• A la Grande mosquée de Paris, les futurs imams « vident leur sac »


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    A la Grande mosquée de Paris,

    les futurs imams « vident leur sac »

    Le Monde.fr | <time datetime="2015-01-17T22:22:55+01:00" itemprop="datePublished">17.01.2015 à 22h22</time> • Mis à jour le <time datetime="2015-01-17T22:27:24+01:00" itemprop="dateModified">17.01.2015 à 22h27</time> | Par

     
    <figure class="illustration_haut " style="width: 534px">A la Grande mosquée de Paris, les futurs imams, ont notamment voulu rappeler que les musulmans n’ont pas à « à s’excuser » des crimes commis la semaine dernière à Paris. </figure>

    « La meilleure phrase que j’ai entendue cette semaine, c’est celle qui est sortie de la bouche du pape. La presse ne peut pas dire tout ce qu’elle veut, il y a des choses qu’on ne peut pas toucher. » Qui l’aurait cru ? Samedi 17 janvier, pour revenir sur les attentats en région parisienne qui ont notamment fait douze morts à Charlie hebdo, les élèves de l’Institut de théologie de la Grande mosquée de Paris ont plusieurs fois cité… le pape François. Ce pape qui a expliqué la veille, dans l'avion qui le conduisait du Sri Lanka aux Philippines, qu’il ne fallait pas « provoquer, insulter la foi des autres, la tourner en dérision ».

    Tous les samedis et les dimanches, de 9 heures à 19 heures, des adultes suivent dans une des salles de ce lieu historique de l’enseignement de l’islam traditionnel une formation pour devenir imam, ou, en deux ans seulement, aumônier. Les 10 et 11 janvier, les cours ont été suspendus en raison des « évènements ». Ils ont repris, ce samedi. Missoum Chaoui, aumônier pénitencier d’Ile-de-France et formateur, a décidé de laisser la parole, pendant une heure et demi, à ses dix-sept élèves, adultes jeunes et moins jeunes, « futurs cadres » de l’Islam – femmes voilées d’un côté, hommes de l’autre –, pour commenter cette actualité brûlante. « Vas-y, vide ton sac », encourage M. Chaoui devant cette classe de première année.

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    On vide son sac, donc. Pour dire, comme le pape François, qu’on ne joue pas avec le feu. Préciser que « la communauté musulmane, elle pleure les hommes, mais pas la liberté d’expression. La liberté d’expression, il y a boire et à manger là-dedans ». Ou rappeler que les musulmans n’ont pas à « à s’excuser de ces crimes », car les terroristes n’étaient pas un des leurs. « On a dit que les musulmans étaient peu visibles dans la manifestation dimanche, regrette l’un. On oublie que musulman, ce n’est pas écrit sur notre front. » Personne ici ne « se sent Charlie », certains ont défilé, d’autres préféré écrire leur « colère » sur les réseaux sociaux. « Ouvrez vos pages Facebook, allez sur Internet, recommande d’ailleurs M. Chaoui. Ils ont sorti leurs plumes empoisonnées, sortez les plumes de la paix pour dire qui était vraiment le prophète. »

    « Deux poids deux mesures »

    Parmi les formules qui reviennent, le « deux poids deux mesures » qui n’en finit pas de frapper les musulmans de France, par exemple quand « l’antisémitisme est interdit », explique l’un, mais pas l’islamophobie. Presque un slogan. « Ça viendra, il faut travailler pour », assure le professeur : « il y en aura toujours qui diront du mal du prophète » et le dessineront sans le connaître. « Il a été déjà traité de sorcier, de menteur, et il a toujours pardonné. »

    « Les caricatures, c’est le point de départ », rappelle un élève. Au fond de la salle, un homme, chauffeur de taxi les a examinées de près. La première, où Mahomet porte un turban en forme de bombe. Mais aussi la seconde : cette « une » du fameux numéro spécial de Charlie, mercredi 14 janvier, où le prophète assure que « tout est pardonné ». Elle l’a autant choqué que l’autre. « Le turban, il n’est pas saint, il en dit long… », risque-t-il. « Pour les clairvoyants, on voit un sexe d’homme, sur le turban. Et sur le visage… C’est comme un sexe de femme. Ça circule sur Facebook. » M. Chaoui interrompt et recadre : « Attention à ce qui prête à interprétation ».

    Au premier rang de la petite salle de l’Institut de théologie, un vieil homme à bonnet blanc ronge son frein. M. Chaoui lui fait signe de parler. « Le scénario, il est préparé d’avance » par d’autres, lâche-il, péremptoire, en français et en arabe. C’est pas ce qu’on a dit, on n’a pas vu leurs visages, c’est la preuve à 100 % », bougonne-t-il quatre ou cinq fois. Dans l’islam, pas de mort sans corps visible dans un linceul, contrairement à la culture

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    occidentale contemporaine. « Ils sont à l’institut médico-légal », rétorque le professeur qui le presse : « C’est qui alors ? » Pas de réponse. Une femme s’engouffre dans la brèche. « Ce journal était au bord de la faillite, il y a beaucoup de musulmans en France, on a provoqué un événement… » Léger brouhaha. Certains hochent la tête, d’autres pas, mais la salle entière se tait, y compris le professeur. Deux ou trois questions plus tard, le cours est levé.

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