• Daech détruit un temple à Palmyre : ils veulent surpasser les talibans. Et ils réussiront

    <header>

    Daech détruit un temple à Palmyre : ils veulent surpasser les talibans. Et ils réussiront

    </header>

    <time datetime="2015-09-01T18:05:07" itemprop="datePublished">Publié le 01-09-2015 à 18h05</time><time class="data-post" datetime="2015-09-01T20:54:06" itemprop="dateModified"> - Modifié à 20h54</time>
    lien

    LE PLUS. Le temple de Bêl, un des monument les plus emblématiques de la cité antique de Palmyre, en Syrie, a été détruit par l'État islamique. C'est ce que montrent des images satellite de l'ONU, qui ont confirmé la nouvelle ce lundi. Et ces barbaries ne sont pas prêtes de s'arrêter, prévient l'historien Maurice Sartre, qui somme l'Europe de réagir.

    Le temple de Bêl, à Palmyre, aurait été détruit par Daech d'après des images satellite (Wikimedia Commons)

     

    Tous les sites historiques sont irremplaçables, mais celui-ci l’est particulièrement. Palmyre, c’est probablement le seul nom que tout le monde connaît à propos de la Syrie. Et c'est tout simplement l’un des plus beaux sites archéologiques du monde. 

     

    Palmyre est un site spectaculaire parce que très bien conservé, en plein cœur du désert. Au confluent des influences venues de l'Est et de l'Ouest, la culture de Palmyre est le fruit d'un métissage culturel difficilement observable ailleurs. C’est pourquoi c'est un site majeur, non seulement pour la Syrie, mais pour l’histoire de l’humanité.

     

    La perte de trésors au profit d'un trafic

     

    La destruction du temple de Bêl est d’autant plus dramatique que l’on est loin d’avoir terminé les fouilles.

     

    Au-delà des dynamitages, on peut craindre que Daech ne soit déjà en train de creuser pour essayer de trouver des "trésors", et ainsi se livrer au trafic d’antiquités. Il semblerait que la volonté de l’État islamique de détruire les vestiges du paganisme s’arrête en réalité au niveau du portefeuille : les œuvres d’art volées en Irak ou en Syrie ne cessent d’affluer en Europe.

     

    Très peu de vraies "idoles" à Palmyre

     

    À Palmyre figurent quelques images divines. Je pense notamment aux linteaux du temple de Bel, représentant des dieux en habits militaires romains. Mais 90% des images de ce site sont des portraits de Palmyréniens, et non des "idoles". 

     

    La ville de Palmyre ayant fleuri dans l’antiquité gréco-romaine, avant la naissance de l’Islam, Daech interprète chaque portait funéraire, chaque statue, comme une idole.

     

    Pour les extrémistes de l’État islamique, chaque prétexte est bon pour prendre le contre-pied des valeurs qu’ils jugent occidentales, et peu importe que l’une d’elles – la protection du patrimoine – soit une valeur à laquelle adhère le monde entier. L’organisation terroriste sait que ce site est le plus connu de Syrie et que sa destruction est susceptible d’émouvoir les opinions publiques européennes. De même, la barbarie inqualifiable de l’assassinat de Khaled al-Assaad, ancien directeur des antiquités de Palmyre, était voulue. Ils savent pertinemment que, dans des pays où la peine de mort paraît insupportable, cette image allait choquer.

     

    Attaquer la culture : l'histoire se répète

     

    Les temples de Palmyre sont en quelque sorte les Bouddhas de Bâmiyân de Daech. Ils veulent faire mieux que les talibans, qui ont détruit ces deux statues monumentales classées au patrimoine mondial de l’Unesco en 2001.

     

    La répétition de ces actes barbares à travers le temps montre que les monuments culturels – et principalement à caractère religieux – ont été touchés de tout temps. Cela a été le cas pendant les guerres de religion en France, mais également en URSS, où l’on a détruit de nombreuses églises, y compris les cathédrales les plus prestigieuses.

     

    Pendant la révolution chinoise, un patrimoine énorme a été anéanti. Non seulement des édifices religieux, mais également des livres, photos et objets d’art. La ville natale du grand philosophe Confucius avait également été ravagée.

     

    S’en prendre à la culture, parce que l’on veut affirmer sa différence par rapport aux valeurs de sociétés anciennes ou que l’on estime corrompues, n’est pas nouveau.

     

    Si on ne les arrête pas, Daech détruira tout

     

    Dans le cas précis de l’État islamique, il s’agit d’une pure provocation à l’égard de l’Occident. Quand on voit l’immobilisme des dirigeants actuels, on serait pourtant tentés de penser qu’ils se sont trompés.

     

    Je l’ai déjà dit lorsque les djihadistes ont commencé à occuper la ville en mai dernier, et je persiste à le penser : si l’on ne les arrête pas, ils détruiront tout.

     

    Ils ont détruit le monastère de Saint Elian près de Homs, et s’ils s’emparent de Damas, leur première cible sera le musée  et la magnifique synagogue de Doura Europos, un des monuments les plus importants pour l’étude de l’art juif dans l’Antiquité.

     

    Il semblerait que quelques petites pièces des musées syriens aient été mises à l’abri dans des pays étrangers, et d’autres sont protégées à Damas, mais pour combien de temps ? Pendant combien de temps encore nos dirigeants les laisseront-ils détruire le patrimoine historique mondial, les origines de toute notre humanité ?

     

     

    Propos recueillis par Rozenn Le Carboulec.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :