• Attaque terroriste à Ottawa : quand le Canada se découvre vulnérable

     
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    Attaque terroriste à Ottawa : quand le Canada se découvre vulnérable

     
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    <figcaption>© Des policiers canadiens dans les rues d'Ottawa, le 22 octobre 2014, après la fusillade. | Mike Carroccetto, Getty Images North America / AFP</figcaption></figure>

    Vidéo par Emmanuel SAINT-MARTIN

    Texte par Stéphanie TROUILLARD 

    Dernière modification : 23/10/2014

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    Après la fusillade d'Ottawa, le Canada prend conscience d'être une cible du terrorisme. Pour autant, les médias du pays appellent à ne pas tomber dans le tout sécuritaire et à surtout s'interroger sur les causes de ces attaques.

    Quelques heures après les deux fusillades d’Ottawa et quelques jours après une attaque contre deux militaires près de Montréal, le Canada cherche à comprendre comment il en est arrivé là. Comme l’explique Anne-Diandra Louarn, correspondante de France 24 dans le pays, la population vit un réveil brutal : "Tout le monde répète que le Canada est un pays 'de paix', que ce genre d'événement n'est pas censé arriver ici."

    Le journal québécois "Le Devoir" dans un éditorial intitulé "Fragile démocratie" exprime aussi cette violente prise de conscience : "Si besoin était, les tragiques événements survenus à Saint-Jean-sur-Richelieu puis à Ottawa sont venus rappeler brutalement qu’aucune démocratie n’est à l’abri du terrorisme, même celles qui se sentent le moins menacées. (…) Au fond d’eux-mêmes, bon nombre de Québécois — et sans doute de Canadiens — croyaient être à l’abri d’un phénomène pourtant planétaire. Qui donc pourrait en vouloir à ce brave petit peuple qui s’est toujours perçu du côté des opprimés ?"

    Ne pas céder au diktat du terrorisme

    Face au choc, ce sont justement les principes de démocratie, de liberté, d'ouverture que les parlementaires de tous bords ont défendu jeudi 23 octobre, refusant de se plier au diktat de la terreur.  Le Parlement a repris ses travaux en rendant d'abord un vibrant hommage à l'officier de sécurité qui a abattu le tueur mercredi, avant d'observer une minute de silence et d'entonner l'hymne national. Les politiques ont ensuite insisté sur la nécessité de maintenir et de protéger les libertés si chères aux Canadiens.

    "Hier, nous nous sommes réveillés dans un pays d’amour, de diversité et de paix et cela n'a pas changé aujourd’hui", a lancé le leader de l’opposition, Thomas Mulcair. "Celui qui est venu hier avec tant de violence dans le cœur et dans les actes n’a pas gagné et on ne peut pas autoriser que notre ouverture d’esprit et notre liberté soit dénigrées. On doit continuer à les défendre", a-t-il insisté.

    Thomas Mulcair a pris la parole quelques minutes après l’intervention du Premier qui notait que l’objectif de l’attaquant mercredi "d’interrompre le travail du gouvernement" a échoué. "Nous sommes là, sur nos fauteuils, dans notre Chambre, au cœur même de la démocratie, au travail", a déclaré Stephen Harper. "On ne nous intimidera pas", a-t-il poursuivi.

    Les premiers pas du terrorisme islamique ?

    Cela fait bien longtemps que ce pays est une cible, comme le rappelle Alexandra Szacka, journaliste à Radio-Canada, sur l’antenne de France 24 : "Le Canada a fait partie de la coalition en Afghanistan pendant 13 ans. Les derniers soldats ont été retirés au printemps dernier et maintenant le pays est toujours engagé avec des militaires envoyés dans le nord de l’ Irak et au Kurdistan Irakien pour entraîner les peshmerga ainsi que six avions de combat. Il y a eu des menaces de la part des dirigeants de l’État islamique qu’on a pu entendre a l’égard des États-Unis et de la France, mais aussi du Canada".

    Les médias canadiens ne manquent également pas de souligner que le pays a connu sur son sol par le passé des attaques plus ou moins violentes. Le "Globe and Mail" se souvient que le parlement d’Ottawa a déjà été pris pour cible : "En 1989, un homme avait pris en otage un bus de la compagnie Greyhound et l’avait entraîné jusqu’au Parlement, exigeant la libération de prisonniers politiques au Moyen-Orient. Il y a moins de dix ans, un groupe d’hommes a aussi été arrêté et accusé de préparer plusieurs attaques, incluant un plan pour prendre d’assaut la colline du Parlement, prendre des otages et décapiter le Premier ministre".

    Mais comme l’affirme "Le Devoir",  les deux événements de cette semaine sont de nature différente. Par le passé, il s'agissait "d'actes isolés, commis par des déséquilibrés qui pouvaient avoir des motifs d’ordre politique, mais qui ne répondaient à aucun mot d’ordre", souligne le quotidien.

    Or, "les premières informations et le contexte dans lequel les derniers attentats sont survenus laissent penser qu’il pourrait plutôt s’agir d’individus qui, sans nécessairement être reliés, auraient répondu presque simultanément à un même discours intégriste, qui constitue assurément une invitation au meurtre".

    "Répondre de manière appropriée"

    Alors que le Premier ministre Stephen Harper a assuré immédiatement que le pays allait "prendre toutes les mesures nécessaires pour identifier et contrer les menaces pour assurer la sécurité", plusieurs médias appellent toutefois à la retenue. Pour le "Globe and Mail", le Canada "va peut-être devoir changer", mais cette évolution doit "être faite de manière prudente et calme".

    "N’importe quel changement, que ce soit concernant la sécurité dans les bâtiments publics ou notre système judiciaire qui criminalise jusqu’à présent les actes et non les intentions, doit être avant tout utile pour les millions de citoyens qui respectent les lois et non une réaction de panique à l’égard de quelques hommes qui, malgré quelques dangers qu’a connus le Canada auparavant, ne constituent pas une menace à la survie de notre pays", estime le journal. "Ils ne peuvent pas détruire notre société. Nous devons prendre mesure du danger et répondre de manière appropriée".

    Une position partagée par le "National Post". Ce quotidien de Toronto assure que plutôt que de se "barricader", il est nécessaire de comprendre ces événements : "Il faut déterminer ce qui a fait grandir ce terrorisme local, même s’il faut affronter ici la source de ce mal". Pour le "National Post", le pays va devoir s’adapter, mais il doit garder son esprit intact et surtout ne pas arrêter de vivre : "Nous ne pouvons pas protéger chaque cible, mais nous pouvons rester fort et nous tenir debout".

     

    Première publication : 23/10/2014


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