• Ces écoutes qui accablent Michel Neyret

    Ces écoutes qui accablent Michel Neyret

    Le Point.fr - Publié le 05/11/2011 à 11:03 - Modifié le 07/11/2011 à 11:56

    EXCLUSIF. Selon les rapports de synthèse d'écoutes que Le Point.fr a pu consulter, la piste de l'enrichissement personnel du numéro deux de la PJ de Lyon se confirmerait.

    Ces écoutes qui accablent Michel Neyret

    Les écoutes téléphoniques dont dispose le juge d'instruction apparaissent accablantes pour Michel Neyret. © France Stringer / Reuters


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    Un "flic véreux". C'est ainsi que Nicole Neyret qualifie, selon les écoutes téléphoniques, son mari Michel, commissaire divisionnaire et numéro deux de la PJ à Lyon. L'épouse, qui a été mise en examen, fin septembre, en même temps que son mari, en attribue essentiellement la faute à deux de ses relations, "deux frères" : Gilles Bénichou et Avi Alzraa.

    Selon elle, ils "pourrissaient avec leur fric" son époux. Gilles Bénichou, qui joue un petit rôle de flic dans le prochain film d'Olivier Marshall, Les Lyonnais, a une personnalité complexe. Tantôt intermittent du spectacle, tantôt agent d'assurances, il semble aussi à l'aise dans le monde de la nuit que du business, le milieu des voyous que celui des flics. Son frère est, quant à lui, un voyou, sans grande envergure. À plusieurs reprises, Nicole Neyret demandera au téléphone à Gilles Bénichou, dont elle est elle-même une amie, de ne plus verser d'argent à son mari.

    Comme le révèle Le Point.fr, les écoutes téléphoniques dont dispose le juge d'instruction parisien Patrick Gachon apparaissent accablantes pour le commissaire Michel Neyret, qui a été mis en examen au début du mois d'octobre, entre autres pour "trafic de stupéfiants, corruption passive et active". Jusque-là, on savait seulement que ce grand flic avait prélevé plusieurs kilos de résine de cannabis dans les saisies afin de rémunérer ses informateurs pour faire tomber des équipes de braqueurs ou de trafiquants de drogue. On voulait croire que ce héros de la police judiciaire en France, adulé par ses pairs, avait franchi la ligne jaune pour faire de belles affaires. En clair, une histoire de "tontons" qui tourne mal. Des comités de soutien et des pétitions ont fleuri pour défendre ce flic à l'ancienne, selon l'expression un peu usée. N'en déplaise, le scandale est beaucoup plus important. Il semble, en tout cas, dépasser la simple polémique sur la rétribution des indics par de la drogue ou de l'argent sale.

    Cinq comptes offshore

    Selon un rapport de synthèse daté du 25 juillet 2011 que Le Point a pu consulter, il apparaît sur une écoute que Michel Neyret reproche à sa femme d'avoir parlé à Bénichou d'une montre qui lui avait été offerte. Nicole Neyret lui rétorque que ce qu'il a fait "n'était pas beau" et lui rappelle qu'elle a proposé de "rendre le bijou". Son mari lui répond qu'à l'époque il ignore que cette montre "sort d'un coffre".

    Le 24 mai 2011, grâce à une autre écoute, l'IGS, la police des polices chargée de l'enquête sur le volet corruption qui a été disjoint du dossier initial lié au trafic de drogue, apprend que cette montre fait partie d'un "lot de bijoux volés qui aurait été donné" au commissaire divisionnaire en même temps que de l'argent, le tout par Avi Alzraa. Au cours de cette même conversation, l'épouse du numéro deux de la PJ lyonnaise reproche une nouvelle fois à Gilles Bénichou d'avoir "pourri" son mari et le supplie de "ne plus lui donner d'argent, car il le dépense au casino ou en boissons en compagnie de femmes". L'apprenti acteur lui répond qu'à compter de ce jour il ne lui donnera plus un centime et qu'à la place il lui constituerait un pécule dont il pourrait profiter quelques années plus tard.

    Le 4 juillet 2011, à la demande de Bénichou, Nicole Neyret lui transmet par mail la copie de son passeport émis sous son nom de jeune fille. Le 3 juillet 2011, Stéphane Alzraa, cousin d'Avi et aigrefin écroué depuis, demande à un homme d'ouvrir cinq comptes bancaires pour déposer entre un et sept millions d'euros sur chacun, provenant d'une société offshore basée en Indonésie. Le 4 juillet, Gilles Bénichou indique à Stéphane Alzraa qu'il va lui envoyer les copies de son passeport et de celui de Nicole Neyret. Le 5 juillet, Stéphane Alzraa précise à son interlocuteur que les comptes seront ouverts au nom de Nicole Neyret. Depuis, plusieurs commissions rogatoires ont été délivrées par le juge Patrick Gachon pour savoir si, effectivement, de l'argent a été versé sur ces comptes.

    Déflagration

    Michel Neyret, longtemps héros de la PJ en France, se retrouvant accusé d'enrichissement personnel : la déflagration au sein de la maison police est immense. Il y a encore peu, c'est ce commissaire divisionnaire, auréolé de tant d'exploits, que l'on envoyait faire des audits dans les services de police en mal de résultats. Jusqu'ici, on avait simplement évoqué les liens du numéro deux de la PJ avec certains malfrats susceptibles de lui avoir offert des voyages au Maroc ou prêté de belles voitures. Mais, là encore, il semble que cela soit beaucoup plus grave.

    Selon un autre P-V de synthèse daté du 22 avril 2011 que Le Point a pu aussi consulter, Gilles Bénichou s'est envolé le 1er du même mois pour le Maroc en compagnie de Michel Neyret ainsi que d'un fonctionnaire des douanes et d'un responsable d'une société dans le secteur de l'énergie. Selon l'avocat de l'entreprise, ce cadre supérieur qui voyageait à titre privé aurait payé lui-même ses billets.

    Le séjour marocain était une sorte d'investissement destinée à pérenniser les relations de Bénichou au sein de la maison Poulaga et à poser des jalons chez les douanes. Dès son retour de voyage, l'apprenti acteur indiquait sur écoutes que, grâce à ses nouvelles relations douanières, il allait enfin pouvoir faire entrer en France, par conteneur et sans contrôle des cargaisons, en particulier de cigarettes. Mais la véritable finalité de ce séjour au Maroc aurait été d'obtenir un semblant d'immunité en faveur de Yannick Dacheville, un voyou en fuite par lequel le scandale est arrivé.

    Escroquerie à la taxe carbone

    Retour en arrière. En novembre 2010, la brigade des stups de Paris saisit 110 kilos de cocaïne dans l'appartement d'une famille saoudienne liée à la famille royale. Les propriétaires munis de passeports diplomatiques ne sont pas inquiétés. Mais cette saisie de drogue est le début de l'affaire Neyret. C'est au détour des écoutes téléphoniques mises en place pour retrouver un certain nombre de trafiquants en fuite que le nom du commissaire divisionnaire apparaît, en lien avec l'un des protagonistes du dossier : le fameux Yannick Dacheville. Cet aigrefin en fuite depuis dix ans a fait fortune en 2008 dans une immense escroquerie à la taxe carbone et voyage sous le nom d'emprunt de Guillaume Pernot entre le Panama, Israël, les États-Unis, les Émirats arabes unis et la France.

    Si l'intervention en faveur de Dacheville auprès des services de police avait réussi, Gilles Bénichou aurait empoché, dixit les écoutes, plusieurs centaines de milliers d'euros. L'apprenti acteur s'était d'ailleurs fait financer le séjour au Maroc par le voyou. Le 30 mars 2011, sous la surveillance de la brigade des stups de Paris, une émissaire de Gilles Bénichou venue de Lyon avait récupéré 25 000 euros auprès de Mathieu Dacheville, petit frère de Yannick. Ce dernier a été interpellé le 29 septembre dernier à Paris en même temps que la compagne parisienne de son frère et une restauratrice dans le volet trafic de stupéfiants du dossier.

    Intervention ?

    Ces trois proches de Yannick Dacheville sont soupçonnés d'avoir favorisé la cavale du voyou à Dubaï en récupérant régulièrement de grosses sommes d'argent liquide cachées dans un coffre et en les transférant, via un bureau de change ou des mandats. Selon les écoutes téléphoniques, Yannick Dacheville posséderait de nombreux biens financiers et immobiliers à l'étranger, notamment en Italie, aux États-Unis, en Belgique, à Chypre et enfin en Israël, pays dans lequel il a séjourné plusieurs fois sous des noms d'emprunt. En France, le voyou serait aussi propriétaire de nombreux biens : appartement, voitures de luxe et montres de luxe. L'ensemble de ce patrimoine, qui ne figure pas sous son nom, serait géré par un cabinet d'avocats parisien.

    Sous mandat d'arrêt international, Yannick Dacheville a été interpellé à Dubaï le 31 juillet 2011 avant d'être remis en liberté le 7 septembre, après avoir versé une grosse caution. Coïncidence ou non, Alexandra, compagne de voyage du voyou, aurait entre-temps, selon nos informations, joint un subordonné de Michel Neyret à Lyon pour lui demander d'intervenir. Le policier aurait alors répondu que Neyret allait prendre les choses en main et qu'il ferait passer Dacheville pour un indic. Dans un document que Le Point a pu consulter, le juge Patrick Gachon indiquait très récemment que le voyou présumé a été remis en liberté dans des conditions à ce jour inexpliquées...

    Contacté par Le Point.fr, Me Versini, l'un des deux avocats de Michel Neyret, se dit "tenu au secret de l'instruction". "Nous voyons notre client, Me Sauvayre ou moi-même, une fois par semaine. Son moral n'est pas au beau fixe, déclare-t-il. Nous allons demander sa remise en liberté. Quant aux éléments que vous évoquez, nous sommes tenus par le secret de l'instruction, par conséquent nous ne pouvons rien dire."


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