• Egypte : La grande solitude des progressistes...

    La grande solitude des progressistes

    Les résultats officiels du premier tour de la première phase des législatives égyptiennes seront annoncés ce soir mais on sait d'ores et déjà qu'ils seront mauvais pour ce que l'on appelle les progressistes, une nébuleuse qui englobe les partis de gauche et du centre, opposés aussi bien aux islamistes qu'aux "fouloul", le terme qui désigne les anciens du PND (parti national démocratique), la formation au pouvoir sous Moubarak, qui se présentent sous une multitude d'étiquettes.

    Le Bloc égyptien, la principale coalition progressiste n'arrive qu'en troisième position, loin derrière les Frères musulmans, crédités d'environ 40% des voix et les Salafistes, une déclinaison ultra-rigoriste de l'Islam, qui devrait rafler 20% des suffrages. La révolution continue, une coalition de petits partis pro-révolution, créés dans la foulée de la chute de Hosni Moubarak, écope d'un score encore plus mauvais. Parmi les échecs les plus symboliques, on peut relever :

    - la défaite au premier tour de Gamila Ismaïl : dans la circonscription de Kasr El-Nil, qui englobe pourtant des quartiers huppés comme Zamalek et Garden City, cette ancienne présentatrice de télévision, soutenue par le parti libéral Al-Ghad et par le mouvement du 6 avril, l'un des piliers du soulèvement de la place Tahrir, n'a recueilli que 1300 voix.

    - La défaite également au premier tour de Georges Ishak : le fondateur du mouvement Kefaya ("ça suffit"), précurseur des mouvements révolutionnaires, a été éliminé dans la circonscription de Port Saïd, sa ville natale.

    - Le mauvais score du magistrat réformiste Mahmoud Al-Khodeiri : dans la circonscription d'Alexandrie, la deuxième plus grosse ville du pays, il est distancé par Tarek Talaat Moustafa, un ancien du PND, richissime propriétaire de la chaîne d'hôtels Four Seasons, que ses opposants avaient tenté, en vain, d'empêcher de se présenter. Son frère, Hisham Talaat Moustafa, est ce baron du PND qui a échappé de peu à la peine de mort pour son rôle dans l'assassinat de la chanteuse libanaise Suzanne Tamim.

    Les progressistes pourront se consoler, très momentanément, avec la victoire annoncée de l'une de leur coqueluche, Amr Hamzawy, dans la circonscription de Heliopolis, un quartier aisé du nord-est du Caire. Ce médiatique professeur de sciences politiques avait défrayé la chronique durant l'été en déclarant sa flamme pour l'actrice Basma, dans une chronique pour le quotidien Al-Shorouk.

    Dans les prochains jours, les formations progressistes plancheront sur les raisons de leur échec dans l'espoir de rectifier le tir lors de la deuxième et troisième phases des législatives, prévues respectivement le 14 décembre et le 3 janvier. Sur internet, certaines voix appellent à une fusion des deux coalitions, La révolution écontinue et Le Bloc égyptien, pour mieux endiguer la poussée des islamistes.

    Deux élements laissent cependant penser que les progressistes auront les plus grandes peines à inverser la tendance : D'une part le fait que les prochains scrutins se dérouleront dans des zones principalement rurales, où les foulouls et les partis religieux ont un très net avantage. D'autre part, le virage à droite de l'opinion publique, mis en lumière par cette étude très éclairante de l'Institut Gallup d'Abou Dhabi. Elle montre qu'après avoir massivement soutenu la révolution de janvier-février, la population rejette non moins massivement le mouvement de protestation contre les militaires qui a fait une quarantaine de morts la semaine dernière. Selon Gallup, les Egyptiens aspirent davantage à une stabilisation de l'économie qu'à une reprise de la contestation politique. Autant d'éléments qui devraient faire le jeu des islamistes, la principale force conservatrice de l'Egypte post-Moubarak.

    Benjamin Barthe


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