• Le fantasme de la voiture de fonction

    Samedi 30 Mars 2013 à 17:00 lien

    Christophe Aubry

     

    Personnalisation, services exclusifs, financement aux petits oignons... Dans l'entreprise, l'automobile a la cote. Les salariés y puisent un supplément "prestige", les employeurs boostent, grâce à leurs flottilles rutilantes, le fameux esprit "corporate" qui leur tient tant à cœur. Et, financièrement, c'est win-win pour tous. Explications.


    Jon Feingersh
    Jon Feingersh

    Elle s'appelait Renault 21 Manager. Dans les années 90, c'était le Graal du cadre téméraire... et chanceux. Le privilège était tel qu'il n'avait, souvent, même pas le droit d'en choisir la couleur. Blanc banquise pour tout le monde, et surtout pas une option que le collègue n'a pas. Sacerdoce de quelques privilégiés, la voiture de fonction ? Plus vraiment : rouler aux frais de la princesse est totalement passé dans les mœurs. En France, les ventes de véhicules particuliers aux loueurs, constructeurs, sociétés et administrations ont représenté 45,26 % l'année dernière (source : Association auxiliaire de l'automobile), contre... 26 % en 1991.  

    Ainsi donc, l'automobile, égérie du baby-boomer en quête de liberté, vit-elle de plus en plus sous perfusion de l'entreprise. En cause, tout d'abord : la baisse structurelle des ventes aux particuliers, presque continue depuis vingt ans, rarement interrompue par des effets de primes à la casse. En 2012, année sinistrée, ces dernières ont même plongé de 19,48 %. Pour Philippe Brendel, président de l'Observatoire du véhicule d'entreprise, les causes sont multiples : «Le recours aux véhicules de fonction, financièrement intéressants pour les entreprises et les collaborateurs, s'est tout d'abord développé. Mais il faut aussi relever que les activités des entreprises nécessitent de plus en plus de déplacements et de livraisons, notamment avec le phénomène du commerce par Internet et le développement des services.» Une voiture de fonction, c'est du win-win : le salarié, certes imposable par le dispositif de l'avantage en nature, paiera de toute façon sa voiture moins cher par ce biais que s'il l'achetait. Et l'employeur dépensera nettement moins que s'il augmentait son employé... Plus roublard, tu meurs.

    L'apparition et le soutien de nouvelles formes de financement, toujours plus raffinées, a catalysé l'appétit de mobilité des sociétés, qu'il s'agisse du crédit-bail, marotte des petites PME ou de la plus tentaculaire «LLD», la location longue durée, choisie par les 4 500 entreprises qui disposent d'une flotte de plus de 500 voitures, louées et gérées (démarches administratives, assurance, assistance, entretien, réparations) pour des kilométrages et des durées définies par des établissements avant tout financiers que sont Arval, Lease Plan, GE Capital... Un business monumental, puisque, en France, la flotte gérée par les loueurs de longue durée dépasse le million de voitures... Pour les constructeurs, il faut prendre en compte la masse comme l'individu, l'ultraspécifique : la plupart des marques intègrent ainsi des cellules spéciales dédiées au sur-mesure. Renault, par exemple, dont le département Tech se consacre entièrement à l'adaptation des véhicules de société, qu'il s'agisse du transport de personnes à mobilité réduite, de l'aménagement d'utilitaires ou de la transformation de voitures particulières en autos-écoles. Sur un créneau plus envié, les constructeurs de prestige rivalisent d'attentions et de gadgets pour séduire les PDG pressés en quête d'un bureau mobile suraccessoirisé, surpersonnalisé. IPad intégrés aux dossiers, sièges spécifiques à réglages multiples, WiFi de bord... il n'y a presque pas de limites, comme en témoignent, entre autres, les berlines blindées proposées par BMW Security Vehicles ou les aménagements (cuir, boiseries) proposés par ses concurrents.

    Finitions business

    Ces dernières années, les marques ont aussi fait l'effort de calibrer leurs modèles, leurs services, en fonction d'exigences «pro». Des finitions exclusives «business» sont ainsi apparues en masse. Très équipées, elles chouchoutent la productivité du salarié mobile (GPS pour ne pas se perdre, climatisation pour garder la tête froide, radar de recul), sans oublier de flatter son ego. Octroyer une belle auto à un employé, c'est autant une manière de le valoriser que d'étouffer à l'avance d'éventuelles revendications... Comment réclamer quoi que ce soit à son patron lorsqu'il a eu la bonté de remplacer votre franchouillarde Clio de fonction par une VW Golf avec des jantes alliage ? Allons, ne soyez pas ingrat... Si vous êtes performant, le boss vous gratifiera dans deux ans d'une Audi A3. Un luxe inespéré ? Pas forcément : en matière de véhicule d'entreprise, le TCO, Total Cost Of Ownership, calcul sophistiqué (et variable selon son officine) du coût global d'utilisation d'une voiture d'entreprise, fait loi. A l'intérieur de ce barème, la valeur de revente estimée occupe une place prépondérante : les modèles chic ne sont pas forcément les plus chers, car ils décotent (parfois beaucoup) moins. De quoi relativiser les largesses de votre N + 12, même si celui-ci est soumis à une forte pression fiscale. Car, en France, où l'automobile a toujours été considérée comme un bien somptuaire, les entreprises rament pour rouler.

    Le paradoxe du diesel

    Pour Louis Daubin, directeur du magazine professionnel Kilomètres Entreprise, les pouvoirs publics ont encore du chemin à parcourir. «Les ventes aux sociétés constituent l'une des portes de sortie de la crise actuelle. En Grande-Bretagne, 70 % des voitures sont vendues aux entreprises. En France, nous sommes encore loin de ce chiffre. La fiscalité anglaise est extrêmement favorable aux salariés, qui ne paient pas d'impôts sur les avantages en nature, mais aussi aux entreprises avec l'impôt sur les sociétés et la TVS. Notre politique n'est pas incitative... c'est elle qui a fait disparaître le haut de gamme français.» Autre bizarrerie bien de chez nous, particulièrement gênante en plein débat sur la fiscalité écologique : un système qui favorise outrageusement le diesel, à triple titre. D'abord parce que le gazole est toujours moins taxé que l'essence, mais aussi parce que les dispositifs fiscaux sont conçus... sur mesure. Ainsi la TVS (taxe sur les véhicules de société), dont le mode de calcul est basé sur les émissions de CO2, favorise-t-elle naturellement les diesels, car moins émetteurs de gaz à effet de serre (mais posant des problèmes de pollution, dont les particules fines). Ultime aberration : les entreprises peuvent récupérer 80 % de la TVA sur le gazole, mais zéro sur l'essence. Kafkaïen. En matière de véhicules d'entreprise plus qu'ailleurs, la fiscalité fait loi. Les modèles hybrides, qui cartonnent, lui doivent tout : non seulement ils bénéficient d'un bonus de 4 000 € maximum, mais ils ouvrent le droit à une exemption de TVS pour... huit trimestres. Ecolo ? Non, juste corporate. C.Au.



    DIS-MOI DANS QUOI TU ROULES, JE TE DIRAI TA PLACE DANS L'ORGANIGRAMME...

    Une voiture de fonction, c'est le Jolly Jumper du salarié. A la fois une compagne de route et une médaille d'honneur.

    140 g : niveau de CO2 au-delà duquel la taxe annuelle double pour les véhicules de société.

    LA CHEF DE PRODUIT : RENAULT CLIO

    Efficace mais speed, le commercial moderne a besoin du meilleur outil qui soit.... La nouvelle Clio, déjà en tête des ventes, a tout pour lui plaire : des moteurs frugaux, une grande polyvalence d'usage et un look valorisant. Une bonne affaire pour nombre de petites entreprises, qui souhaitent rester propriétaires de leurs autos.

    LE DIRCOM : BMW SÉRIE 3

    Le Graal de l'homme qui commence à réussir dans la vie est ici : la Série 3 de BMW, connue pour son agrément de conduite, sa qualité de fabrication impeccable et son look sportif qui situe tout de suite les ambitions de son conducteur... Chic, mais pas dispendieuse : ses moteurs et ses niveaux d'émission font référence.

    LA CHEF DE FAB : CROSSOVER HYBRIDE

    Rouler économique sans trucider la planète ? Le rêve. Les hybrides bénéficient d'une exemption de taxe sur les véhicules de société pendant deux ans. Avec les avantages fiscaux liés aux diesels et au bonus de 3 795 €, cette 3008 Hybrid4, déjà confortable, bien fabriquée et douce à conduire, est une affaire redoutable, car elle consomme très peu eu égard à son gabarit.

    LE DRH : VOLKSWAGEN GOLF

    Entre deux rendez-vous avec le consultant en restructuration et le cost-killer du contrôle de gestion, notre homme gère son temps avec une rigueur de métronome. Hyperéquipée et dotée d'un agrément de conduite à la pointe, la Golf VII est la meilleure compacte du marché. Avantage majeur : une décote moins forte que les françaises, pour une valeur de revente plus élevée.

    L'ATTACHÉ DE PRESSE : RENAULT TWIZY

    Pour faire parler de soi, rien de mieux que le gadget du moment bardé d'autocollants : le petit quadricycle électrique de Renault n'a certes pas beaucoup d'autonomie (environ 70 km), mais il conviendra aux stricts urbains qui aiment se garer partout sans recracher un gramme de C02, ni aucun polluant. En plus, il est fun à conduire...

    LA SECRÉTAIRE DE DIRECTION : OPEL ADAM

    Difficile pour un salarié dans le coup de résister à la meilleure concurrente directe de la Fiat 500 : la petite Opel Adam, qui n'existe qu'en essence (attention, TVA non récupérable), son intérieur nickel et ses possibilités de personnalisation jamais vues sur le marché : 61 000 pour l'extérieur et 82 000 pour l'intérieur !

    L'ACTIONNAIRE : AUDI A7

    Sa réussite est derrière lui. Plus besoin de ramer, ses journées sont devenues plus cool. Alors il cherche le plaisir : l'A7, grand coupé à cinq portes d'Audi, comblera cet homme exigeant par sa qualité de finition stratosphérique, sa silhouette unique et ses performances de vraie sportive...

    L'INFORMATICIEN : TOYOTA AURIS HYBRID

    Fasciné par les systèmes compliqués, notre geek roule beaucoup, mais abhorre le diesel, de plus en plus contesté. Et, même s'il ne peut récupérer la TVA sur le sans-plomb (seuls les diesels le peuvent, à 80 % mais ça pourrait changer !), il a choisi une hybride essence, pour sa douceur de fonctionnement en ville et ses consommations plancher. Un pionnier !

    LA DIRECTRICE MARKETING : CITROËN DS5

    A défaut de posséder un jet privé, autant demander à son boss la voiture qui s'en rapproche le plus. Disponible en hybride diesel, avec un bonus de 4 000 € et une exemption de taxe sur les véhicules de société pendant deux ans, cette frugale DS5, au style et à la finition unique n'est presque plus un caprice...

    45 % des voitures particulières vendues en 2012 l'ont été à des entreprises ou à des collectivités - 4 500 : entreprises françaises possédant une flotte de plus de 500 voitures.

    SUR MESURE

    Les constructeurs ont tous développé des cellules spéciales pour les entreprises. Pour les artisans, Renault Tech, par exemple, équipe sur mesure ses utilitaires. Les constructeurs allemands (BMW, Audi, Mercedes), quant à eux, rivalisent de raffinement pour proposer des bureaux mobiles high-tech pour PDG du CAC.

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  • Football - Liga   
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    Avant d'affronter le PSG, le FC Barcelone montre ses failles

    Celta Vigo2 - 2FC Barcelone

    A Vigo (2-2), le Barça, certes remanié, a exposé au grand jour ses errements actuels : défense friable et difficultés à l'extérieur. Le PSG sait où appuyer.

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    Ce Barça n'est pas parfait - Football - LigaAFP

    Bien sûr, il en faudra plus pour déstabiliser le Barça. Bien sûr, ce n’est qu’une tendance qui ne doit pas masquer l’essentiel : Barcelone reste une redoutable machine de guerre. Mais à trois jours d’un déplacement capital au Parc des Princes, les Catalans ont étalé en Galice, face au Celta Vigo (2-2), des carences qui s’apparentent à de mauvaises habitudes. Depuis mi-janvier et sa défaite sur la pelouse de la Real Sociedad (3-2), Barcelone affiche, toutes compétitions confondues, un bilan négatif en déplacement : deux victoires, trois nuls et trois défaites.

    C’est le plus gros caillou dans la chaussure du Barça cette saison. Si Jordi Roura a fait tourner son onze samedi en laissant entre autres Xavi, Iniesta ou encore Busquets sur le banc au coup d’envoi, les défaites à Milan (2-0) ou à Madrid (2-1) ces dernières semaines ont été concédées avec le meilleur onze possible. Depuis son déplacement à Levante le 25 novembre dernier (0-4), Barcelone a toujours encaissé un but en déplacement en Liga. Car c’est bien là que le bât blesse : en défense. Ce n’est pas tout à fait un hasard si c'est ce secteur du onze qui devrait subir un important lifting lors du prochain mercato estival.

     Piqué, Alvés et Montoya en difficulté

    Ce samedi encore, la défense du Barça qui devrait être assez proche de celle alignée face à Paris, si on excepte le retour de Mascherano dans l’axe, a bu la tasse face au 18e de Liga. Le Celta Vigo a montré la voie au PSG, comme l’avait fait l’AC Milan avant lui à San Siro (2-0). Les Galiciens ont insisté dans le dos des défenseurs latéraux, Dani Alvès et Montoya, et ils ont bien fait. Le Brésilien a complètement oublié Oubina dans son dos sur l’égalisation du Celta Vigo (88e) alors que la doublure de Jordi Alba et Adriano s’est fait balader toute la rencontre par l’ancien Stéphanois Augusto Fernandez et a semblé bien incapable de placer sa patte gauche en phase offensive. Si Alba, dont la participation est toujours incertaine en C1, ne pouvait pas tenir sa place mardi, Lucas devrait pouvoir se régaler dans le dos de Montoya.

    Dans l’axe, Piqué a encore une fois étalé ses limites du moment. Comme une mauvaise habitude, sa responsabilité est clairement engagée sur l’ouverture du score. Jordi Roura n’a pas voulu accabler son arrière-garde mais a constaté : "Nous avions fait le plus dur en remontant, mais c'est le football. En peu d'actions, ils ont mis deux buts", a réagi l’entraineur adjoint des Blaugrana. Mais tel est le problème du Barça : il ne concède pas forcément une kyrielle d’occasions mais encaisse beaucoup de buts. Dès que l’axe central barcelonais est exposé, il souffre alors que les latéraux laissent des boulevards dans leur dos. Le Barça a tellement d’autres atouts que le PSG serait inspiré d’appuyer sur des carences qui se confirment un peu plus à chaque déplacement des Catalans.


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  • La finance en libre accès ?

    Publié le 30/03/2013 à 17h00

    Les changements les plus radicaux passent parfois inaperçus. En une quinzaine d’années, le marché de l’information économique a connu une révolution comparable à celle du libre accès dans le monde académique.

    Le monopole séculaire des grandes agences en est ressorti sérieusement entamé au profit d’une sorte de communisation de l’information : elle est de moins en moins un produit à acquérir et de plus en plus une sorte de bien public, universellement disponible.

    Cette exigence nouvelle de visibilité publique des transactions financières est parfois vue comme une réponse partielle à la crise. Cherchant à réformer le système financier américain, la loi Dodd-Frank se présente comme :

    « Une loi pour promouvoir la stabilité financière des Etats-Unis en améliorant l’accountability (la responsabilisation) et la transparence dans le système financier. »

    On assisterait ainsi à une mutation inédite. A la fin des années 1970, Jean-Noël Jeanneney soulignait dans « L’argent de la presse » que les milieux financiers pratiquent une véritable culture du secret. Aujourd’hui, cette discrétion ne serait plus de mise.

    La fin de l’inégalité d’information ?

    C’est l’un des principaux biais de la théorie libérale. Elle repose toute entière sur le postulat d’un marché libre et non faussé. Or, en pratique, la réalité est bien différente : certains acteurs en savent bien plus que d’autres.

    Le système des grandes agences d’information favorise une petite minorité de privilégiés. Moyennant des abonnements souvent considérables à des terminaux d’accès (les Financial Data Vendors), ces derniers accèdent à de nombreuses données essentielles. Le temps constitue notamment un élément stratégique : en l’absence d’un abonnement, les cours ne peuvent être consultés qu’avec un différé de 15 minutes.

    Dans un jeu où les règles ne sont pas les mêmes pour tous, il n’est pas bien difficile de déterminer les gagnants et les perdants. Les institutions de premier plan ont toujours une longueur d’avance sur les petits investisseurs.

    Sans disparaître complètement, cette relation d’asymétrie perd de sa vigueur depuis une quinzaine d’années. La révolution numérique bouleverse doucement mais sûrement le secteur de l’information financière.

    Les grandes agences ont perdu leur fond monopolistique

    Au début des années 2000, l’agence Reuters passe tout près du dépôt de bilan : ses terminaux surfacturés ne sont plus compétitifs. Son principal concurrent, Bloomberg, s’en sort mieux au prix d’une certaine adaptation : depuis plusieurs années, il alimente un centre Open Bloomberg.

    Les grandes agences ont ainsi graduellement perdu leur fond monopolistique. Les données sur les entreprises sont les premières concernées : entre les archives de la presse spécialisée, les bilans chiffrés officiels ou les synthèses de Wikipédia, elles s’avèrent aisément récupérables.

    Les cours boursiers suivent avec un temps de retard. Google Finance a signé l’année dernière un partenariat avec la bourse de Londres : les cours sont désormais universellement accessibles en temps « réel », sans le différé de 15 minutes.

    Un mouvement hétéroclite…

    Comme tout mouvement de longue haleine, l’open data financier n’est pas d’un bloc. Il recouvre de multiples d’initiatives, certaines plus fructueuses que d’autres. L’administration américaine a clairement joué un rôle moteur en imposant une standardisation des données financières.

    Jusqu’alors, il existait une multitude de formats, parfois spécifiques à une seule institution et rarement compatibles entre eux. Depuis plusieurs années, les moyennes et grandes entreprises des Etats-Unis doivent publier leur comptabilité sur la base EDGAR en recourant à un langage dit sémantique, le XBRL [PDF].


    Les données financières de Google sur la base de donnée EDGAR

    L’accessibilité de cette standardisation reste problématique. Le XBRL ne peut être maîtrisé par le commun des mortels : il n’en existe à ce jour aucun tutoriel en ligne.

    L’association qui le promeut omet de diffuser des ressources éducatives afin de mieux mettre en avant ses formations assez onéreuses (600 à 700 euros pour une demi-journée d’apprentissage). On se trouve ainsi dans une situation contre-intuitive, où un format a priori libre appelle un savoir concrètement privatisé.

    Offrir un autre son de cloche

    Par ailleurs, il ne suffit pas de publier les données : il faut encore les comprendre. Plusieurs projets associatifs s’y emploient et tentent d’offrir un autre son de cloche que le discours officiel des institutions financières.

    Open Corporates renseigne plusieurs millions d’entreprises dans une vingtaine de pays. L’Open Knowledge Foundation a développé un outil de contre-expertise assez performant, Open Spending ; il est fréquemment utilisé pour détailler des budgets publics, tels que celui du Royaume-Uni ou de l’Union européenne. Enfin, de manière plus indirecte, le projet Wikidata permettra de combiner facilement des millions de données fiables.

    Toutes ces initiatives commencent à se structurer. Il y a deux mois, l’Open Knowledge Foundation organisait un atelier sur l’économie ouverte (Open Economics) qui regroupait économistes, informaticiens et militants associatifs.

    Un peu à contre-courant de ce mouvement d’ouverture, certains professionnels cherchent à éliminer les intermédiaires au profit d’une automatisation des tâches. Forbes fait ainsi appel depuis peu au service d’un chroniqueur robot, qui se sert allègrement des nombreuses données disponibles en ligne.

    Vers une révolution culturelle ?

    Comme on pourrait s’y attendre, il ne fait qu’un travail de compilation sans inventivité. Il y a peu de risque que cet honnête travailleur mécanique aille jusqu’à contester les évaluations officielles des entreprises ou des institutions publiques.

    Comme on le voit, le problème est plus culturel que technique. La réduction des asymétries d’information passe avant tout par un changement d’état d’esprit, l’acquisition du savoir économique nécessitant non plus un système de distribution vertical mais une interface d’échange de pair à pair.

    Les prémisses d’une telle révolution culturelle semblent se dessiner. Dans le sillage de la crise, plusieurs communautés en ligne expérimentent de nouvelles manières d’envisager l’acte économique. En France, le réseau Ouishare cherche à fédérer toutes ces alternatives émergentes.

    Elles peuvent passer par la généralisations de pratiques anciennes (covoiturage, hébergement) ou par une redéfinition radicale de nos manières d’appréhender la vie économique (adoption d’une monnaie virtuelle, généralisation du salaire de base universel).

    Nouveau modèle subversif bientôt domestiqué ?

    La définition de cette nouvelle culture économique est l’objet d’âpres controverses. Pour le très libéral The Economist, les révolutionnaires devraient finir par rentrer dans le rang :

    « Ce qui ressemble à un nouveau modèle subversif va probablement se fondre dans les modèles existants et être graduellement domestiqué par les acteurs dominants du marché… »

    Numérama postule a contrario l’émergence d’un nouveau communisme. A certains égards, l’économie du partage tendrait vers les idéaux romantiques du premier Marx. Les manuscrits de 1844 postulaient l’organisation d’une société non hiérarchisée et non formalisée où chaque objet est un bien commun librement appropriable par tous.

    Le débat demeure ouvert. En attendant, que la mécanique du changement s’affirme au cœur-même de l’économie de marché, voilà qui peut faire frémir ou rêver, selon l’orientation de chacun…


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  • Rachid Taha, Sinbad rockeur

    Samedi 30 Mars 2013 à 17:00 lien

    Myriam Perfetti

    Ni calmé ni assagi, celui qui a su revisiter Trenet, Elvis et les Clash poursuit sa route avec l'excellent "Zoom", album aux multiples influences, plus rageur et festif que jamais.

    BALTEL/SIPA

    BALTEL/SIPA

    Dans son nouvel album, Rachid Taha s'offre un zoom. Sur sa carrière. Sur sa vie. Sur ses racines et sur cette France où ses parents ont choisi les frimas alsaciens, loin des chaleurs algériennes. C'était il y a quarante-cinq ans, et Rachid était encore un petit garçon.  

    «Ce n'est pas le fait de vieillir qui me fait lorgner dans le rétroviseur. J'ai toujours agi comme cela. Tout au long de mon parcours, je me suis replongé en arrière pour mieux aller de l'avant. C'est mon seul permis de conduire, car je préfère me conduire que de conduire», balance-t-il, goguenard. Parce qu'il est passé de l'enfance à l'exil ? «C'est plus l'exil qui me rappelle l'enfance. Le mien est heureux, il me fait voyager, me renforce d'année en année. Ce n'est pas un retour, mais un recours aux racines.» Depuis ses débuts dans les années 80 avec son groupe Carte de séjour, Rachid Taha a toujours privilégié les convergences plutôt que les différences. Entre passé et présent, entre la musique de l'Orient, qui l'a bercé, et celle de l'Occident, qui l'a vu naître artistiquement. Comme dans cette reprise de Douce France de Charles Trenet, qui, swinguant sur des sonorités arabisantes, a accompagné les marches des jeunes Franco-Arabes «pour l'égalité». Comme dans Voilà voilà, son manifeste électro antilepéniste, sorti en 1993, dont il donne, sur ce nouvel album, enregistré entre Paris et la Grande-Bretagne, une nouvelle version plus dure, plus électrique, plus impérative. «Désormais, il faut écouter les paroles de droite à gauche, s'enflamme ce passeur de mondes en buvant un verre de bordeaux, il y a urgence, la situation est pire que dans les années 90, car la parole raciste s'est libérée en France, mais aussi dans toute l'Europe. Quitte à choquer, je pense qu'il faut que Marine Le Pen arrive au pouvoir. Elle pourra enfin montrer ses limites.»

    Plutôt que défendre les couleurs d'un drapeau, Rachid Taha, Sinbad musical, préfère voguer sur celles de l'arc-en-ciel, se refusant de cingler uniquement vers le raï, le rock, le punk et l'électro, pour mieux croiser tous ces alizés musicaux. Témoin de cette ligne de conduite, sur l'excellent Zoom, produit par Justin Adams, guitariste de Robert Plant et réalisé avec la complicité de l'ex-Clash Mick Jones et de Brian Eno, on trouve une version de Now Or Never d'Elvis Presley, nappée de sensualité orientale, interprétée en duo avec la chanteuse de jazz Jeanne Added. Mais aussi du blues rock sur Khalouni, où il éructe «Je n'ai pas de passeport/Et pas de visa/Pas de carte Bleue/Je n'ai rien/Je ne suis rien», du punk raï sur Fakir ou sur Algerian Tango. Et de la chanson «françarabe» comme sur Zoom sur Om, écrite par Jean Fauque, le parolier d'Alain Bashung, superbe hommage à la «quatrième pyramide d'Egypte», Oum Kalsoum, où il n'hésite pas à sampler la voix de la diva arabe et à croiser ouds et guitares électriques.

    «C'était important pour moi de réconcilier Memphis et Le Caire, l'Orient et le Désorient, de faire se rencontrer deux de mes idoles, Elvis Presley et Oum Kalsoum», explique-t-il, restant ainsi fidèle à sa devise : «Je ne changerai pas de route à cause de mon nom et je ne changerai pas de nom à cause de ma route.» Certains de ses morceaux, par exemple Barra Barra, ont enflammé les révoltes des printemps arabes qui «ont semé une graine mais donné de mauvaises herbes». «C'est un printemps sans fleur, sans rose», se désole-t-il, en allumant une énième cigarette. «Ma réponse à ce fascisme vert, c'est un festival de rock arabe que j'organise à Paris en septembre avec des groupes que je suis allé chercher en Arabie saoudite, au Koweït, en Irak, en Libye, au Pakistan, en Afghanistan et au Maghreb. Ce sera mon printemps à moi.» Qu'il fêtera non pas en tirailleur apatride, ni en derviche rockeur ou en citoyen du monde branché sur le Coran alternatif, mais en «derviche tourneur-fraiseur et en citron du monde». Toujours loin des drapeaux, ivre de liberté.

    Zoom, de Rachid Taha, Naïve.

    En concert les 15 et 16 mai au Trianon, Paris XVIIIe.


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    Sur le Web, le "Hollande bashing" se radicalise

    LE MONDE | <time datetime="2013-03-30T11:13:27+01:00" itemprop="datePublished">30.03.2013 à 11h13</time> • Mis à jour le <time datetime="2013-03-30T16:24:56+01:00" itemprop="dateModified">30.03.2013 à 16h24</time>
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    Manifestation contre le mariage gay devant France Télévisions, le 28 mars, lors de l'intervention télévisée de Hollande.

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    "Hollande démission". Il suffit de taper ces deux mots sur le moteur de recherche du site de microblogging Twitter et de voir des dizaines de messages s'accumuler pour comprendre que l'impopularité du chef de l'Etat, qui atteint des sommets dans les sondages, se traduit aussi en ligne.

    Lire aussi dans notre dossier : Sur le terrain, les députés UMP constatent la radicalisation des militants (abonnés)

    L'anti-hollandisme n'est pas neuf sur le Web, mais, depuis quelques semaines, il gagne en intensité. Aux "Flamby" ou "Normal Ier" viennent s'ajouter des qualificatifs plus grossiers et surtout des appels répétés au départ : on peut trouver en ligne une douzaine de pétitions demandant sa démission, voire sa destitution. Sur le réseau social Facebook, il est devenu difficile d'échapper aux pages où des milliers de personnes lisent ou produisent quotidiennement des critiques acerbes contre "le président catastrophe".

    PROCHE DES EXTRÊMES

    A l'origine composé des partisans de Nicolas Sarkozy ou de Marine Le Pen, le cercle s'est élargi au fil des mois. Des centaines, voire des milliers de comptes Twitter, pages Facebook, blogs ou sites, sont désormais consacrés à railler "Hollandouille Ier", président de "Normalie" ou à raconter "Les Aventures de Flamby". Les formats sont variés : liens, témoignages d'anonymes déçus par le président, photomontages grossiers...

    Autre vivier, certains sites d'une droite assumée, parfois proche des extrêmes, déjà existants (comme Dreuz. info ou Nouvelles de France) et nouveaux (Boulevard Voltaire ou Union républicaine, lancé par des sympathisants UMP déçus). Les réquisitoires argumentés contre le gouvernement et le chef de l'Etat, attaquant jusqu'à leur légitimité à exercer le pouvoir, y côtoient des rumeurs non sourcées sur la vie privée de François Hollande, ou d'autres "intox", évoquant par exemple un "pacte secret" qu'il aurait signé avec les journalistes pour avoir leur bienveillance.

    "MERDIAS"

    La défiance à l'égard des médias est un élément souvent commun à ces anti-Hollande du Web, qui incitent leurs lecteurs à ne rien croire de la presse générale. Sur Twitter, certains ont ressuscité la vieille expression de "merdias" et son pendant "journalopes".

    Cette atmosphère radicale s'est amplifiée avec la lutte contre le mariage homosexuel, qui réunit à la fois extrême droite, droite classique et réseaux catholiques. Autant de populations qui n'avaient que peu de culture de la contestation dans la rue, mais qui découvrent le parfum particulier de l'insurrection, notamment au travers de l'idée d'un "printemps français", nom emprunté aux révolutions arabes.

    Lire aussi : La droite tentée par la rue (abonnés)

    A cela s'ajoute le classique procès en légitimité fait à la gauche au pouvoir. D'où les appels à la démission de M. Hollande, voire à le faire partir par la force. "Les Français vomissent la politique bourgeoise et bien-pensante du #PS. Nous sommes entrés en révolution", pouvait-on lire jeudi soir sur Twitter. Sur Facebook, le groupe "fidèles sarkozystes de l'UMP" (12 000 personnes) se réjouit : "Hollandouille se planque à l'Elysée, bientôt la fin du règne de Louis XVI et de Marie-Antoinette !" Mais tous les anti-Hollande ne souhaitent pas sa démission. "SURTOUT PAS !, expliquait mercredi un "anti" sur Twitter, il faut le garder, il nous fait gagner des voix tous les jours !"

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