• La zone euro passera-t-elle Noël?

    La zone euro passera-t-elle Noël?

     Julie de la Brosse, Ali Bekhtaoui et Yves Adaken - publié le 30/11/2011 à 19:10

    Jacques Attali posait ainsi la question de l'éclatement de la zone euro dans 20 minutes. Mais il n'est pas le seul à envisager la catastrophe. L'Expansion.com examine les raisons d'être pessimiste... ou au contraire optimiste.

    Une pièce de deux euros devant un écran représentant le Dax.
    Une pièce de deux euros devant un écran représentant le Dax.
    REUTERS/Tony Gentile

    Pourquoi un éclatement de la zone euro est possible

    L'OCDE l'envisage officiellement

    Le dernier rapport de l'OCDE, l'organisation des pays les plus riches du monde, est très pessimiste. Ses différents scénarios vont du fort ralentissement de la croissance mondiale à la récession longue dans les pays développés. Mais ce dernier est assorti d'une variante particulièrement inquiétante. "Même s'il y a peu de chances pour qu'il se matérialise, écrit-elle, ce scénario pourrait se trouver nettement accéléré et amplifié si un ou plusieurs pays venaient à quitter la zone euro et à rétablir leur propre monnaie nationale". L'OCDE prend acte du fait que "la contagion est entrée dans une nouvelle phase et s'étend au-delà des pays de la zone euro dont les finances publiques sont normalement considérées comme vulnérables." Et d'avertir : "Compte tenu de la grande incertitude à laquelle ils font actuellement face, les décideurs doivent se préparer au pire".

    Les grandes entreprises s'y préparent

    Le message est manifestement reçu 5 sur 5 dans les entreprises. Les banques sont les premières à l'envisager. Merrill Lynch a publié un rapport le 25 novembre intitulé "Zone euro: penser l'impensable", dans lequel elle va jusqu'à chiffrer les conséquences sur la valeur de l'euro d'une sortie de l'Allemagne. Les banques se posent aussi pour elles-mêmes le problème du risque de "redénomination". En clair, elles cherchent à déterminer quels actifs seraient menacés par une conversion dans une nouvelle devise, afin d'esayer de se couvrir.

    Ces réflexions sont en cours dans tous les secteurs d'activité. De grandes entreprises se prépareraient à un éventuel éclatement de l'euro soit en plaçant leurs liquidités dans des investissements sûrs, soit en rapatriant leur cash des pays les plus fragiles. Les contrats aussi seraient examinés avec minutie pour connaître dans quelle monnaie ils pourraient être honorés en cas de disparition de l'euro. Selon le Figaro, plusieurs grandes plates-formes financières (CLS Bank, ICMA, Thomson Reuters ou encore FXall), qui exécutent des transactions sur le marché des changes, ont fait savoir à leurs clients qu'elles se préparaient à un tel scénario.

    La pression des marchés s'accentue

    La crise de la dette en zone euro ne laisse aucun répit aux pays les plus fragiles. Mardi, les taux d'intérêt payés par l'Italie pour emprunter sur les marchés ont ainsi atteint un nouveau record, dépassant nettement le seuil de 7%, jugé insoutenable à long terme, lors d'une émission obligataire très attendue. Le problème, c'est que la méfiance des marchés touche désormais tout le monde.   La France mais aussi l'Autriche et la Hollande ont vu l'écart de leurs taux d'intérêts augmenter par rapport à l'Allemagne. Puis cela été au tour de l'Allemagne elle-même d'en subir les conséquences au travers d'une levée de fonds ratée à 40%.   Dernier signe inquiétant, la Banque centrale européenne a récolté 9 milliards d'euros de moins que prévu mardi lors d'une opération d'absorption de liquidités destinée à compenser ses rachats d'obligations publiques. Un résultat très inhabituel. Dans le même temps, les agences de notation dégradent ou menacent de dégrader à tour de bras. Moody's a ainsi prévenu qu'aucun pays européen n'était désormais à l'abri.

    La crise de la dette s'étend aux banques

    La crise de la dette pèse sur les banques, y compris américaines. L'agence de notation Standard and Poor's a abaissé mardi la note des plus grands établissements financiers du pays. Elle pointe les conséquences du ralentissement économique mais également les difficultés de financement provoquées par la crise de la dette souveraine européenne. Sur le Vieux continent, face à ces mêmes difficultés, de nombreuses banques, notamment françaises, ont été obligées de réduire la taille de leur bilan. La crainte étant qu'elles finissent par réduire aussi leurs financements à l'économie. Dans l'immédiat, les experts refusent de parler pénurie de crédit, mais les premiers signes d'une détérioration de l'offre sont d'ores et déjà observables. En France par exemple, la hausse des encours de crédit aux entreprises s'est tassée de +8 % en août à 4,8 % en octobre.

    Reste que le pire n'est pas certain. Après avoir beaucoup déprimé, les marchés veulent d'ailleurs croire qu'une sortie de crise est possible. Lundi, les premières rumeurs sur différents dispositifs d'intervention avaient réussi à les rendre euphoriques. Et mercredi, c'est une intervention déterminée des banques centrales qui a boosté leur optimisme. Paris a ainsi clôturé en forte hausse (+4,2%), tout comme Francfort (+4,9%) et Londres (+3,1%). Wall Street était dans le même état d'esprit en fin d'après-midi (+3%).


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