• A la tête du Liberia, Mme Johnson-Sirleaf brigue un deuxième mandat

    A la tête du Liberia, Mme Johnson-Sirleaf brigue un deuxième mandat

    Reportage | LEMONDE | 11.10.11 | 15h38   •  Mis à jour le 11.10.11 | 18h19

     

    La présidente du Liberia, Ellen Sirleaf-Johnson, en mai 2010 à Washington.

    La présidente du Liberia, Ellen Sirleaf-Johnson, en mai 2010 à Washington.AFP/MANDEL NGAN

    Auréolée par le prestige du prix Nobel de la paix qui lui a été attribué le 7 octobre, aux côtés de deux autres femmes, Mme Johnson-Sirleaf s'est bien gardée d'évoquer une seule fois cet honneur durant ses meetings de campagne. La petite-fille d'un puissant chef coutumier connaît la vacuité de l'argument sur ses terres natales. Cette diplômée de l'université américaine de Harvard, âgée de 72 ans, préside un pays où "la moitié des électeurs sont illettrés, un tiers de la population ne peut pas se nourrir et vit dans une pauvreté abjecte", rappelle Charles Brumskine, l'un des seize candidats à l'élection présidentielle. "Rien ne les intéresse moins qu'un prix Nobel dont ils ne savent même pas ce que c'est", résume-t-il. Pour lui, ce prix montre surtout "l'énorme décalage" entre la façon dont la présidente est perçue à l'étranger et celle dont elle l'est dans son propre pays.

    Ce ne sont pas les propos de campagne d'un candidat battu par avance mais bien l'expression d'un sentiment général. La course présidentielle (organisée le même jour que les scrutins législatifs et sénatoriaux) se joue sur un autre terrain, à des années-lumière de l'enceinte confinée et policée du comité Nobel de Stockholm.

    Un terrain sur lequel la nouvelle nobélisée pourrait bien retrouver face à elle, au second tour prévu pour le 8 novembre, Winston Tubman (70 ans), un ancien et austère fonctionnaire international.

    Egalement diplômé de Harvard, neveu du 19e président libérien William Tubman (1895-1971), membre de l'élite dite des Américano-Libériens constituée par les descendants des esclaves affranchis aux Etats-Unis qui fondèrent le Liberia en 1847, M. Tubman peut compter sur la popularité de son colistier, George Weah. L'ex-star mondiale du football, conscient que son statut d'autodidacte en politique le handicapait, s'est mise un peu en retrait après son échec au second tour de la présidentielle de 2005. Six ans plus tard, le ticket Tubman-Weah promet de battre Ellen Johnson-Sirleaf, ironisant sur l'utilité électorale de son prix Nobel : "un lot de consolation" pour sa future défaite.

    Les observateurs annoncent un résultat serré. Pour autant, personne ne s'avance à dire que la présidente sortante court à la défaite. Certes, ses adversaires peuvent piocher à loisir dans le trou sans fond des espoirs déçus des Libériens. Mais en 2005, Ellen Johnson-Sirleaf, première femme jamais élue présidente sur le continent noir, a hérité d'un pays pulvérisé par quatorze années de guerre civile (1989-2003) : 250 000 personnes tuées par les conflits (sur une population totale de quelque 3 millions d'habitants), des dizaines de milliers de handicapés, des hordes d'enfants soldats à resociabiliser, des infrastructures ravagées, une économie à genoux... "Je n'ai pas de baguette magique", s'est défendue la "dame de fer" du Liberia durant la campagne en appelant les électeurs à la patience.

    Et malgré cela, son bilan est loin d'être négatif. Grâce à sa réputation de sérieux et de probité tirée de ses années passées dans le circuit de grandes banques ou d'institutions internationales et à la tête du ministère libérien des finances, le pays a attiré 16 milliards de dollars (environ 12 milliards d'euros) d'investissements étrangers au cours des cinq dernières années, notamment dans les secteurs des mines et du pétrole.

    Elle a obtenu l'effacement de 5 autres milliards de dollars de dette ; lancé les chantiers de construction de routes, d'écoles, d'hôpitaux ; enregistrera une croissance de 6,9 % du PIB en 2011 (supérieure à la moyenne des 5,2 % prévus pour les pays d'Afrique subsaharienne). Et surtout, le pays connaît la paix depuis maintenant huit années, même si les experts s'inquiètent de l'insécurité dans l'Est, frontalier de la Côte d'Ivoire. Tant de choses accomplies, donc, mais pas assez pour que la vie des Libériens en ait été radicalement changée.

    Pour preuve, le pays n'a gagné, depuis 2005, que deux places dans l'indice des Nations unies pour le développement humain et végète toujours dans les tréfonds de ce classement (162e sur 169). "Nous sommes maintenant capables de créer 20 000 emplois par an", a promis Ellen Johnson-Sirleaf, alors que seuls 15 % de la population disposent formellement d'un emploi.

    Christophe Châtelot


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