• Catalogne. Avant le referendum, une petite ville a déjà dit "Adeu" à Madrid

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    Catalogne. Avant le referendum, une petite ville

    a déjà dit "Adios" à Madrid

    Espagne - <time datetime="2014-11-08T12:53:58+02:00" itemprop="datepublished">12h53 </time>- 
    • <figure>Lors d'une consultation sans valeur légale, la Catalogne vote dimanche sur son indépendance.<figcaption>Lors d'une consultation sans valeur légale, la Catalogne vote dimanche sur son indépendance. | Crédit photo : Marc Pennec/Reuters</figcaption></figure>
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    Marc PENNEC.

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    Lors d'une consultation sans valeur légale, la Catalogne vote dimanche sur son indépendance.


    ARENYS DE MUNT. (De notre envoyé spécial).

    La Catalogne espérait des averses depuis de longues semaines.

    Ce jour-là, elles ne font pas dans la demi-mesure : c'est un déluge. La rue centrale d'Arenys de Munt, toute en sable et en terre, bosselée et ravinée, est un petit torrent boueux. On se dit : c'est en travaux et ça tombe vraiment mal toutes ces pluies. « Ah, non non, corrige l'ancien maire, Josep Manel Ximenis. On n'est pas en travaux, c'est comme ça depuis 2 000 ans. » Avant d'ajouter le plus narquoisement du monde : « Rien à voir avec l'indépendance ! »

    « Une terre libérée de l'emprise espagnole »

    Car en plus de posséder une rue centrale qui menace de se faire la malle à chaque orage, cette commune de 8 800 habitants, adossée à la chaîne littorale, le nez sur la Méditerranée, à 40 kilomètres au nord de Barcelone, a la particularité d'être « une terre libérée de l'emprise espagnole ». La première bourgade de Catalogne à avoir dit Adéu (au revoir en catalan) à Madrid. C'était le 13 septembre 2009. Un scrutin « illégal » évidemment : 42 % de participation et 96 % de oui à l'indépendance. Qu'une centaine de Franquistes nostalgiques avaient tenté de perturber.

    Sur les édifices publics, plus de bannière sang et or de l'Espagne. Elle a été remplacée par l'Estelada, le drapeau catalan à bandes, rehaussé d'un triangle bleu et d'une étoile blanche. Dans le bureau du maire, il y a des lunes que le portrait du roi Juan Carlos a disparu. Et on jubile à vous raconter les circonstances.

    Arenys de Munt ne verse plus ses impôts à Madrid

    C'était en 2001, le 11 septembre, le jour de la Diada, la Fête nationale catalane. Des petits malins avaient profité de la journée « portes ouvertes » pour décrocher le Roi du mur et demander une rançon de 10 000 pesetas. Juan Carlos n'est jamais revenu. Mais l'année suivante, les farceurs ont adressé au maire une photo des Rois mages pour le remplacer. Enfin, Arenys de Munt ne verse plus ses impôts à Madrid. Mais à la Generalitat, le gouvernement catalan à Barcelone.L'État espagnol s'est durci et cabré, avant de déposer cinq plaintes contre le village rebelle. Josep Manel Ximenis est de ceux qui étaient à l'origine de la consultation de septembre 2009. Militant de la Cup (Candidature d'unité populaire), une organisation d'obédience marxiste, il a toujours voulu couper les ponts avec Madrid.

    « L'espagnoliste, un démon »

    « À l'époque, raconte-t-il, le mouvement indépendantiste était minoritaire. Chaque manifestation se terminait par des affrontements. Et ça donnait une mauvaise image. On a donc décidé de faire ce vote, de faire bouger les consciences. De la pédagogie en somme. Un acte tout à fait local, qui a pris beaucoup d'importance. Simplement parce que les gens commençaient à en avoir vraiment marre de l'Espagne. »

    Dans la foulée, 553 des 947 communes de Catalogne, dont Barcelone, vont suivre l'exemple d'Arenys de Munt. Ce jour de septembre 2009, Ramon Freixas a préféré grimper dans la montagne. « Tranquille avec ma femme. En bas, ils faisaient la fête et tellement de bruit. Que Dieu nous garde, si on a l'indépendance ! » Ramon, 35 ans, est le seul représentant du PP (Parti populaire), au pouvoir à Madrid, dans le conseil municipal d'Arenys de Munt. Un « espagnoliste », peut-être même le « démon » pour certains.

    « Nous resterons très bons voisins avec les Espagnols »

    Mais ce « catalan pur jus », soucieux de l'unité de l'Espagne, finirait par devenir chauvin quand il fait la promo du cava. Un vin pétillant produit dans la région, qu'il exporte en Pologne, au Brésil, en Uruguay. « Si, si, il a toutes les qualités qui manquent au champagne ! » Mais qu'on en vienne à l'indépendance et Ramon se rembrunit. « Pffttt, une vraie blague ! Qu'est-ce que ça a changé ? Nada ! Rien ! C'est toujours aussi vieux. Aussi sale. »Joan Rabassesa i Ferrer, le nouveau maire d'Arenys, laisse passer l'orage. Membre d'ERC, une formation de gauche indépendantiste, qui a remporté les dernières élections européennes en Catalogne, ce fonctionnaire se la joue « techno », sans un poil de romantisme. « Nous payons désormais nos fournisseurs à dix-neuf jours, nous avons réduit la dette de 57 % et nous avons atteint 63 % de nos objectifs. Tout le monde peut vérifier. » Il mitonnerait bien une Catalogne à l'image de la Suède ou du Danemark. « Nous resterons très bons voisins avec les Espagnols. » Mais sans les symboles attachés à Madrid. « La corrida ? Je déteste. C'est interdit en Catalogne depuis le 29 juillet 2010 et c'est tant mieux. Le flamenco ? J'aime le regarder à Séville. Pas ici. »Ce week-end, Arenys fêtera Martin, son saint patron, sous les platanes ornés d'un ruban jaune, qui rappelle la consultation de dimanche. La bourgade se gavera de relleno, une pomme fourrée à la viande, caramélisée à force de mijoter pendant une semaine. Et célébrera son équipe de hockey sur rollers en salle, devenue dimanche championne d'Europe des moins de quinze ans.

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