• La Ligue arabe joue la montre avec la Syrie

    La Ligue arabe joue la montre avec la Syrie

    Le siège vide de la Syrie lors d'une réunion de la Ligue arabe.

    Photo: AFP/ABDELHAK SENNA

    Le fauteuil de la Syrie est resté vide lors de la réunion de la Ligue arabe à Rabat.

    La Ligue arabe a accordé mercredi à la Syrie un nouveau délai pour mettre un terme aux violences dans le pays. En marge de la réunion extraordinaire de l'organisation panarabe à Rabat, la Turquie est également montée au créneau, estimant que le temps jouait contre le président Bachar Al-Assad.

    Les pays membres de la Ligue arabe, réunis dans la capitale marocaine pour entériner les sanctions décidées samedi dernier à l'endroit de Damas, ont remis la pression sur le régime syrien. Ils ont donné « trois jours au gouvernement pour arrêter la répression sanglante contre la population civile [...], mais si Damas n'accepte pas de coopérer avec la Ligue, des sanctions économiques seront adoptées », a prévenu le premier ministre et chef de la diplomatie du Qatar, Hamad ben Jassem.

    Selon lui, la patience des Arabes est à bout. « Je ne veux pas parler de dernière chance pour qu'il [le régime syrien] ne pense pas qu'il s'agit d'un ultimatum, mais nous sommes presque au bout du chemin », a souligné le premier ministre qatari, alors que la Syrie a refusé de participer à la réunion.

    Il faut tout faire pour arrêter l'effusion de sang qui se poursuit en Syrie.

    — Nabil Al-Arabie, secrétaire général de la Ligue arabe

    Le secrétaire général de la Ligue arabe a pour sa part indiqué à la presse qu'il espérait « la réussite des efforts arabes » pour envoyer des observateurs en Syrie « dans les tout prochains jours ». « Aucun membre de la délégation des organisations arabes en charge de la protection des civils ne partira en Syrie avant la signature d'un protocole d'entente avec le gouvernement syrien définissant clairement les obligations et les droits de chaque partie », a cependant prévenu Nabil Al-Arabie.

    À la suite de l'invitation de Damas, qui avait appelé dimanche les pays arabes à envoyer des ministres en Syrie pour évaluer la situation sur le terrain, la Ligue arabe a convenu d'envoyer 500 membres d'organisations arabes des droits de l'homme, des médias et des observateurs militaires.

    Présent à Rabat dans le cadre du Forum de coopération turco-arabe, le ministre turc des Affaires étrangères a mis en garde le régime syrien. Le temps joue contre lui, et « aucune administration ne saurait gagner la bataille contre son propre peuple », a répété Ahmet Davutoglu qui avait brandi mardi la menace de sanctions bilatérales à l'encontre de la Syrie.

    Il est nécessaire d'épargner les citoyens syriens de nouveaux actes de violence et de tueries, ce qui demande que des mesures urgentes soient prises pour assurer la protection des civils.

    —  Le Forum de coopération turco-arabe

    Promettant son isolement dans le monde arabe si elle ne tient pas ses promesses, le chef de la chancellerie turque a exhorté la Syrie « à bien lire les messages adressés par la Ligue arabe, à cesser immédiatement la violence contre la population et à ouvrir la voie à un processus de changement inévitable ».

    La Turquie et la Ligue arabe se sont toutefois prononcées « contre toute intervention étrangère en Syrie », précise un communiqué conjoint, publié à l'issue du Forum. « Les ministres ont également insisté sur l'importance de la stabilité et l'unité de la Syrie, et la nécessité de trouver un règlement à la crise, sans aucune intervention étrangère », précise le texte.

    La mise en garde des États-Unis

    Les actions violentes de l'opposition en Syrie jouent en faveur du régime de Bachar Al-Assad, ont affirmé mercredi les États-Unis tout en accusant le président syrien d'être à la source des violences.

    « Nous ne tolérons la violence ni de la part de l'armée syrienne et du régime, ni de la part de l'opposition », a déclaré Mark Toner, un porte-parole du département d'État interrogé sur l'
    attaque d'un centre des services secrets syriens, mercredi, par des militaires dissidents.

    « Il n'est pas surprenant de voir ce genre de violences maintenant », a poursuivi le porte-parole, pour qui « c'est la tactique de brutalité d'Assad et de son régime face à ce qui a commencé comme un mouvement non violent qui amène aujourd'hui la Syrie sur ce terrain dangereux. »


    Les voisins arabes de la Syrie s'inquiètent notamment d'un glissement vers la guerre civile, qui pourrait déstabiliser toute la région.

    De nouvelles ambassades attaquées en Syrie

    En Syrie, des partisans de Bachar Al-Assad ont perpétré de nouvelles attaques contre des ambassades.

    La représentation diplomatique des Émirats arabes unis à Damas a été la cible de jets de pierres et de divers objets, et son enceinte a été couverte d'inscriptions injurieuses. « Salauds. Agents d'Israël », pouvait-on notamment lire sur les murs du bâtiment situé dans l'un des quartiers les plus sûrs de la capitale, à proximité de la résidence et des bureaux du chef de l'État.

    Le gouvernement des Émirats a aussitôt condamné ces violences, rendant « le gouvernement syrien responsable de la sécurité et de l'immunité de la chancellerie, et de la sécurité de son personnel », a déclaré le sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Joumaa Al-Junaibi.

    L'ambassade du Maroc à Damas a été également la cible de manifestants pro-régime, qui multiplient depuis dimanche les violences contre les représentations arabes dans la capitale syrienne.

    « Entre 100 et 150 personnes ont manifesté devant l'ambassade mercredi après-midi, s'en sont pris à la chancellerie à coups de pierre et d'oeufs et ont agi d'une façon irresponsable en s'attaquant également au drapeau marocain », a rapporté l'ambassadeur marocain, Mohammed Khassassi, dont le ministre de tutelle a lui aussi condamné l'attaque.

    Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Mouallem, avait présenté lundi les excuses de son pays pour les attaques contre les missions diplomatiques. « J'exprime l'espoir que cela ne se répètera pas », avait-il ajouté.

    La France rappelle son ambassadeur

    La France, dont un consulat honoraire et une chancellerie détachée ont été attaqués, a annoncé mercredi le rappel de son ambassadeur en Syrie. « Le régime s'entête, de nouvelles violences ont eu lieu en Syrie, ce qui m'a amené à fermer nos agences consulaires d'Alep et de Lattaquié, nos instituts culturels et à rappeler notre ambassadeur à Paris », a annoncé le chef de la diplomatie française, Alain Juppé.

    Radio-Canada.ca avecAgence France Presse, Associated Press et Reuters


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