• Les cartes oubliées des richesses afghanes

    Les cartes oubliées des richesses afghanes 

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    Par Béatrice Pujebet Publié <time datetime="08-12-2011T09:19:00+02:00;" pubdate="">le 08/12/2011 à 09:19</time> 
    Le sol afghan regorge de minerais : cobalt, cuivre, pétrole, or... Ici, des mineurs poussent un chariot de charbon, dans le nord du pays.
    Le sol afghan regorge de minerais : cobalt, cuivre, pétrole, or... Ici, des mineurs poussent un chariot de charbon, dans le nord du pays. Crédits photo : © Ahmad Masood / Reuters/REUTER

    La France a retrouvé les relevés géologiques des premières missions d'exploration de sous-sols immensément riches. 

    Sur des cartes jaunies par le temps, apparaissent les noms des grandes régions de l'Afghanistan. Dans les locaux de l'Institut LaSalle à Beauvais, le professeur Atiq Sediqi, directeur du Service géologique afghan, se penche avec passion sur ces relevés géologiques, traces précieuses des missions françaises menées entre 1961 et 1978. «C'est l'abbé de Lapparent qui a lancé ces explorations», se souvient Christian Montenat. Ancien directeur de l'Institut de géologie Albert de Lapparent (Igal), il a passé huit étés dans les montagnes afghanes entre 1971 et 1978.

    Passionné de géologie, l'abbé, après avoir sillonné le Sahara, avait jeté son dévolu sur ce pays très peu connu. Dès son premier voyage, il découvre la montagne de fer d'Hadjigak, à l'ouest de Kaboul. «Sa boussole s'affolait, ne retrouvant plus le nord», rapporte Christian Montenat. Aussitôt signalée à Kaboul, la découverte de ce qui se révélera un gisement exceptionnel de plus de 2 milliards de tonnes lui ouvre les portes des autorités afghanes. Elles facilitent l'installation d'une mission d'exploration qui en 1973 se transforme en antenne permanente à Kaboul.

    Un trésor de connaissances 

    Attendre la fonte des neiges, suivre les pistes pour les camions qui s'ouvrent peu à peu dans le pays… Des expéditions ­lancées par l'abbé de Lapparent, relayé ensuite par le CNRS, remonte un extraor­dinaire parfum d'aventure. Elles constituent aujourd'hui un véritable trésor de connaissances géologiques. L'invasion soviétique en 1979 stoppe tout. Les carnets de missions, les cailloux récoltés et les cartes topographiques et géologiques rejoignent les réserves de l'Igal.

    L'amitié entre un membre des Architectes de l'urgence et un Franco-Afghan permet de sortir les cartes de l'oubli. «Tout reste à faire en Afghanistan, estime Christian Montenat. Des expéditions allemandes, italiennes, espagnoles ont, elles aussi, apporté leur savoir. Les Soviétiques ont continué à travailler. Mais le niveau de connaissance reste très général. On sait seulement où sont les gisements.» La faute bien sûr à l'instabilité politique du pays qui a empêché les missions de terrain, indispensables pour affiner les données, recueillies par satellite.

    Un potentiel de 1000 milliards 

    Or le pays dispose de ressources naturelles gigantesques. Les Américains ont évalué ce potentiel minier à 1000 milliards de dollars, un chiffre que certains multiplient par 3. Cobalt, cuivre, pétrole, or, terres rares… Tout ce dont le monde a besoin pour alimenter ses usines est là. «Le lac de Dasht-e Nawar dispose de très importantes ressources en lithium indispensables pour les batteries», détaille le professeur Atiq Sediqi. Encore faut-il des informations précises pour orienter les explorations.

    «Les cartes des missions françaises vont être numérisées afin de constituer une base de données dans lesquelles seront agrégées les connaissances venant d'autres pays», explique le responsable de la mission afghane qui en France a établi des liens avec les autorités et les écoles minières. Au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), des discussions très techniques ont eu lieu : «Les Afghans ont besoin de soutien pour monter un véritable service capable de discuter avec les compagnies minières», détaille Pierre Thierry, directeur géographique Asie du BRGM. Tout est à bâtir pour faire profiter au mieux le pays de sa richesse. Formé en Russie puis aux États-Unis, où il a enseigné, le professeur Sediqi est très conscient des exigences notamment environnementales à négocier avec les compagnies minières.

    Pour l'heure, ce sont les Chinois qui ont ouvert la danse. En 2007, la China Metallurgical Group Corporation a obtenu la concession d'exploitation du cuivre ­d'Aïnak au sud de Kaboul, probablement la deuxième réserve mondiale. Pour obtenir ce droit, la MCC a mis sur la table plus de 3 milliards de dollars car elle doit tout construire pour exploiter les lieux : voies de chemin de fer, centrale électrique, etc. Inquiètes de l'insécurité et du manque de données fiables pour lancer des prospections extrêmement coûteuses, les compagnies européennes se montrent, pour l'instant, plus réservées. En dépit des appels d'offres du gouvernement afghan.


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