• Biberons toxiques : celle par qui le scandale a éclaté

    Biberons toxiques : celle par qui le scandale a éclaté

    Publié le 18-11-11 à 11:29    Modifié à 15:23     par Guillaume Malaurie   

    Suzanne de Bégon avait inventé un biberon jetable révolutionnaire. Mais elle s'est heurtée à l'affaire de l'oxyde d'éthylène. Depuis dix ans, elle accuse.

    Suzanne de Bégon. (Alain Guilhot - Fedephoto) Suzanne de Bégon. (Alain Guilhot - Fedephoto)

    C'est à l'aéroport de Pau, ville où elle habite aujourd'hui, que Suzanne de Bégon reçoit. Direction la cafétéria. Là, elle ouvre sa lourde valise à roulettes. Et elle déplie sa vie : ses archives, des tétines, des nourettes (mini-biberons à usage unique), et surtout son biberon magique à soufflets. Ce Bibéon jetable et repliable qu'elle a inventé, breveté et qui était promis à un succès colossal. "Vous vous rendez compte que l'on prévoyait d'en écouler d'abord 50 millions puis le double chaque année. A tel point qu'en 2002, on me surnommait Mme Bib !"

    L'association avec Blédina tourne au cauchemar

    A 53 ans, Suzanne de Bégon, ancienne de Sup de Co Marseille et ex-ingénieur commercial chez IBM, a la rage. Car son association commerciale avec la marque Blédina, qui devait assurer sa fortune, a tourné au cauchemar. De procédures en procès, elle a tout perdu. Au point de devoir abandonner sa propriété cossue près de Rambouillet pour un 25 m2 à Pau avec ses trois enfants.

    Si elle n'a jamais lâché l'affaire, c'est que, selon elle, c'est bien le scandale de l'oxyde d'éthylène qui est à l'origine de son différend avec Blédina. "Leur cahier des charges prévoyait de faire stériliser mon Bibéon avec ce produit, je me suis renseignée..." Et le retour est inquiétant : ce gaz éminemment toxique est soumis à une réglementation drastique et surtout ne peut être utilisé pour des produits en contact avec la nourriture.

    A l'époque, Blédina reconnaît le bien-fondé de la critique et admet qu'un biberon "ne fait pas partie des dispositifs médicaux" que l'on peut traiter avec le gaz d'éthylène. Mieux : l'industriel donne son accord pour adopter une méthode alternative. "En apparence tout était réglé, mais c'est à partir de cette date que les exigences de l'industriel ont fait avorter le projet et ruiné l'association qui liait ma société, Stérilab, à la leur".

    "Je ne cherchais pas à me venger, je demandais la vérité"

    A partir de là, Suzanne de Bégon entre en croisade : "Je me suis donné pour but de bannir l'utilisation illégale de l'oxyde d'éthylène dans le traitement des tétines. Je ne cherchais pas à me venger. Je demandais la vérité." De 2000 à 2009, elle fait donc réaliser, à ses frais, trois analyses portant sur les résidus de gaz dans les tétines commercialisées par Blédina en maternité.

    La première, qui date du 15 février 2000, indique un taux résiduel d'oxyde d'éthylène de 0,098 ppm (partie par million). Le deuxième, en date du 12 septembre 2003, signale 0,1 ppm. Le troisième enfin, du 26 janvier 2009, révèle un taux nettement plus fort : 4,9 ppm. L'industriel contre-attaque en produisant d'autres mesures, d'autres résultats...

    La croisée des tétines ne baisse pas les bras. Trois livres au lance-flammes paraissent successivement dont "Contamination des bébés" et "Maman Blédina ! pourquoi tu m'empoisonnes ?", puis elle ouvre un site internet de combat, merci-bibeon.fr, qui continue à taper à toute volée sur les "empoisonneurs". Elle en fait trop. Du coup, c'est elle qui se retrouve au tribunal. Condamnée d'abord pour faillite frauduleuse, faux et usage de faux et maintenant pour diffamation...

    L'affaire commence à être prise au sérieux

    De guerre lasse, Suzanne adresse une lettre le 13 février 2009 au siège de l'Organisation mondiale de la Santé, à Genève. On lui répond le 31 mars, mais c'est pour lui dire que l'OMS n'a... pas autorité en la matière. Mêmes déboires en France avec la direction générale de la Santé, où on lui répond le 7 avril que cette affaire "ne relève pas de ses services". Pourtant cette fois, le courrier est transmis à la Direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) et à la direction de l'Agence française de Sécurité sanitaire des Produits de Santé (Afssaps).

    L'affaire commence enfin à être prise au sérieux, au point d'entraîner en 2009 une réunion de plusieurs responsables de la santé en France. Des consignes seraient alors données, sans qu'on en connaisse le détail. Mais lorsque Suzanne de Bégon reçoit enfin, le 18 janvier 2010, une lettre du chef de service de la régulation et de la sécurité de la DGCCRF lui confirmant noir sur blanc l'interdiction formelle de l'oxyde d'éthylène pour le traitement des biberons, elle respire. Mal. Avec une énorme boule dans la gorge : dix ans pour que l'esprit et la lettre de la loi ne fassent qu'un, c'est long.

    Guillaume Malaurie et Fabrice Nicolino – Le Nouvel Observateur

    (Lire l'intégralité de l'enquête "Ces bébés qu'on empoisonne" dans "le Nouvel Observateur" du 17 novembre 2011)


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