• Le viol expliqué par Tristane Banon et Clémentine Autain

    Le viol expliqué par Tristane Banon et Clémentine Autain

    Philippe Bilger - Blogueur associé | Mardi 8 Novembre 2011 à 15:01

    « Le viol est le seul crime où la victime se sent coupable » affirme Clémentine Autain dans une interview donnée avec Tristane Banon dans Libération. « C'est totalement vrai », acquiesce Philippe Bilger.



    Libération, qui s'est donc aussi abandonné à cette mode des dialogues sous le contrôle discret d'un journaliste, offre à ses lecteurs un entretien profond et stimulant sur le viol, entre Clémentine Autain et Tristane Banon.

    En ce qui concerne la première, j'avais consacré un billet à son livre qui démontrait qu'une vie était possible après la tragédie, que le pire n'était jamais sûr et que la force de résistance de certaines personnalités les faisait dépasser ces minutes terribles où elles avaient été victimes. L'approche de Clémentine Autain était d'autant plus singulière qu'elle n'a jamais fait dans l'émotivité facile et qu'au contraire j'ai été frappé par une sorte de sécheresse et d'abord peu souriant après l'avoir croisée à plusieurs reprises. Comme si elle souhaitait d'emblée couper court à des amabilités à la fois traditionnelles et totalement innocentes.

    Pour Tristane Banon, on a suivi son parcours, le processus qui l'a conduite avec beaucoup de retard à déposer plainte, les incessantes déclarations et interventions de sa mère qui publie bientôt un livre, le classement sans suite du parquet de Paris, l'interprétation que Tristane Banon et son avocat en ont donné, en définitive leur résolution de mettre un terme procédural à cette affaire.

    Clémentine Autain, dans ces échanges qui confrontent une jeune femme qui a été violée et une autre ayant dénoncé une tentative de viol, définit le viol avec une justesse absolue puisque ma longue expérience aux assises m'a permis à chaque procès d'en vérifier le bien-fondé : « Le viol est le seul crime où la victime se sent coupable ». C'est totalement vrai. La victime, avant d'accabler l'accusé, se reproche d'abord quelque chose à elle-même : elle a été légère, imprudente, quasiment fautive... Seul l'arrêt de condamnation va libérer l'innocente qui s'incrimine de cette chape, de ce remords. La sanction va remettre les choses et les sensibilités à leur place. L'accusé en face de la victime, la malfaisance en face de l'angoisse. L'importance du verdict est capitale - non pas son quantum mais le principe de la condamnation elle-même - et d'autant plus étonnante que la plupart des parties civiles ont un discours à l'audience qui ne s'attache pas à une volonté répressive extrême. Elles aspirent surtout à avoir le droit de tourner une page tragique et à passer du bon côté de l'existence. La nuit qui les a envahies disparaîtra au moins partiellement avec l'accusé déclaré coupable.

    Ensuite, il faudra encore longtemps pour que chaque victime retrouve la saveur de l'existence, recrée un lien doux et familier avec les choses et avec les êtres, avec une quotidienneté qui sera durablement perçue comme une menace. Se sente prête à l'amour. Un homme, un jour, viendra effacer l'horrible présence obsessionnelle, dans leur tête, de cet autre homme qui avait cru les briser, les dégrader à vie.

    Leur bonheur, pour être restauré, exigera une longue et éprouvante reconquête. Il sera leur revanche. Elles auront gagné.

    Le viol expliqué par Tristane Banon et Clémentine Autain
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