• Berezovski/vs/Abramovitch : règlement de comptes à la russe

    Berezovski/vs/Abramovitch : règlement de comptes à la russe

    Anne Dastakian - Marianne | Vendredi 11 Novembre 2011 à 05:00

    Depuis un mois, déjà, et jusqu’à la fin de l’année, un procès historique, mais négligé par les médias français, se joue à Londres : le sulfureux oligarque russe Boris Berezovski, 65 ans, déchu et exilé en Grande Bretagne, attaque son ex-protégé Roman Abramovitch, 44 ans, propriétaire du club de foot Chelsea, qu’il accuse de l’avoir spolié, entre 2001 et 2003, avec l’aval du Kremlin.



    Fric, glamour, intrigue et politique – rien ne manque au scénario. Berezovski est l’archétype de l’oligarque – mêlant affaires et politique –, puisqu’il a siégé au Conseil de sécurité de Russie du temps du président Eltsine dont il était proche, avant de favoriser l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine...

    Berezovski accuse Abramovitch de l’avoir contraint, sous la menace d’en être purement et simplement dépouillé, à lui vendre à vil prix – 1,3 milliard de dollars – ses parts de la société pétrolière Sibneft, pour les revendre quelques temps plus tard à l’Etat russe avec une gigantesque plus-value – 13,1 milliards de dollars, soit dix fois plus !


    Fort d’un patrimoine estimé à quelques centaines de millions de dollars, Berezovski en réclame 5,5 milliards à Abramovitch, dont la fortune est chiffrée à 13,4 milliards de dollars par le magazine américain Forbes. Mais ce qui ressemble, à première vue, à un sinistre rêglement de compte entre clinquants milliardaires – l’un comme l’autre n’adorent rien de plus que d’accumuler  châteaux, yachts, jets, et autres folies – est passionnant à plus d’un titre.

    Sur fond de mafia

    D’abord en raison de la personnalité – très secrète – de Roman Abramovitch, qui ne s’est jamais expliqué sur son ascension foudroyante de fabricant de canards en plastique à multimilliardaire ! Aux antipodes du très volubile Berezovski, auto-proclamé ennemi n°1 de Poutine, qui saisit chaque occasion de vilipender le maître du Kremlin.

    L’intérêt des médias a du reste grimpé en flèche depuis le début du témoignage d’Abramovitch. Interrogé par l’avocat du plaignant, Laurence Rabinowitz, le propriétaire de Chelsea nie tout, en russe, via un traducteur. Jamais, jure-t-il, Berezovski n’a possédé un kopeck de Sibneft. S’il l’a payé, c’était pour sa protection, explique-t-il, en employant le terme de « toit », très connoté en russe puisqu’il évoque les pratiques mafieuses des années 1990.

    Il affirme lui avoir versé 2,5 milliards de dollars en échange de son « parrainage », « une nécessité pour faire des affaires en Russie à l’époque ». Au passage, il lâche que Berezovski a entretenu de troubles relations avec la mafia tchétchène, et se flatte d’avoir payé la rançon d’otages britanniques enlevé en Tchétchénie.

    Contrant sa version, la défense de Berezovski cite les nombreux séjours passés ensemble en famille, et produit l’enregistrement d’un entretien qu’ils ont eu tous deux, au sujet de Sibneft. Il détaille enfin la pratique, courante dans la Russie des années 1990, des contrats oraux. Abramovitch, qui concède avoir eu recours à l’époque à des pratiques « pas très légales » raconte le détail des transactions financières, pour échapper au fisc russe. Des aveux qui pourraient lui coûter cher à Londres, puisque la charte du championnat britannique exige de ses membres une moralité irréprochable…

    Les Tribunaux britanniques se substituent à la justice russe, corrompue et soumise au pouvoir politique

    Enfin, ce procès organisé à la Haute cour de Londres prouve combien les Tribunaux britanniques se sont peu à peu substitué à la justice russe, corrompue et soumise au pouvoir politique. Plus de la moitié des affaires jugées par la division commerciale de la Haute Cour, concernent la Russie et l’ex-URSS, selon Artem Doudko du cabinet White & Case.

    Curieusement peu couvert par la presse hexagonale, ce procès passionne les médias anglo-saxons et russes – hormis les télévisions, contrôlées par le Kremlin, qui ont reçu consigne de ne pas traiter ce sujet. Reste à savoir si la justice britannique parviendra à déméler cette affaire. « Il n’est pas aisé pour un avocat britannique de défendre le comportement de gens qui ont à vivre dans un tel monde », note le défenseur d’Abramovitch Jonathan Sumption, avant d’ajouter : « Chez nous, il nous faut remonter au XVe siècle pour avoir quelque chose de comparable. Pour comprendre, lisez Shakespeare ».

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