• Catalogne : Saint Jean ,« Trobada » sacrée du Canigou

    « Trobada » sacrée du Canigou

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    « Trobada Â» sacrée du Canigou

    Une flamme, un pic sacré et l'amour du pays catalan. Chaque année, les feux de la Saint-Jean sont l'occasion de la traditionnelle « trobada ». Des retrouvailles 100% Canigou.
     

     

    Les feux de la Saint-Jean, la « trobada » et le Canigou…Chaque année, au mois de juin, la seule évocation de ces mots-là fait vibrer le cœur des catalans. « C’est quand, c’est quand ? » entend-on dire. Car justement, si la Saint-Jean à proprement parler est fêtée le 24 juin, elle puise en réalité sa force et son éclat durant les semaines qui la précède. Elle constitue l’aboutissement d’une ribambelle d’évènements, tous chargés de lourds symboles. Cette extraordinaire fête du solstice d’été se prépare en fait tout au long de l’année à travers une sensibilisation des citoyens catalans. De ville en village, de bouche à oreille, de génération en génération, les bénévoles et les membres des comités de fêtes de centaines de communes préparent d’abord le fameux congrès des Feux de la Saint-Jean. Le premier a eu lieu en 1972 à Alenya. C’est là que commence à bouillonner la ferveur catalane, là que l’on vient s’imprégner de l’histoire, là que l’on fait siennes les vieilles traditions. En chansons, entre un « ramellet de bonaventura » (bouquet traditionnel) et la magie des légendes racontées par le fidèle Jean Iglesis dit « Le Pacha », les valeurs culturelles et linguistiques sont déjà portées à ébullition. Pour l’édition 2007, c’est à Saint-Cyprien que tous les gardiens des « Focs de Sant Joan » se retrouveront. Chaque instant se savoure, chaque moment résonne fort.

    Etre Catalan et avoir été « trobaïre » au moins une fois dans sa vie…

    C’est bien pour la « trobada » que le peuple catalan s’enflamme le plus. La « trobada », même si elle n’est finalement qu’une « mise en bouche » de l’embrasement du Pic du Canigou, est en effet devenu le rassemblement incontournable de ceux qui revendiquent leur catalanité. Etre Catalan, c’est, dit-on de façon caricaturale, avoir été « trobaïre » au moins une fois dans sa vie… Que l’on soit du Nord, du Sud ou expatrié dans le monde entier. Cette fameuse « trobada » a donc lieu le week-end avant la Saint-Jean au refuge des Cortalets, à 2000 mètres d’altitude. A cette occasion, des milliers de gardiens de la « flama del Canigo », profondément attachés à leurs coutumes, se réunissent dans une atmosphère que seuls les initiés peuvent décrire. Peu importe le temps, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, la chaleur de ce moment précis est incommensurable ! Les uns plantent leurs tentes, les autres font cuire l’ollada. De 7 à 77 ans, on connaît le refrain de « Muntanyes del Canigo » par cœur, on excelle dans l’art des grillades, on boit le « cremat », on déguste la « xicolatada ». Un seul et même but anime ce collectif spontané : amener son fagot sur le pic mythique du Canigou. Enfant ou adulte, chacun doit porter celui de sa communauté. Composé de bois du terroir, de branches d’abricotiers, de pêchers ou de chênes, les fagots sont délicatement noués et bien souvent décorés de petits bouts de papier mentionnant les noms des villages d’où ils sont originaires. Lentement mais sûrement, à flanc de Canigou, façon chenille processionnaire, brindilles et branchages obstinément poursuivent leur ascension, coincés sous les sacs à dos, dans une atmosphère quasi mystique. Aucun code, aucun interdit. Rien. Seulement l’expression de l’âme d’un peuple qui cherche à effacer les frontières. Là-haut, sur la cime de ce pic que chaque Catalan porte en lui, sous la croix forgée, seront finalement déposés les fagots. Pêle-mêle, entrelacés, entassés sous le regard ému de ceux qui ont osé gravir les 2784 mètres du sommet des Catalans. Pour l’heure, pas de feu. On savoure la fraternité, à la manière d’une sardane dansée entre ciel et terre avant de redescendre dans la plaine, le cœur joyeux et dans l’attente de voir son fagot s’embraser…Cette année, la désignation de « Trobada » fêtera ses 30 ans puisque avant 1977, la montée des fagots était connue sous le nom d’« Aplec ».

    Le Canigou, véritable Olympe des Catalans du Nord et du Sud

    Mais pourquoi avoir choisi le Canigou ? Ce somment n’est en effet pas le plus haut de Catalogne, mais il reste celui qui domine le mieux la plaine ce qui lui permet, par temps clair, d’être vu de tout le Roussillon et d’une grande partie de la Catalogne Sud. Ainsi, au moment où le pic s’allumera, il sera visible de partout. Ce moment d’apothéose sera le 23 juin au soir. Mais avant, dans la journée du 22 juin, trois montagnards du Cercle des Jeunes seront venus « prendre en charge » la flamme, également appelée « llum d’oli » au Castillet à Perpignan. C’est ici, dans un coin du rez-de-chaussée de la Casa Païral, que la flamme brûle sans arrêt depuis 1964. Date à laquelle elle avait été allumée à l’aide d’une loupe et du soleil par Marguerite Mestre, dernière descendante de la famille Grando qui avait vécu 400 ans au Mas Gleix. Avoir laissé cette lumière symbole de paix et d’amitié en garde dans l’ancienne prison qu’était autrefois le Castillet, permet en fait de « conjurer le mauvais sort ». Vacillant dans une lampe tempête, la flamme se laisse emporter par les montagnards qui ont pour mission de gravir le Canigou et de veiller sur ce feu sacré toute la nuit du 22 au 23 juin. Et parce qu’il est impensable qu’elle puisse s’éteindre ne serait-ce qu’un court instant, les montagnards se relaient sans relâche avec la plus grande et la plus fière des attentions. Plongés dans une étrange phase de méditation, on a coutume de reprendre cette description de Michelle Haxaire selon laquelle : «  Trois garçons la veillent jalousement, trois cédégistes qui, l’espace d’un jour, concilient les rôles de montagnards et de vestales, la vigueur corporelle et l’ardeur mystique ». Ils se doivent de protéger cette flamme que tous attendent en plaine. Le cœur battant et impatient, les trois hommes attendent le lever de soleil. Là, comme en réponse à un signal invisible, ils dévalent le Pic Roi en courant jusqu’au col de Millières où des dizaines de jeunes venus de Paris, Strasbourg, Marseille, Barcelona ou encore Valencia les guettent. De main en main, de lampe en lampe, la flamme prend tout à coup une majuscule pour devenir la Flamme de l’émotion, de l’amour, de l’histoire et de l’avenir. Pour rallier les lieux les plus éloignés, la Flamme emprunte tous les moyens humains mis à sa disposition : vedettes de la Douane ou motos, coureurs à pied ou cyclistes. Qu’importe, pourvu qu’elle arrive à bon port ! Elle semble donner des ailes et une ferveur nouvelle à ceux qui la transportent. Sur terre et sur mer, on assiste à un extraordinaire relais humain, une chaîne fraternelle tissée par la bonne volonté. Le 23 juin au soir, le feu embrase le sommet et soudainement une voix lactée de feux illumine une Catalogne en liesse. Partout, la Saint Jean se déroule sur le thème des retrouvailles et de la communion. L’arrivée de la Flamme, accompagnée de gens vêtus de blanc est presque toujours saluée par des sardanes. Dans tous les villages, des rondes se forment, des mains se joignent, des pieds sautent le feu et des chants s’élèvent dans un ciel de fraternité retrouvée.

    Les surprenantes traditions de l’aube de la Saint-Jean

    Une fois passée l’émotion de l’arrivée de la Flamme, quand le tumulte, les chants et les cris autour du feu se sont assoupis, ressurgit alors entre minuit et le lever du soleil, le mysticisme du solstice d’été. Un mélange d’histoires d’eau, d’herbes, de pain et de feu. Ainsi retiendra-t-on entre autres qu’il est de coutume, le matin de la St-Jean, de cueillir les herbes de la « bonaventura » pour en faire un petit bouquet tressé composé de feuilles de noyer, d’orpin, d’immortelle et de millepertuis. La précieuse croix ainsi confectionnée se place au dessus des portes, afin que chaque fois qu’ils passent dessous, les habitants soient protégés de tout malheur. Plus surprenantes, les légendes autour du futur époux. On raconte à ce propos que pour connaître la profession de son futur mari, il fallait mettre dans un récipient un blanc d’œuf baignant dans de l’eau, le poser sur la fenêtre le 23 au soir. Le matin de la St Jean, le dessin formé par l’albumine indiquait le métier. Dans le même esprit, le premier garçon rencontré le jour de la Saint Jean portait le même prénom que le futur mari. Certains perpétuent les vieilles traditions en allant cueillir les roseaux à sept nœuds le soir de la St Jean pour guérir les sciatiques et les rhumatismes ! Il était aussi conseillé à toute personne qui souffrait de gale ou d’une autre maladie de peau de se rouler dans un pré n’ayant été foulé par personne et ayant par conséquent gardé toute sa rosée.

     

    La Saint-Jean ou le besoin des catalans de retrouver leurs racines

    Il y a dans le cœur de chaque catalan un profond désir et un étonnant besoin de retrouver ses racines. Aussi, la Saint-Jean et toutes ces superbes traditions qui l’entourent et la font briller, marquent-elles cette envie d’établir un lien fort avec l’histoire du pays et avec la langue de nos pères. C’était en 1947, dans un climat difficile d’après-guerre que renaissaient à Pia les feux de la Saint-Jean sous l’impulsion du Cercle des Jeunes. Entre-temps, en 1955, un dénommé François Pujade décidait d’allumer le premier feu au Pic du Canigou pour son anniversaire. Ce jour-là, il était rejoint par quelques supporters de l’USAP venus fêter la victoire en championnat de France de leur équipe de rugby. Aujourd’hui, 60 ans plus tard, la modeste veillée qui s’était à l’origine improvisée à Notre Dame de la Salut à Pia, s’est enrichie d’une véritable « Charte du feu de la Saint Jean, de la flamme du Canigou et des pays Catalans » dont le but affiché est de « faire trouver, retrouver, connaître et aimer avec tolérance les spécificités catalanes telles que sa langue, sa culture, sa mémoire, ses racines et de les partager avec ceux qui le désirent et respectent ces valeurs ».


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