• A Marseille, un bon dealer se fait 100 000 euros par mois

    A Marseille, un bon dealer se fait 100 000 euros par mois   lien

    Jacques Davignac
    journaliste Rue 89

    Des policiers inspectent une cave dans un quartier du Clos-La Rose à Marseille (Jean-Paul Pelissier/Reuters)

    300 000 euros ? 400 000 euros ? 500 000 euros ? Combien rapporte le trafic de drogue quotidien dans les cités marseillaises ? Le Figaro évoque dans son édition du 30 décembre une somme de 110 950 euros de bénéfices pour le seul « plan stup » (le lieu de deal) de la cité de la Visitation, dans les quartiers nord de Marseille.

    Ce chiffre a été relevé dans le carnet de comptabilité retrouvé dans les parties communes d'un immeubles, après l'interpellation de deux hommes, âgés de 26 et 51 ans, présentés comme les chefs du réseau.

    L'un d'eux y décrit scrupuleusement ses gains, frais et charges comme le ferait n'importe quel chef d'entreprise :

    • les salaires des guetteurs (4 800 euros par mois),
    • les rétributions des « nourrices » qui conservent la drogue chez elles (5 000 euros par mois),
    • la rémunération des dealers ou des « gérants » (9 000 euros par mois)
    • un bénéfice net écrit en toutes lettres de 110 950 euros par mois, soit plus d'1,3 million d'euros par an… en liquide et net d'impôts

    150 cités à Marseille, 50 lieux de deal

    La tentation mathématique serait de multiplier le bénéfice généré par le plan stup de la Visitation par le nombre de cités de l'agglomération marseillaise (environ 150) et l'on obtiendrait un chiffre astronomique et… délirant.

    Toutes les cités marseillaises ne sont en effet pas logées à la même enseigne. Elles ne se livrent pas toutes au trafic de drogue de la même façon ni avec la même intensité.

    Une cinquantaine d'entre elles sont vraiment concernées, et parmi elles, les cités qui ont les noms les plus bucoliques sont parfois celles qui sont les plus juteuses, comme par exemple La Castellane, La Cayolle, Airbel, les Micocouliers, les Cèdres, les Bleuets, Bassens, le Plan d'Aou, etc.

    Les policiers, sous l'autorité du préfet Alain Gardere, multiplient les « descentes » dans ces cités pour y stériliser le trafic. Ils mènent une guerre de harcèlement aux trafiquants, mais sitôt une bande mise hors d'état de nuire, un autre réseau prend le relais.

    Le major Gilles Tachon, qui a contribué au démantèlement de plusieurs bandes de malfaiteurs, confirme :

    « De nombreuses cités disposent d'un ou plusieurs plans stup, mais ces plans stup n'ont pas tous la même rentabilité.

    Certains ne proposent que du shit, d'autres du shit, de la coke et de l'héroïne, une drogue dure qui fait son grand retour à Marseille.

    Et certains proposent des produits bas de gamme, d'autres des produits de grande qualité. »

    10 000 euros par jour dans un bon « spot »

    Les « toxicos » de l'étang de Berre, de Martigues, de Vitrolles, de Salon, d'Aix et de Miramas viennent s'approvisionner auprès de la « baby connection » : des trafiquants de 18 à 20 ans qui constituent ce qu'Alain Gardere appelle le « néo-banditisme marseillais ».

    Les trois hommes retrouvés carbonisés dans une voiture dimanche soir près de Marseille étaient de jeunes issus de cités de la ville, âgés de 19 à 20 ans, et pour deux d'entre eux originaires de la cité de Micocouliers (XIVe arrondissement). Ils ont été tués par balles avant la mise à feu de leur véhicule.

    Vendredi soir, de nouveau, deux jeunes âgés de 18 et 23 ans ont été blessés par balles à la Cité La Rouguière, dans l'est de Marseille. Les deux hommes étaient à bord d'un véhicule quand ils ont été pris pour cible. Leur pronostic vital n'est pas engagé, l'une d'elles ayant été touchée à l'abdomen et l'autre dans le dos.

    Ces dealers brassent des sommes d'argent liquide considérables. Les sources policières locales évaluent à 10 000 euros environ le rapport moyen quotidien d'un bon « spot » marseillais.

    Récemment, quand les enquêteurs ont arrêté deux trafiquants en flagrant délit, ils avaient les poches bourrées de billets : 45 000 euros sur un jeune, 50 000 euros sur son complice.

    La multiplication des pains à la marseillaise

    Lorsque leur « planque », une villa de Gignac, près de Marseille, a été perquisitionnée, les policiers des stups ont dû enjamber des cartons pleins d'argent liquide pour se frayer un chemin !

    Si l'on prend l'exemple de la cocaïne, elle se négocie autour de 35 euros le gramme pur (jusqu'à 9%). Les trafiquants en achètent un kilo (35 000 euros), la coupent pour obtenir 3 kilos de marchandise, revendue 40 euros le gramme. Somme récoltée : 120 000 euros, ce qui fait une marge de 85 000 euros !

    Un spot stup ouvre son « marché » à onze heures travaille jusqu'à 23 heures, et une bonne trentaine de voitures vont venir s'approvisionner chaque heure. On se doute que les bénéfices en fin de journée sont énormes.

    Le major Gilles Tachon ironise :

    « C'est le phénomène marseillais de la multiplication des pains : pas de cartes bleues, pas de chèques, du cash à profusion que les trafiquants vont “go-faster” [transférer en voiture à grande vitesse, ndlr] dans l'autre sens… »


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