• Bourquin garde son bureau

    30nov 2011

    Bourquin garde son bureau

    Président du conseil régional, sénateur, Christian Bourquin conserve son bureau de prestige à l’hôtel du département et il présidera une assemblée départementale bis. Une première fois touché par la loi qui interdit de cumuler deux mandats exécutifs, Christian Bourquin a du, après son élection à la présidence de la région, abandonner la présidence du conseil général des Pyrénées-Orientales. Il y a installé Herrmeline Malherbe. La plus inexpérimentée, la plus transparente et la plus dévouée des élues de sa majorité de gauche. Un choix qui montrait bien que Christian Bourquin voulait rester le patron. Ce qui s’est par la suite vérifié. Après son élection de sénateur, Christian Bourquin placé dans l'obligation de quitter l’assemblée départementale où il siège depuis qu’en 1994, François Beffara, conseiller général de Millas, s’était retiré au profit de son gendre. Mais là, surprise, on découvre lundi 16 octobre en commission permanente, puis en session publique que Bourquin a décidé de rester, physiquement, au conseil général.

    Lors de la session permanente, qui n’est pas publique, les 31 conseillers généraux se sont vus soumettre une convention de mise à disposition de locaux « Sis au premier étage de l’hôtel du département… 3 bureaux d’une superficie d’environ 100 m² au profit de la région Languedoc-Roussillon, moyennant une redevance annuelle de 15 000 euros HT ». Si Christian Bourquin souhaite disposer d’un bureau à Perpignan, il y a pour cela, les locaux sous utilisés de l’antenne du conseil régional, avenue du général de Gaulle (ancien siège de France Bleu Roussillon). Et puis, en tant que sénateur des P-O, il va installer un cabinet parlementaire dans lequel il aura son bureau. L’objectif de Bourquin n’est donc pas d’avoir un bureau à Perpignan. Il est de conserver son bureau de président.

    Si la Région loue également les deux bureaux qui étaient occupés par le secrétariat du président, c’est pour que Bourquin y installe des collaborateurs. Avec quelles missions ? Payés par qui ? La convention n’aborde pas cette question. Elle précise que la région supportera des charges, « Ainsi que tous frais administratifs éventuels ». Christian Bourquin qui n’est plus conseiller général occupera le bureau de prestige du président de l’assemblée départementale. La présidente en titre a, elle, été installée au bout d’un couloir, dans les locaux qui étaient depuis des décennies occupés par la buvette. « Hermeline est au service de Bourquin », avouait récemment un élu de la majorité de gauche qui semblait regretter que le conseil général n’ait pas à sa tête un vrai président investi de toutes ses fonctions et responsabilités.

    On ne parle pas du bureau de Bourquin sans faire immédiatement remonter à la surface l’affaire du bureau, le fameux bureau Knoll. C’est La Semaine du Roussillon, sous la plume de Thierry Bouldoire, qui, en avril 2000, publia la copie de la facture du mobilier acheté dans l’Aude (par souci de discrétion). Nombre de personnes découvrirent que l’on pouvait dépenser une fortune pour meubler une pièce de bureau. Table de bureau : 43 000 francs (6 564 euros), console : 19 250 francs (2 938 euros), grande console : 86 691 francs (13 235 euros), table en verre : 9 284 francs (1 417 euros), fauteuil de direction, 11 773 francs (1 797 euros), 6 fauteuils visiteurs : 53 664 francs (8 192 euros). Total 229 376 euros (35 019 euros). Le scandale du bureau ne s’arrête pas là.

    En 2004, le conseil général fit un échange de locaux avec la préfecture. Le 5 juin, les élus votaient une délibération portant sur l’aménagement des locaux du premier étage échangés avec la préfecture. L’opération était estimée à 260 000 euros. On cacha aux élus que c’est là que serait installé le bureau de Christian Bourquin. Ils le découvriront quand, une fois les travaux terminés, Christian Bourquin quittera son bureau entièrement refait en 1998 pour son bureau de ministre avec cabinet de toilette et douche. Coût de la rénovation : 233 211 euros (1 527 532 francs). 51 053 euros rien que pour la menuiserie. Comment arrive-t-on à un tel niveau de dépenses ? Simplement en choisissant les matériaux les plus beaux et les plus chers. Sans compter l’aménagement de la terrasse.

    C’est le même homme qu’une partie du peuple de gauche apprécie parce que « C’est un homme simple ». Il est vrai, qu’en bon socialiste, Bourquin aime jouer les hommes du peuple. Il se fera aussi aménager une salle à manger. Il investira dans les cuisines de son resto personnel où travaillent trois cuisiniers tout en expliquant que son festin se constitue d’une pomme de terre arrosée d’huile d’olive. Mais dans la vie, la vraie, il lance des invitations à des repas aux truffes. Si la presse régionale jouait son rôle, il y a bien des écarts qu’un Bourquin ne pourrait pas se permettre. La presse régionale, hier comme aujourd’hui, se montre plus préoccupée d’entretenir de bonnes relations avec les notables que d’accomplir la mission que lui assigne la démocratie, être un contre pouvoir. On n’ose pas imaginer dans quel pays on vivrait, si la presse nationale se montrait aussi frileuse.

    Bourquin tient particulièrement au décorum et à la pompe. Il aime évoluer dans un cadre qui lui renvoie l’image de sa puissance. Mais les signes liés au pouvoir ne comptent pas uniquement pour celui qui l’exerce. En gardant son bureau de président du conseil général, Bourquin adresse un message clair à ceux qu’il continuera de recevoir quai Sadi Carnot. Il n’y a qu’un maître à bord. C’est lui ! Une situation qui dévalorise le successeur de Bourquin. Mais qui ne dérange pas Hermeline Malherbe. 6 000 euros par mois plus tous les frais et avantages. Pour ce salaire-là, qui n’accepterait pas de jouer la potiche ? Il n’échappera à personne que ces pratiques font peu de cas de la dignité de la fonction et de l’institution.

    Sénateur, Christian Bourquin va constituer un cabinet parlementaire avec des collaborateurs. Un membre de la haute chambre perçoit une indemnité mensuelle de 7 100 euros, plus une indemnité de frais de mandats (dont il n’a pas à justifier l’usage) de 6 240 euros et de 1 000 euros pour l’informatique. A cela s’ajoute un crédit mensuel de 7 500 euros pour la rémunération des collaborateurs de son cabinet. Les frais de téléphone, de poste et de transport sont pris en charge par le sénat. Où Christian Bourquin va-t-il installer son cabinet parlementaire ? Au conseil général ?

    Lundi 16 octobre, après la réunion de la commission permanente qui a acté la location du premier étage, la session publique de l’assemblée départementale a adopté le principe de création d’une commission extra territoriale permettant à Christian Bourquin de conserver une fonction au sein du conseil général. Il y a eu un vote bien qu’aucune délibération n’ait été présentée. Ce qui ne s’était jamais vu. C’est donc un vote pour du beurre. La suite est plus étonnante encore. Christian Bourquin qui siégeait pour la dernière fois à l’assemblée et qui, par conséquent, n’est plus conseiller général a été chargé de définir le rôle et la composition de cette commission qu’il présidera. Aucun texte de loi ne réglemente ce type de commission. Comment le conseil général va-t-il surmonter ce problème ? A priori, en appliquant des dispositions qui s’appliquent aux communes. Celles-ci ont la possibilité de créer des commissions extra municipales ouvertes à des habitants et à des personnalités qualifiées. Il faudra que le conseil général commence par modifier son règlement intérieur en y introduisant la possibilité de créer des commissions extra territoriales.

    La commission que présidera Bourquin devrait travailler sur l’aide aux communes. Un thème large qui recouvre tous les champs de compétence des collectivités. Il faut s’attendre à la nomination d’un grand nombre de personnalités, d’élus des villes et villages, qui seront honorés de siéger dans cette structure présidée par le sénateur président de la région. Et où se réunira-t-elle si ce n’est dans l’hémicycle départemental ? Cette assemblée départementale bis présidée par Bourquin montrera, elle aussi, qu’il n’y a qu’un chef et que ce chef s’assoit sur la loi limitant le cumul des mandats. Cette présidence permettra également à Christian Bourquin d’être, quand il le voudra, présent lors des sessions du conseil général et d’y prendre la parole.


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