• Egypte: une armée critiquée, des islamistes favoris

    Egypte: une armée critiquée, des islamistes favoris

    Par Philippe Lesaffre, publié le 28/10/2011 à 08:02

     
    Egypte: une armée critiquée, des islamistes favoris

    Une caricature du maréchal Tantaoui, au Caire. La légitimité du pouvoir militaire, qu'il mène, s'affaiblit au fil des mois.

    REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

    Au Caire, depuis la chute d'Hosni Moubarak, les militaires gèrent les affaires courantes. Des élections législatives sont prévues à partir du 28 novembre prochain. Selon les premiers sondages, les islamistes devraient remporter le scrutin. 

    Sa légitimité s'affaiblit au fil des mois. Le Conseil suprême des forces armées, présidé par le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, au pouvoir depuis la démission d'Hosni Moubarak, a tendance à "céder" face aux mobilisations populaires. 

    "L'armée égyptienne a été contrainte de virer Moubarak, président pendant près de trente ans, mais aussi de changer de gouvernement et d'organiser le procès de l'ancien chef d'Etat, souligne Alain Gresh, directeur adjoint du Monde diplomatique et spécialiste du monde arabe. Ce n'était pas son premier choix." Au pouvoir, les militaires ont, en effet, découvert les vertus du pragmatisme. 

    Par exemple, sur le mode de scrutin pour les élections législatives, prévues entre fin novembre et début mars 2012. Plusieurs partis politiques, dont les Frères musulmans, avaient critiqué une loi qui prévoyait un système mixte entre scrutin proportionnel et uninominal réservé aux indépendants. Ils redoutaient que ce système favorise le retour aux affaires d'anciens membres du régime Moubarak. 

    Au final, seul un tiers des députés sera élu au scrutin uninominal; les autres, à la proportionnelle. Par ailleurs, les dirigeants de l'ancien parti officiel, le Parti national démocrate [PND], dissous depuis, pourraient se voir interdire le droits de se présenter. 

    Recrudescence des violences communautaires

    Outre la dissolution du parti unique, Alain Gresh évoque, comme "avancée démocratique", la création de syndicats libres et le procès d'anciens responsables. Les généraux ont promis de ne présenter aucun candidat à l'élection présidentielle, censée se tenir vers la fin de l'année 2012, et de rendre le pouvoir aux civils après les législatives. "Mais rien n'est moins sûr", glisse Alain Gresh. Ils ne géraient pas les affaires pendant 'le règne du raïs' mais certains cadres des services de renseignement et des gouverneurs, ainsi que des chefs d'entreprises publiques sont issus de leurs rangs. 

    Instaurer la stabilité en Egypte figure parmi les objectifs déclarés de l'armée. Or, les affrontements, survenues le 10 octobre au Caire entre les forces de l'ordre et des coptes, qui ont fait près de 24 morts et 213 blessés, ont surpris. Face à la recrudescence des violences communautaires depuis la chute de Moubarak, le pouvoir militaire est montré du doigt pour sa lenteur de réaction... 

    Dans ses conditions, faut-il craindre une large victoire des islamistes? Une dizaine de formations, des salafistes aux libéraux, sont en lice pour les prochaines élections législatives. C'est pourtant le Parti de la liberté et de la justice, issus des Frères musulmans égyptiens, qui devrait remporter le scrutin. 

    "Défaite relative" des islamistes

    "Il est difficile de faire un pronostic, nuance Alain Gresh, mais les islamistes restent une composante politique majeure". En 2005, déjà, sous la bannière des indépendants, ils avaient remporté 20% des sièges. 

    "Certains, à la base du parti, veulent le changement", souligne le journaliste. Les militants islamistes mènent ainsi des actions d'aide aux plus défavorisés. Populaires dans les mosquées, ils prônent aussi le respect de la charia - "le Coran est notre loi", clament-ils - mais "cela reste flou", glisse Alain Gresh. Et selon lui, le blasphème, par exemple, ne pourrait être accepté par leurs électeurs.  

    Par ailleurs, la confrérie égyptienne vient de subir "une défaite relative" - dixit le directeur adjoint du Monde diplomatique - lors des récentes élections des représentants du syndicat des médecins: au sein des instances régionales, les candidats indépendants ont souvent remporté la majorité des sièges. 

    Une chose est sûre, conclut Alain Gresh, la participation citoyenne sera importante, comme lors des élections de l'Assemblée constituante en Tunisie.


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