• En France, l’évaluation des enfants dès la maternelle provoque le chahut

    En France, l’évaluation des enfants dès la maternelle provoque le chahut

    Le ministre français de l'Education, Luc Chatel, avec des enfants de maternelle à Saint-Pierre, Martinique, le 22 février 2011.

    Le ministre français de l'Education, Luc Chatel, avec des enfants de maternelle à Saint-Pierre, Martinique, le 22 février 2011.

     

    Par Claire Arsenault

    Le nouveau dispositif élaboré par le ministère de l’Education nationale   vise à repérer les enfants « à risque » et « à haut risque » et ce, dès l’âge de cinq ans, en dernière année de maternelle  . Cet outil a pour objectif de repérer les difficultés d’apprentissage et de comportement.

    Ce qui n’est encore qu’un projet a aussitôt soulevé de nombreuses critiques tant de syndicats d’enseignants et de parents que de spécialistes de l’éducation et de la petite enfance.

    Le texte du ministère intitulé Aide à l’évaluation des acquis en fin d’école maternelle, devrait être appliqué dès le mois de novembre après avoir été soumis aux inspecteurs d’académie. Dans le livret qu’ont pu consulter les inspecteurs dès le 12 octobre 2011, figurent vingt-deux points sur lesquels les enfants seront évalués. 

    Trois catégories
     
    Le dispositif est prévu pour fonctionner en trois temps au cours de l’année scolaire. Dès les mois de novembre et décembre, des tests vont ausculter les capacités des écoliers à aborder le CP. Le comportement, le langage, la motricité et la conscience phonologique (capacité à repérer les sons des mots) des testés sont concernés. Lors de la deuxième phase, les enfants classés à risque ou à haut risque bénéficient d’une aide en groupe de leur enseignant au rythme de deux heures par semaine, les autres, placés en catégorie « rien à signaler », iront leur petit bonhomme de chemin, heureux écoliers sans histoire…
     
    En fin d’année, en mai et juin, tout ce petit monde sera soumis à une batterie d’épreuves individuelles et collectives. Un éventail de tests portant sur la « compréhension des consignes », la « maîtrise du vocabulaire », « la qualité de la production orale », « la connaissance des nombres », et des fiches « devenir élève » qui analysent les capacités à « respecter les autres et respecter les règles de vie commune » viendront compléter le cycle.
     
    Présenté par le ministre de l’Education, Luc Chatel, comme un outil de lutte précoce contre l’échec scolaire et non comme une évaluation, le projet est cependant vivement contesté. Vent debout, le Sgen-CFDT le qualifie « d’absurde, contre-productif et pour tout dire, un peu effrayant » alors que le principal syndicat du primaire, le SNUipp-FSU, « appelle le ministre à revenir à la raison », rappelant que « la maternelle n’est pas un lieu de compétition, de tri et de sélection ». Pour la FCPE, première fédération française de parents d’élèves, « on colle une étiquette extrêmement anxiogène sur des enfants ».

    Une pétition intitulée Cinq ans et déjà triés, mise en ligne jeudi 13 octobre 2011, comptait près de 6 000 signatures moins de 24 heures plus tard.   
     
    Catalogués « nuls » dès l’âge de cinq ans
     
    De son côté, le pédopsychiatre français Marcel Rufo, doute de l’utilité même du dispositif, estimant que « les enseignants font déjà le repérage des élèves les plus fragiles. A cinq ans, ajoute le Pr Rufo, un enfant a la compétence de douter de lui. C'est peut-être cela l'argument décisif : si un enfant est repéré comme en difficulté, vous croyez qu'il ne le sait pas ? C'est ça qui m'inquiète: que l'on conditionne les enfants à échouer. On colle une étiquette extrêmement anxiogène sur des enfants : lorsqu'on est signalé tôt comme en difficulté, on le devient », explique Marcel Rufo.
      
    Cette tentative d’imposer une « grille » pour dépister les enfants à problèmes rappelle d’autres projets avortés. Xavier Darcos, qui a précédé Luc Chatel à l’Education nationale, voulait déjà publier les résultats des tests de français et de mathématiques auxquels sont soumis les élèves de CM2. Il avait dû renoncer devant le tollé des enseignants qui voyaient dans ce projet une tentative de mise en concurrence des établissements scolaires. En 2005, une idée chère à Nicolas Sarkozy, suggérait de mettre en place un système de repérage précoce des troubles du comportement pour identifier les futurs délinquants dès l'âge de deux ans. Là aussi des professionnels de la petite enfance s’étaient mobilisés avec succès pour faire retirer le projet.


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