• Grèce : le scénario d'une sortie de l'euro

    Grèce : le scénario d'une sortie de l'euro

    Le Point - Publié le <time datetime="2015-02-17T16:37" itemprop="datePublished" pubdate="">17/02/2015 à 16:37</time> - Modifié le <time datetime="2015-02-17T18:10" itemprop="dateModified">17/02/2015 à 18:10   lien </time>

    L'hypothèse n'est plus totalement exclue : la Grèce pourrait sortir de la zone euro. Quelles seraient les conséquences pour le pays ? Décryptage.

    <figure itemprop="associatedMedia" itemscope="" itemtype="http://schema.org/ImageObject">

    Le retour à la drachme mettrait au moins quelques mois à avoir des effets bénéfiques. © Wassilios Aswestopoulos / AFP

    </figure>

    Ni Athènes ni ses partenaires de la zone euro ne souhaitent en arriver là. Mais l'hypothèse d'un "Grexit", une sortie de la Grèce de la zone euro, ne peut pas être exclue. L'échec des négociations à la réunion des ministres des Finances ("l'Eurogroupe"), lundi soir, est venu le rappeler. Avant même le constat du différend entre Athènes et ses partenaires sur la manière de maintenir une aide financière à court terme pour le pays, certains observateurs considéraient déjà que le risque "n'a[vait] jamais été aussi élevé".

    Lire aussi Les Européens lancent un ultimatum à la Grèce

    Faute d'accord rapide entre le gouvernement de la gauche radicale Syriza (alliée à la droite nationaliste) et les autres États, la Grèce pourrait en effet rapidement se retrouver à court d'argent. Coupé des marchés financiers et de tout financement international alternatif, l'État grec serait obligé de faire défaut sur sa dette.

    Hausse des prix

    L'élément déclencheur pourrait bien venir de Francfort, quand la Banque centrale européenne fermera le robinet de liquidités "d'urgence" qui alimente pour l'heure les banques grecques, ce qui leur permettait jusqu'ici d'acheter de la dette publique à court terme, offrant ainsi à l'État grec une bouée de sauvetage. Ou du Parlement grec, qui déciderait unilatéralement de revenir à la drachme.

    Une telle décision aurait, au moins à court terme, des conséquences très dures pour les Grecs. D'abord parce que les comptes bancaires seraient convertis, au moins en partie, en nouvelle drachme, dévaluée du jour au lendemain. Le prix de nombreux biens importés deviendrait alors plus cher, ce qui réduirait le niveau de vie des Grecs les plus modestes, ceux qui n'ont pas de biens ou de revenus à l'extérieur du pays. Pour éviter l'effondrement du système bancaire, il est probable que les autorités imposent alors un contrôle des capitaux, afin d'empêcher les investisseurs étrangers de fuir et la population d'ouvrir des comptes dans d'autres pays ou de retirer trop d'euros aux distributeurs. "La façon dont le gouvernement grec parviendra ou non à limiter les fuites à travers un contrôle strict sera décisive pour la survie du système bancaire", préviennent les experts de la banque Barclays*.

    Malgré ces mesures exceptionnelles de restrictions des libertés, il est inévitable que deux monnaies circulent en parallèle, au moins temporairement : l'euro et la drachme, une fois celle-ci imprimée (l'affaire de quelques semaines ou quelques mois).

    Les plus riches favorisés

    Beaucoup de petites entreprises ou ménages seraient obligés de faire défaut sur leur dette devenue insoutenable parce que libellée en euros. Ce processus "devrait causer de larges transferts entre débiteurs et créditeurs", estiment les économistes de la banque Barclays. Avec des comptes bancaires à l'étranger et du liquide, les plus aisés s'en sortiraient beaucoup mieux que les petits épargnants avec des comptes locaux. Ils pourraient même profiter du chaos "pour s'emparer du capital et des capacités de production". "Peu de gouvernements ont survécu à une brutale dévaluation du taux de change", rappellent les experts de Barclays.

    Jacques Sapir, économiste très critique sur la monnaie unique, relativise toutefois les conséquences d'une sortie de la Grèce de la zone euro pour ses habitants. "En cas de sortie de l'euro, il est clair que la Grèce fera défaut sur sa dette. Elle sera coupée des marchés financiers, reconnaît le directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Mais elle peut se dispenser d'emprunter de l'argent. Grâce à son excédent budgétaire primaire, elle peut équilibrer son budget."

    Vers un soutien russe ?

    Ce qui n'est pas le cas du commerce extérieur. Avec un déficit encore "assez important" de sa balance commerciale, Athènes risque d'avoir du mal à financer ses importations en devises étrangères, au moins le temps que l'effet de la dévaluation de la drachme ne relance les exportations, faute d'avoir accumulé suffisamment de réserves de change. Il est en effet fort probable que ses cocontractants refusent, dans un premier temps, d'être payés en drachme. Mais ce problème pourrait être contourné grâce à l'appui de la Russie. Selon Jacques Sapir, le gouvernement grec s'est déjà rapproché de Vladimir Poutine pour s'assurer que les Russes pourraient lui fournir la vingtaine de milliards de dollars dont ils auraient besoin sous forme d'un accord de swap (échange de devises).

    Au bout de plusieurs mois, la balance commerciale devrait redevenir positive, grâce aux gains de compétitivité générés par la dévaluation. "La Grèce a une base de réparation navale très performante, mais qui n'est pas compétitive à cause de la concurrence turque et croate. Elle a aussi perdu beaucoup de marchés dans les primeurs à cause de l'euro, affirme Jacques Sapir. Avec la dévaluation, elle devrait retrouver de la compétitivité dans l'industrie, mais surtout les services à l'industrie et l'agriculture, et stimuler le tourisme", prévoit l'économiste. "La dévaluation procurerait une voie plus rapide vers la compétitivité-prix que l'écrasante dévaluation interne [réduction des salaires et des prix] requise dans la zone euro", confirment les analystes de Barclays.

    "Pas la panacée"

    À condition que l'inflation, inévitable, ne fasse pas augmenter trop les salaires et ne vienne pas manger les gains de compétitivité. Pour Jacques Sapir, cet écueil, bien réel, peut lui aussi être surmonté. En se fondant sur l'augmentation rapide de la productivité de l'économie grecque observée de 1999 à 2007, l'économiste estime que celle-ci peut se remettre à croître fortement, permettant au gouvernement d'accorder, "d'ici deux à trois ans", un certain rattrapage du niveau de vie soutenable.

    D'autres économistes sont beaucoup moins optimistes. Convaincu que l'introduction de l'euro en Grèce a été une erreur, Éric Dor n'en est pas moins sceptique sur les effets bénéfiques du retour à la drachme. Pour le directeur des études économiques à l'IESEG School of Management, "l'industrie grecque est très faible. Elle doit beaucoup importer de l'extérieur, notamment l'énergie. Ça ne serait donc pas la panacée non plus". Une analyse partagée par Thibault Mercier, de la recherche économique de BNP Paribas, qui rappelle la forte dépendance du pays aux importations d'énergie : "Si ce qu'un pays vend ne vaut pas grand-chose, mais que ce qu'il importe est très cher, il ne peut plus consommer que ce qu'il produit. Cela ne débouche que sur un appauvrissement."

    Lire aussi Bye Bye l'€uro

    * Consequences of a Greek exit (Les conséquences d'une sortie grecque), Barclays, 11 février


    Tags Tags :
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :