• La France, premier pays européen à se doter d'une capacité d'écoute spatiale

    La France, premier pays européen à se doter d'une capacité d'écoute spatiale

    LEMONDE | 17.12.11 | 13h36   •  Mis à jour le 17.12.11 | 14h13

    Avec le lancement réussi, dans la nuit du vendredi 16 au samedi 17 décembre, de cinq satellites militaires par une fusée russe Soyouz, depuis Kourou (Guyane), la France escompte accroître son indépendance en matière de renseignement. Les armées visent l'acquisition de nouveaux moyens complets dans le domaine de l'écoute spatiale. Ils ont, notamment, fait défaut dans l'opération en Libye.

    Un essaim de quatre petits satellites, Elisa, pour Electronic Intelligence by Satellite, doit permettre de tester une nouvelle capacité, celle du renseignement d'origine électromagnétique. Ensemble, les quatre engins, mis en orbite à 700 km d'altitude, seront capables de cartographier de façon précise les émissions radars au sol, en particulier les radars antiaériens. Le système aura une couverture mondiale.

    Il s'agit d'un pas important, souligne Xavier Pasco, expert à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) : "Les systèmes antimissiles se développent, avec des radars adaptés. Tous les grands pays ont besoin de capteurs supplémentaires pour connaître la défense des autres et, ainsi, bien calibrer leurs moyens d'attaque, mesurer leur pertinence, indique-t-il. C'est donc pour la France une étape importante en matière de crédibilisation de la dissuasion."

    Seuls les Etats-Unis, la Russie et, peut-être, la Chine possèdent une telle capacité d'écoute spatiale. Celle-ci participe, selon M. Pasco, d'une démonstration politique : "Elle confirme une posture générale de grande puissance."

    Réalisé par Astrium et Thales, Elisa n'est qu'un démonstrateur technologique - un outil expérimental. Il aura cependant déjà une vocation opérationnelle, laisse entendre le ministère de la défense. Le système sera exploité au sol par la direction générale de l'armement (DGA) et la direction du renseignement militaire (DRM).

    A terme, le système opérationnel complet, Ceres, couvrira les émissions radar et télécom. "Il permettra de reconstituer l'architecture d'un réseau de téléphonie ou de radio, donc d'établir l'organisation d'un état-major, mais aussi de mesurer son niveau d'activité, c'est-à-dire d'anticiper l'action d'un adversaire", illustre le général Yves Arnaud, qui dirige le commandement français interarmées de l'espace.

    "Nous aurons une carte des menaces, en particulier des radars associés aux menaces sol-air", ajoute le général. La cartographie des émetteurs d'une armée au sol pourra ainsi à terme être intégrée dans la "bibliothèque" de bord des avions de chasse Rafale.

    Des aléas pèsent néanmoins sur ce projet. Ceres devait être opérationnel en 2016. Or il a été repoussé à 2020, pour des raisons budgétaires. La France cherche des partenaires européens.

    Globalement, les crédits promis aux armées pour le spatial (650 millions d'euros par an de 2015 à 2020) sont loin d'être à portée. L'effort a diminué depuis 2002. La loi de finances pour 2012 a inscrit 355 millions d'euros. Rapporteur de cette partie du budget de la défense, le député (UMP) Yves Fromion avait alerté, fin octobre, les parlementaires : "La baisse des crédits a été significative (...). Dans le domaine du renseignement d'origine électromagnétique, la relève des démonstrateurs n'est pas assurée."

    Le ministère espère faire vivre Elisa jusqu'en 2017 et anticiper la mise en oeuvre de Ceres à 2019. Dans ces conditions, le "trou capacitaire" pourrait être évité, se rassure la défense, car les renseignements d'origine électromagnétique ont une certaine durée de vie.

    Le 17 décembre, Soyouz a également lancé un satellite d'observation civil et militaire, Pleiades 1. Qualifié de "très agile", capable de prendre des images précises (50 cm de résolution) et surtout en couleur - ce qui rend leur exploitation beaucoup plus facile, notamment en cas de présence de végétation -, il sera lui aussi "utile pour les forces en opérations", indiquent les responsables militaires.

    Avec les autres moyens d'optique récents, comme Helios 2, il permettra de progresser, par exemple sur la modélisation du terrain pour les missiles de croisière. Ces systèmes d'observation seront, eux, intégrés au programme européen Musis, complémentaire de Ceres. D'autres aléas pèsent sur Musis. L'accord de coopération n'a pas été encore finalisé.


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