Cela s’est joué à pas grand chose. Deux petites dizaines de signatures sur les 95 qui étaient nécessaires pour «débrancher» la liste socialiste en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (Acal). Au lendemain du dépôt de la liste de Jean-Pierre Masseret, bien décidé à se maintenir au second tour, plusieurs de ses colistiers, appuyés par Solférino, ont tenté ce mardi une démission collective. C’est une possibilité du code électoral qui n’a jamais été employée : selon l'article L352, un colistier ne peut pas jeter l’éponge individuellement entre les deux tours mais une liste peut se désister avant le second si une majorité de ses membres signe une «déclaration de retrait» et la dépose avant la date limite de dépôt. Soit ce mardi, 18 heures.

Opposés au refus de leur chef de file régionale de se désister pour faire barrage au Front national, arrivé en tête dimanche devant LR et le PS, deux colistiers du Bas-Rhin ont donc tenté de recueillir les signatures d’une majorité de leurs camarades favorables au retrait. Il en fallait donc 95 sur 189. Parallèlement Solférino s’est efforcé de convaincre un à un les candidats de décrocher, conformément à la consigne de désistement républicain que le Bureau national avait donnée dès dimanche soir. «Ils passent leur journée au téléphone. C’est Christophe Borgel (secrétaire national aux élections) qui est chef d’orchestre», raconte un socialiste alsacien.

Le suspense est monté d’un cran dans les deux dernières heures précédant le gong final, les signatures arrivant à la préfecture de Strasbourg en vrac, depuis les dix départements de la nouvelle Acal. D'après l’un des socialistes démissionnaires, chargé de centraliser les paraphes, «entre 80 et 85 personnes se sont dites prêtes à démissionner mais 71 signatures ont été confirmées par la préfecture, avec tous les documents nécessaires. Il y en a pas mal pour lesquelles il manquait des pièces et les deux dernières sont arrivées en retard.»

Jean-Pierre Masseret, qui a gagné son bras-de-fer sur la direction du PS, a réaffirmé ce mardi soir, à Maizières-les-Metz (Moselle), qu'il mènerait son combat «jusqu’au bout». Mais il se présentera dimanche avec 71 candidats qui n'ont pas pu se retirer et appelle à voter pour «la liste républicaine arrivée en tête». Le chef de file (Les Républicains) et président sortant de la région Alsace, Philippe Richert s'était classé deuxième à l'issue du premier tour, devancé par le frontiste Florian Philippot. «Avec un tiers de la liste qui a voulu démissionner, celle-ci est complètement fragilisée. On a passé la journée à faire campagne contre notre propre liste. Pour nous, c'est dur», Maxime Munschy l'un des candidats à l’initiative de la lettre de démission. Dans son département du Bas-Rhin, ils étaient 25 sur 35 à vouloir renoncer, dont la tête de liste, Pernelle Richardot.

La sanction a été immédiate : le Parti socialiste a décidé ce mardi soir de lui retirer son investiture. Jean-Pierre Masseret ne pourra donc pas se présenter sous l'étiquette PS.

Laure Equy