• La barre des 8 000 médecins formés franchie à la rentrée 2012

    La barre des 8 000 médecins formés franchie à la rentrée 2012

    LEMONDE | 30.12.11 | 10h56   •  Mis à jour le 30.12.11 | 14h1

    Fallait-il augmenter le numerus clausus des étudiants en médecine ? L'abaisser plutôt ? Le sujet est loin de faire l'unanimité, mais c'est décidé, à l'horizon 2020, plus de médecins sortiront diplômés de la faculté.

    Alors que les Français s'inquiètent de l'extension des déserts médicaux, le ministre de la santé, Xavier Bertrand, et celui de l'enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, ont annoncé, jeudi 8 décembre, une augmentation du nombre de places offertes en deuxième année de médecine de 7 400 à 7 500 à la rentrée 2011-2012. Le nombre de places dites passerelles, qui permettent à des étudiants issus de grandes écoles ou de masters d'entrer en deuxième ou troisième année, passera de 300 à 500. De quoi faire passer, après trois ans de stabilité, le nombre de médecins formés à 8 000 ; soit le niveau de la fin des années 1970.

     

    La hausse du numerus clausus a l'intérêt de donner un peu d'espoir à tous les aspirants médecins : il est devenu problématique que tant de candidats soient recalés alors que le pays est contraint de faire appel à des médecins à diplôme roumain ou encore algérien. Elle ne réglera cependant rien si la question de la mauvaise répartition des médecins sur le territoire et entre disciplines n'est pas prise en compte.

    S'il reconnaît que la hausse du nombre de diplômés ne règle pas à elle seule les problèmes de démographie médicale, M. Bertrand explique : "Ce que je ne veux pas, c'est que l'on ait à nouveau à gérer une pénurie de médecin comme cela a déjà été le cas", en référence aux années où le nombre de médecins formés était tombé trop bas - jusqu'à 3 500 en 1993. "Je refuse de retomber dans les travers du malthusianisme" qui consiste à faire croire qu'avec "moins de médecins, on a moins d'actes, donc moins de dépenses et moins de déficit".

    "Dans dix ans, l'exercice médical aura changé : les futurs médecins, et pas seulement les femmes parmi eux, voudront à l'avenir plus de temps pour leur famille, mais aussi pour leur formation et même dans leur pratique", poursuit-il pour justifier le choix du gouvernement. Des réunions auront lieu en janvier 2012 pour déterminer quelles universités accueilleront les places supplémentaires en fonction des besoins. Une nouvelle faculté de médecine est prévue à Torcy (Seine-et-Marne).

    Les ministres ne comptent pas pour autant s'attaquer de plein fouet à la mauvaise répartition des médecins sur le territoire et entre disciplines. "Nous ne voulons pas de mesure coercitive et restons persuadés que la palette d'outils incitatifs, que nous entendons développer, suffira", plaide M. Wauquiez. Le gouvernement compte ainsi voir la situation s'améliorer peu à peu. Il se veut confiant : pour la première fois depuis longtemps, en 2010, il y a eu plus d'installations en zone rurale que de départs.

    Les ministres misent, par exemple, de nouveau sur l'essor des stages en médecine générale. Ce dispositif est lancé depuis 1997, mais seuls 49 % des étudiants effectuent un tel stage, faute d'entrain des médecins en exercice à faire du tutorat. Pour inciter à s'installer en zone sous-dotée, le gouvernement insiste toujours sur ses mesures fétiches : les maisons de santé pluridisciplinaires, mais aussi l'octroi de bourses aux étudiants en contrepartie d'années d'exercice dans une zone déficitaire. "Ce dispositif n'est pas assez connu et nous allons y remédier", promet M. Wauquiez.

    Refusant toute contrainte, l'exécutif reste sur sa ligne, ce qui lui permet d'éviter de se fâcher avec les médecins à quelques mois de la présidentielle. La profession n'a jamais toléré la moindre entrave à la liberté d'installation. Les doyens des universités de médecine reconnaissent toutefois que si les incitations ne suffisent pas, il faudra en passer par une "solidarité forcée", en imposant aux diplômés de commencer par trois années dans les zones ou spécialités déficitaires. Aujourd'hui, certaines régions forment des médecins, mais n'arrivent pas à les retenir. La Bourgogne n'en conserve que 47 %, selon l'Atlas régional de l'Ordre des médecins. Ceux qui n'arrivent pas à les garder font de plus en plus appel à des médecins à diplôme étranger.

    Les médecins, comme les internes et les doyens d'université, n'étaient pas demandeurs de cette hausse du numerus clausus. Les médecins pensent avant tout qu'il faut redorer le blason de l'exercice libéral. Dans les facultés, déjà saturées d'étudiants, on s'inquiète du manque de place dans les amphithéâtres ou de stages d'externat, mais aussi d'enseignants.

    Certes, dans les prochaines années, la baisse du nombre de médecins va se faire sentir à cause de départs massifs à la retraite d'ici à 2020. Mais une amélioration était déjà prévue, grâce à l'effet des hausses successives du numerus clausus depuis dix ans. Et il y a d'autres solutions déjà envisagées qu'une nouvelle augmentation du nombre de médecins : développement de la télémédecine, meilleure répartition des tâches avec les autres professionnels de santé (infirmières, kinésithérapeutes...)

    En septembre, la Cour des comptes préconisait d'ailleurs une réflexion sur un éventuel abaissement du numerus clausus. M. Bertrand ne l'entend pas ainsi et compte poursuivre le mouvement de hausse engagé depuis plus de quinze ans.

    Dans Numerus Clausus, pourquoi la France va manquer de médecins (Springer), le Dr Daniel Wallach retrace quarante ans de tentative de régulation. Face à la difficulté à prévoir les besoins en médecins dans les années à venir, face aux erreurs déjà commises (baisse drastique, hausse trop importante), il n'hésite pas à préconiser la suppression du numerus clausus. Mais il y aurait là un écueil évident : l'impossibilité d'absorption de tous les aspirants au métier de médecin.

    Laetitia Clavreul et Isabelle Rey-Lefebvre


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