• L'ex-directeur de la centrale de Chooz accusé de harcèlement

    L'ex-directeur de la centrale de Chooz accusé de harcèlement

    Publié le vendredi 18 novembre 2011 à 09H54 -


    Les faits incriminés portent sur la période juin 2005-août 2008, date à laquelle Jean-Paul Joly a été nommé à la tête d'une autre centrale, à Civaux (Vienne).

    Les faits incriminés portent sur la période juin 2005-août 2008, date à laquelle Jean-Paul Joly a été nommé à la tête d'une autre centrale, à Civaux (Vienne).

    ChOOZ (Ardennes). Le 18 janvier, Jean-Paul Joly devra s'expliquer devant la justice sur les accusations de harcèlement lancées à son encontre.

    C'EST un procès très particulier qui va se tenir au tribunal correctionnel de Charleville-Mézières le mercredi 18 janvier. La nature des faits reprochés au prévenu est pourtant d'une banalité malheureusement incontestable : une énième affaire de harcèlement moral de la part d'un supérieur à l'encontre de certains de ses subordonnés.
    Ce qui rend ce dossier très sensible, c'est sa localisation géographique, à savoir le centre nucléaire de production d'électricité de Chooz.
    Un site où, encore moins qu'ailleurs en raison de la nature de l'activité qui y est pratiquée, on ne peut admettre de la part d'un cadre de pousser des salariés à bout.
    Loïc Scoarnec, fondateur de l'association « Harcèlement moral stop » et dont la voix est bien connue des auditeurs de RTL pour être celle de l'expert en droit du travail de l'émission « Ça peut vous arriver », a travaillé sur le dossier de Chooz, saisi par l'un des plaignants placés devant l'inertie des principaux syndicats locaux (voir par ailleurs). Et il a quelques formules bien tournées pour résumer le problème : « On n'est pas là dans une fabrique de bonbons mais dans une centrale nucléaire. C'est l'atome. Et la prise en compte de la santé des salariés devrait être un impératif. Or sur ce site sensible, la hiérarchie, au plus haut niveau, n'était pas sensibilisée à la santé mentale des salariés harcelés. Et si l'un d'eux avait pété les plombs, il se serait passé quoi ? »

    Management par la terreur

    A défaut de pouvoir répondre à cette question (et on ne peut que s'en féliciter…), il est en revanche possible d'examiner d'un peu plus près les faits incriminés. Ils portent sur la période juin 2005-août 2008, date à laquelle Jean-Paul Joly a été nommé à la tête d'une autre centrale, à Civaux (Vienne).
    Régine Morazzani est médecin conseil EDF depuis 1995. Bien que tenue au secret médical, elle a accepté d'évoquer les « brimades et les mises au placard » subies par un certain nombre de salariés. « Ils sont sept à avoir finalement porté plainte. Mais ils sont plus nombreux à avoir subi les agissements de M. Joly. Certains d'entre eux ont vécu une véritable descente aux enfers, cette période a été terrible pour eux, avec des conséquences bien réelles sur leur santé. Certains ont pu s'en sortir, d'autres sont toujours en dépression, sous calmants. J'ai des dossiers médicaux terribles, notamment le cas d'un salarié en invalidité définitive et totale. Quand j'ai vu de quoi il retournait, j'ai estimé de mon devoir d'alerter ma hiérarchie, d'abord au niveau régional à Nancy puis national à Paris. On a envoyé quelqu'un, un médiateur, mais ça n'a rien réglé, peut-être même au contraire… »
    Autre témoignage édifiant, celui de Marie-Pierre Lavandier, animatrice fédérale de la CFE-CGC, le seul syndicat à avoir épaulé les salariés concernés. Pour elle, « Jean-Paul Joly est un adepte du management par la terreur qui a causé des dégâts énormes. Sachant que de nombreux salariés touchés n'ont pas osé porter plainte. Mais ils ont quand même besoin de ce procès, de cette reconnaissance pour se reconstruire. Des méthodes pareilles, ça laisse des traces, parfois à vie.

    Et nous craignons aujourd'hui que M. Joly reproduise la même chose à Civaux, la centrale qu'il dirige depuis qu'il a quitté Chooz, avec des arrêts de travail pour dépression alors qu'il n'y en avait pas avant sa nomination. Ce que je ne comprends pas, c'est que la direction nationale, bien qu'au courant, ferme les yeux. »
    Yeux clos en effet, mais également bouche cousue. Nous avons effectivement tenté de nous mettre en rapport avec la direction nationale d'EDF.
    Certainement pour mettre fin à ces tentatives aussi nombreuses qu'infructueuses, la direction nous a renvoyés vers les avocats de Jean-Paul Joly.
    Mais ces derniers, malgré plusieurs relances, sont demeurés à leur tour injoignables.

    J.-C. ROUSSEL


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