• Grèce : ce qui bloque encore

    Grèce : ce qui bloque encore

    Le Monde.fr | <time datetime="2015-06-04T09:15:39+02:00" itemprop="datePublished">04.06.2015 à 09h15</time> • Mis à jour le <time datetime="2015-06-04T10:28:58+02:00" itemprop="dateModified">04.06.2015 à 10h28</time> | Par

     
     

    La Grèce et ses créanciers (Fonds monétaire international, Banque centrale européenne, Commission européenne) ne sont pas encore parvenus, dans la nuit du mercredi 3 au jeudi 4 juin, à s’entendre sur une liste de réformes à mettre en place pour débloquer rapidement une aide financière, vitale pour la survie financière du pays, à court d’argent.

    A ce stade, aucun accord n’a été trouvé au terme d’une réunion de cinq heures, à Bruxelles, entre le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, le patron de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem et le premier ministre grec, Alexis Tsipras.

    MM. Juncker, Tsipras et Dijsselbloem ont convenu de se revoir, peut-être en tout début de semaine prochaine, juste après le G7 en Allemagne (du 7 au 9 juin).

    Un « Euroworking group », réunissant les directeurs du Trésor de la zone euro était prévu jeudi 4 juin, qui pourrait déboucher sur la convocation, la semaine prochaine, d’un Eurogroupe (réunion des 19 ministres des finances de l’Eurozone), seule instance habilitée à avaliser un accord définitif.

    Si tout le monde se félicite du « bon climat dans lequel se sont déroulées [les] discussions » mercredi soir, plusieurs points restent toujours en suspens :

    • La question des retraites au centre des blocages

    Les créanciers insistent, à la demande du FMI, sur la nécessité d’aller vers un régime de retraite affichant « zéro déficit ». Ils demandent donc des coupes à hauteur de 0,5 % du PIB en 2015 et de 1 % du PIB en 2016. Cela entraînerait notamment de nouvelles coupes dans les pensions mais aussi dans les retraites complémentaires. Il semblerait également, selon la presse grecque, que le FMI et Bruxelles demandent la suppression de l’EKAS, une prime destinée aux petites retraites, inférieures à 700 euros par mois, et qui va 30 à 230 euros par mois, selon les revenus.

    Le gouvernement grec ne veut pas entendre parler de ces mesures. « Des propositions qui posent sur la table l’idée de supprimer l’EKAS aux petits retraités » ne peuvent « naturellement faire l’objet d’aucune discussion », a déclaré M. Tsipras.

    • La réforme de la TVA pose aussi problème

    Le gouvernement grec avait bon espoir de faire valoir ses propositions de réforme de la TVA, avec la mise en place de trois niveaux de taxes : 6 % pour les médicaments et les livres, 11 % pour les aliments, l’énergie ou l’eau et 23 % pour le reste.

    Les créanciers insistent pour établir un régime à deux taux : 11 % pour les médicaments, les aliments et l’hôtellerie et 23 % pour tout le reste. M. Tsipras a insisté sur le fait qu’il ne peut accepter de voir « augmenter la TVA sur l’électricité de 10 points. »

    • Des divergences persistent sur les réformes du droit du travail

    Les créanciers veulent le maintien des objectifs inscrits dans le mémorandum signé avec le précédent gouvernement. Athènes refuse toujours de changer le cadre des licenciements collectifs et veut rétablir les conventions collectives. Mais M. Tsipras n’a pas abordé cette question dans sa déclaration de mercredi soir, ce qui pourrait suggérer un compromis possible.

    • Des frictions sur les privatisations dans l’énergie et le transport

    M. Tsipras est revenu, depuis plusieurs semaines, sur son refus initial général de réaliser les opérations de privatisation engagées par le précédent gouvernement. Il a esquissé un compromis possible autour de la privatisation de plusieurs aéroports, du port du Pirée, etc.

    Mais les créanciers souhaitent que les deux entreprises de production et de transport d’électricité (ADIME et Mikri DEY) soient privatisées. Ce à quoi se refuse le premier ministre grec.

    • Le niveau de l’excédent du budget de l’Etat reste à caler

    Pour amorcer une baisse du recours à l’endettement, les créanciers veulent que le gouvernement grec s’engage sur un solde positif pour le budget de l’Etat, avant paiement des intérêts de la dette : cet excédent primaire doit, selon eux, s’établir à 1 % en 2015, 2 % en 2016, 3 % en 2017 et 3,5 % en 2018.

    Pour limiter les coupes budgétaires et se dégager quelques marges de manœuvre financières, Athènes propose de se contenter d’un excédent primaire de 0,6 % en 2015 et 1,5 % en 2016

    Si Alexis Tsipras se félicite de la volonté affichée par les créanciers de mettre en place « des objectifs d''excédent primaires inférieurs à ceux établis dans les précédents programmes », il s’oppose à de nouvelles mesures d’austérité dans le contexte d’un pays qui « a vécu une véritable catastrophe économique et a perdu 25 % de son PIB ces cinq dernières années. »

    • Bataille pour mentionner ou non une future restructuration de la dette

    L’autre « gros » point de blocage dans les discussions en cours est la question de la restructuration de la dette publique grecque, qui atteint 177 % du PIB, soit près de 320 milliards d’euros. À défaut d’ouvrir immédiatement ce chapitre, M. Tsipras aimerait que soit inscrit dans l’accord avec les créanciers le principe de propositions pour assurer la viabilité de cette dette.

    Toute la journée de mardi 3 juin, l’ensemble des députés et ministres grecs issus du parti de la gauche radicale Syriza sont montés au créneau pour exiger que mention soit faite dans le texte de cette nécessaire négociation dans un avenir proche. Selon le FMI, cela semble inévitable. Mais l’Allemagne, notamment, s’y oppose, car l’idée d’effacer une partie de la dette grecque après avoir engagé des milliards pour son maintien à flot (240 milliards d’euros depuis mai 2010) est très impopulaire. « Nous avons une confiance limitée envers nos partenaires sur cette question car nous redoutons un scénario à la Samaras », explique une source gouvernementale.

    En novembre 2012, les créanciers s’étaient engagés lors d’un Eurogroupe à ouvrir les discussions sur une restructuration de la dette dès que la Grèce aurait dégagé un excédent primaire. Mais en janvier 2014, le premier ministre conservateur de l’époque, Andonis Samaras avait annoncé que le pays venait, pour la première fois depuis dix ans, de dégager un excédent primaire. Les créanciers avaient alors refusé d’ouvrir les discussions promises sur la dette.


     

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