• Il y a 30 ans, les poupées Bella tiraient leur révérence

    Perpignan

    Il y a 30 ans, les poupées Bella tiraient leur révérence

    ISABELLE BLEY (L'INDEPENDANT)
    18/12/2011, 11 h 53
     
    En décembre 1983, les ateliers fonctionnaient encore. Quelques mois après, tout s'arrêtait.
    En décembre 1983, les ateliers fonctionnaient encore. Quelques mois après, tout s'arrêtait. (L'INDEPENDANT)

    Une très belle histoire qui a démarré en 1946 comme un conte de fée, qui a fait rêver des millions de petites filles, et qui finit, en 1984, par un drame au cours duquel plus de 1 200 personnes perdront leurs emplois. Des rires et des larmes, du bonheur et de la tristesse, des victoires et des déceptions, c'est ainsi que se sont écrites les pages de l'entreprise Bella née à Perpignan et qui a su conquérir le monde avec ses superbes et inoubliables poupées.

    "Ils avaient l'intention de fermer"

    Au moment du rachat de l'entreprise familiale Bella par un grand groupe allemand, Bolhen industrie Wasag chemie, la vie des poupées Bella et de ses salariés commence à basculer. Les premiers conflits sociaux, avec notamment des revendications salariales, se sont fait jour peu de temps avant le rachat. De plus, les modifications imposées par la nouvelle direction perturbent les employés et même une partie des clients. "Avoir un patron allemand n'est pas toujours bien perçu dans l'opinion, même 25 ans après la fin de la guerre", explique Jean Sala en charge de la gestion comptable de la société.

    En février 1972 l'homme est convoqué à Munich par le conseil d'administration, au siège de la société mère. "J'ai senti qu'ils avaient l'intention de fermer Bella, parce qu'ils perdaient de l'argent. Pendant deux heures, j'ai défendu l'entreprise". Jean Sala est alors propulsé à la tête du directoire : "J'ai demandé à avoir carte blanche sur la gestion de l'entreprise, la disparition de la direction en place et de ne plus avoir de techniciens allemands à Perpignan. J'ai ensuite nommé André Subils directeur général". C'est un nouveau défi pour l'entreprise Bella qui doit à tout prix remonter la pente et reconquérir des marchés.

    1970's : les années fastes

    Les 600 employés sont convoqués et la nouvelle situation leur est expliquée. En 1973, malgré le choc pétrolier, l'entreprise tient le coup et compte 1000 salariés et 250 couturières à domicile. 10 000 poupées sortent des ateliers tous les jours et près de 12 000 robes sont confectionnées. Les couturières des P.-O., de Narbonne, Carcassonne et Béziers n'étant plus assez nombreuses pour répondre à la forte demande, l'entreprise se tourne vers Barcelone pour assurer le complément. Les bâtiments sont agrandis au fur et à mesure des besoins et s'étendent sur 40 000 m2.

    Bella conforte sa place en Europe et reprend des marchés à travers le monde : 35 % de sa production part à l'exportation. Les conflits sociaux et la chute Puis, après ces années de reconquête, les soucis refont leur apparition. Des conflits interviennent avec des salariés syndiqués dès 1980. "Ils voulaient travailler 35 heures et être payés 40, obtenir le 13e mois alors que je leur donnais le demi 13e mois, tempête Jean Sala. Ils demandaient aussi la création d'une crèche". Déterminés, les grévistes manifestent et occupent l'usine fin 1980, entre septembre et décembre, au moment où les commandes pour Noël affluent. "200 000 poupées qui étaient en commande ne seront pas livrées".

    Puis, en 1981, même scénario. Les pertes financières sont énormes. Le 17 décembre 1981 Jean Sala annonce en comité d'entreprise qu'il va déposer le bilan. Il est alors séquestré une nuit, sans violence, dans le bâtiment. Libéré le lendemain, il dépose le bilan au tribunal de commerce de Perpignan. La fin de Bella est annoncée.

    Le dépôt de bilan de Bella se fait le 18 décembre 1981. 1000 salariés risquent de se retrouver à la porte si aucun repreneur ne se fait connaître. "L'usine était occupée par les révolutionnaires, se souvient avec amertume Jean Sala. Nous avions toujours l'espoir de trouver un repreneur et nous sommes allés à Paris en février 1982, au salon du jouet, présenter la nouvelle collection qui était prête. Les Pouvoirs publics se sont rendu compte de la situation et ils ont cherché un repreneur".

    C'est dans ce contexte qu'arrive à Perpignan la société Berchet alors spécialisée dans la fabrication de jouets pour garçons. 700 personnes sont licenciées. Les 300 qui restent se remettent au travail. La collection des poupées passe de 60 à 30 modèles, les prix augmentent. Au bout d'un an et demi, les carnets de commandes sont vides. L'usine s'arrête définitivement de tourner.


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