrique sont loin d'être achevés, ces opérations ont permis de réunir à côté des marines des pays de l'Otan celles de nations comme la Russie, la Géorgie, Israël, voire même de la Chine. La guerre en Afghanistan ne peut certes plus être gagnée par l'Otan, qui a pris le commandement de la force internationale de sécurité dans ce pays (ISAF) en 2003. Mais l'organisation a réussi à maintenir à ses côtés 22 autres pays. L'Otan s'est même préparée à la guerre de demain, la guerre cybernétique. Tout cela tient de la prouesse pour une alliance vieille de soixante trois ans et qui, à Chicago, réunira encore une trentaine de pays partenaires à ses côtés pour en faire le plus grand sommet de son histoire.
Et pourtant, les défis qu'elle doit affronter aujourd'hui font peser des menaces sur sa propre survie. Le premier, c'est d'organiser le retrait d'Afghanistan du gros des troupes de combat pour qu'il ne tourne pas au fiasco comme ce fut le cas de l'Armée rouge en février 1989, quelques années avant l'implosion de l'URSS. Ce retrait est compliqué et si les Américains ont rappelé avant Chicago la notion de sécurité collective : « ensemble dedans, ensemble dehors », la France ne semble pas avoir écouté. Après les Pays-Bas puis le Canada, le président François Hollande s'est engagé à accélérer le désengagement français. Et même si le retrait avant la fin 2012,comme promis par le socialiste lors de sa campagne électorale, ne devrait concerner que les « troupes de combat » laissant sur place des forces de soutien et de formation de l'armée et de la police afghanes, il oblige à une accélération du déploiement de l'armée afghane notamment dans la Kapisa. Côté français, on insiste néanmoins sur le fait que le départ anticipé - de quelques mois seulement par rapport au dernier objectif de Nicolas Sarkozy de l'effectuer en 2013 -ne remet pas en question la stratégie de l'Otan en Afghanistan. Car le vrai sujet à Chicago est ailleurs : les alliés doivent décider des conditions du maintien après 2014 d'une force d'appui et de formateurs de l'armée de ce pays d'Asie centrale ainsi que du financement de l'armée afghane. Ce qui est loin d'être gagné.
Car le deuxième grand défi est le plus menaçant pour la sécurité - et la survie -de l'Otan : la crise de l'endettement public en Europe et en Amérique. Cette crise oblige les Etats à réduire encore plus rapidement que prévu leurs dépenses de défense. Avant même les derniers soubresauts de la crise grecque, les dépenses des pays européens membres de l'Otan avaient chuté de 20 % par rapport à 1991, à la fin de la guerre froide. Selon le secrétaire général de l'Organisation, le Danois Anders Fogh Rasmussen, en 1991, les Européens prenaient encore en charge 34 % des dépenses de défense des alliés laissant alors 66 % à la charge des Etats-Unis et du Canada. Une part européenne qui a chuté aujourd'hui à 21 % et qui devrait encore se réduire au moment où les Etats-Unis vont devoir aussi mettre leur défense à la diète après les folies financières en Irak et en Afghanistan.
Ce défi budgétaire intervient alors que d'autres puissances économiques et militaires comme le Brésil, la Chine et l'Inde, émergent. Ces nations, souligne à raison le dirigeant danois, « n'ont pas beaucoup d'intérêt à mettre en cause l'ordre mondial qui leur a permis de construire leur propre prospérité ». Mais ces pays ainsi que la Russie, s'ils n'ont pas empêché l'opération militaire en Libye menée par la France et l'Angleterre avec le soutien de l'Otan, et des Etats-Unis, n'y ont pas, non plus, pris part. Sans parler de la Syrie où Russie et Chine ne sont pas prêtes à accepter une quelconque intervention de l'Otan. Ce qui est un rappel que leurs intérêts ne coïncident pas - toujours -avec ceux de l'Organisation.
Cette tension est d'autant plus inquiétante que l'Alliance Atlantique, elle-même, est soumise à un risque endogène : l'éloignement - politique -des deux rives de l'Atlantique. Le président Barack Obama a bien affirmé son intention de concentrer les forces américaines - non plus vers l'Europe -mais vers l'Asie, qui est désormais la région « cruciale » à ses yeux. Pour la première puissance militaire mondiale, il s'agit d'un changement de cap non négligeable. Surtout que les tensions en mer de Chine se font de plus en plus vives. Et les appels des Américains à l'Europe de prendre une part plus grande à sa propre défense et à celle des territoires voisins risquent de rester lettre morte. Pour survivre, l'Otan qui a déjà réduit ses propres effectifs, va devoir se résoudre à son tour à une forte cure d'amaigrissement. La question est de savoir si les alliés parviendront à passer à ce que les responsables désignent comme la « smart defense », la défense intelligente, qui consiste à travailler à des programmes conjoints et à mettre de plus en plus de matériels et de munitions en commun. Ce pari est en tout cas loin d'être gagné. Même si Barack Obama fera tout pour que le sommet de Chicago, le premier depuis treize ans sur le territoire américain, se passe bien et que les alliés n'affichent pas trop en public leurs différends.
Jacques Hubert-Rodier est éditorialiste aux « Echos »
Les deux partis s'accusent mutuellement d'être responsables de l'échec des négociations.
Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, a déclaré "regretter" l'absence d'un accord avec le Front de gauche en vue des élections législatives. WITT/SIPA
"Aucun accord national n'a été trouvé" entre le Front de gauche et l'alliance Parti socialiste (PS) Europe Ecologie-les Verts (EELV) pour les élections législatives. C'est ce qu'annoncent de concert vendredi 18 mai les dirigeants du PS, du Parti de gauche (PG) et du Parti communiste français (PCF). Pour rappel, ces deux derniers forment le Front de gauche.
Pas d'entente avec le Parti de gauche
Des discussions ont eu lieu sur les circonscriptions où il y a un risque d'élimination de la gauche à l'issue du premier tour à cause du Front national. Les négociations "n'ont pas abouti, et elles n'aboutiront pas", précise Lydie Benoist, responsable des élections au PCF.
Le secrétaire national du PG Eric Coquerel précise aussi pour sa part : "Il n'y a pas d'accord avec le Parti de gauche (PG), donc pas d'accord avec le Front de gauche" (FG).
"Ce n'est pas un accord, c'est un diktat"
"On se retirait dans 13 circonscriptions sur 29, donc c'était un beau geste", estime la responsable élections du Parti communiste français. Or "le PS a trouvé que c'était insuffisant au total, car il voulait négocier sur davantage de circonscriptions". Le PS, en début de semaine, avait effectivement cité le chiffre de 55.
En outre, dans la répartition au sein du Front de gauche, "il n'y avait pas d'accord entre le PCF et le PG", pointe Lydie Benoist.
Eric Coquerel souligne de son côté : "On demandait, nous, Parti de gauche, d'avoir une circonscription gagnable dans cet accord. Ça nous a toujours été refusé, quelle que soit la proposition que nous faisions. A partir de là, ce n'est plus un accord, c'est un diktat. Or ce n'est pas notre style."
A l'issue d'un entretien de deux heures avec le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, Martine Aubry, a confirmé qu'il n'y avait "pas d'accord avec le Front de gauche, parce qu'il y a des désaccords au sein du Front de gauche" (PCF et Parti de gauche).
Selon la première secrétaire du PS, "le travail a été mené avec le Parti communiste dans de très bonnes conditions, un très bon climat". "C'est une responsabilité qui dépend d'eux, que nous respectons, que nous regrettons, mais le travail a été fait dans de bonnes conditions", juge la maire de Lille.
Martine Aubry estime toutefois que cette absence d'accord ne devrait pas faire perdre de circonscriptions à la gauche, puisque les discussions portaient sur des zones où elle ne partait pas favorite, mais où il s'agissait d'éviter son élimination dès le premier tour.
Le PG fait un geste
Quelques heures après cette annonce, le Parti de gauche annonce son retrait de deux circonscriptions à risque pour la gauche : la 7e circonscription de Moselle et la 1ere circonscription de l'Aube.
"Nous avons décidé de montrer que le rassemblement à gauche était possible en nous retirant unilatéralement de deux circonscriptions particulièrement critiques", précise le parti. "Nous faisons ce geste sans aucune contrepartie, comme notre appel à battre Nicolas Sarkozy entre les deux tours".
La négociation pour trouver un accord sur les circonscriptions dites à 'risque FN' a échoué. Nous le regrettons profondément pour avoir été les initiateurs de cette tentative."
"Manifestement le PS, avec l'appui d'Europe Ecologie-les Verts (EELV), fait passer sa volonté d'être seul majoritaire à l'Assemblée nationale avant tout autre considérant", affirme le Parti de gauche.
"Irresponsable" pour le PCF, qui cherche des solutions locales
"C'est irresponsable. C'est un très mauvais signe pour le rassemblement nécessaire à gauche", commente le Parti communiste français, quelques heures après avoir annoncé qu'aucun accord n'a été trouvé.
"Le PCF et ses candidats, qui vont mener avec le Front de gauche dans un esprit de conquête le combat législatif qui s'annonce, restent disponibles pour discuter localement, là où s'avéreraient indispensables des accords locaux pour écarter le risque qu'un accord national n'a malheureusement pas pu écarter", précise le parti.
Les différents candidats avaient jusqu'à 18 heures ce soir pour déposer leurs candidatures.
2012-Ayrault et Aubry mèneront ensemble les législatives
Créé le 18-05-2012 à 16h15 - Mis à jour à 16h15
PARIS (Reuters) - Jean-Marc Ayrault et Martine Aubry ont annoncé vendredi qu'ils conduiraient ensemble la campagne des législatives de juin et qu'ils tiendraient des meetings en commun.
Le Premier ministre avait convié à déjeuner la première secrétaire du PS, qui, faute d'avoir obtenu Matignon, a préféré rester en dehors du gouvernement, afin d'aplanir d'éventuelles divergences.
Tous deux ont assuré à l'issue du déjeuner qu'ils formeraient une équipe soudée.
"Le Premier ministre est le chef de la majorité et je mènerai à ses côtés, pour les socialistes la bataille des législatives", a dit Martine Aubry aux journalistes.
"Nous irons à la fois à Lille et à Nantes et puis, pour terminer, à Paris", a précisé Jean-Marc Ayrault.
"Nous faisons campagne ensemble, je crois que c'est très important de montrer le rassemblement qui nous a permis de gagner les élections présidentielle et qui nous fera, je l'espère, gagner les élections législatives", a-t-il ajouté.
Le Premier ministre a souligné que l'enjeu était de donner au président François Hollande "une large majorité pour mettre en oeuvre ce que les Français ont choisi le 6 mai."
Il a affirmé que d'autres déjeuners de ce type auraient lieu afin d'assurer la cohésion entre le gouvernement et le Parti socialiste.
La "feuille de route, c'est le projet de François Hollande. C'est notre mission de la mettre en oeuvre et pour ça, on a besoin d'un lien avec les Français", a-t-il expliqué.
Jean-Marc Ayrault était venu lui-même accueillir la maire de Lille sur le perron, comme s'il n'avait jamais été question de leur rivalité pour Matignon. Les deux ténors du PS se sont chaleureusement embrassés face aux caméras.
DECRYPTAGE Le retrait des troupes françaises d'Afghanistan et les conditions du retour de la France dans le commandement intégré de l’Otan seront au coeur des discussions entre les deux chefs d'Etat.
Le président des Etats-Unis Barack Obama reçoit vendredi François Hollande à la Maison-Blanche (c) Afp
Après sa première rencontre avec Angela Merkel, François Hollande saute vraiment dans le grand bain de l’international ce vendredi 18 mai. Direction Washington. Un tête-à-tête d’une heure et quart est prévu avec Barack Obama aux aurores, puis un déjeuner le midi avec la Secrétaire d’Etat Hilary Clinton.
Aux Etats-Unis, où "socialiste" sonne toujours comme un gros mot depuis des années McCarthy, on attend le nouveau chef de l’Etat avec curiosité. D’autant que le Français a décidé de rompre avec la ligne du précédent pouvoir. "Nicolas l’Américain", c’est fini.
Le retrait d'Afghanistan au coeur des discussions
Après le G8 de Camp David, les 18 et 19 mai, aura lieu à Chicago, sur les terres du Président américain, le sommet de l’Otan. François Hollande y officialisera le point 59 de son programme électoral, qu’il a martelé tout au long de la campagne: les troupes françaises quitteront l’Afghanistan d’ici à la fin de l’année. Concrètement, on ne sait pas encore ce qu’il adviendra du matériel, mais les hommes partiront du territoire avec quelques mois d’avance sur le calendrier initial.
La veille du second tour, Pierre Moscovici avait été très clair devant la presse étrangère : "Nous avons eu avec nos amis américains des échanges constants. Nous n’avons aucune intention de mettre Barack Obama en difficulté, mais, pour nous, la décision est irrévocable".
Alors que des dignitaires de l’UMP crient à la trahison des partenaires de la France, avertissent qu’Obama joue en partie sa réélection sur l’Afghanistan, l’ambassadeur d’un grand pays tempère : "il suffira que François Hollande annonce son désengagement sans faire de provocation, nous comprendrons". Ce à quoi un diplomate américain ajoute : "les Français devront se retirer de manière responsable". Après tout, les Pays-Bas et le Canada ont aussi retiré leurs troupes plus tôt que prévu. Mais, à l’époque, Nicolas Sarkozy avait envoyé 1.000 hommes de plus pour compenser…
Pas question d'aller au clash
Autre rupture attendue, François Hollande devrait annoncer qu’il va "revoir les conditions du retour de la France dans le commandement intégré de l'Otan". Ce retour qui avait été voulu par Nicolas Sarkozy, mais critiqué dans son camp par les gaullistes purs et durs, Alain Juppé compris, a coûté cher à la France en contribution mais a peu rapporté en terme de prestige ou de postes à responsabilité.
Le nouveau Président ne devrait pourtant pas aller au clash. Sa visite est préparée depuis des semaines. Vendredi 11 mai, Washington a envoyé une délégation de haut rang a rencontrer le camp de Hollande, et notamment Paul Jean-Ortiz, conseiller diplomatique du Président, Laurent Fabius, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Pierre Moscovici et Michel Sapin.
Quant à l’ambassade des Etats-Unis, Charles Rivkin, un Fobo –friend of Barack Obama, ils se sont connus à la fac-, il a rencontré François Hollande au… dernier salon de l’agriculture.