• Liberia : Ellen Johnson Sirleaf réélue dans un scrutin troublé

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    Liberia : Ellen Johnson Sirleaf réélue dans un scrutin troublé

    La Prix Nobel de la paix a été confrontée au boycott de son principal opposant. Le pays craint un retour des violences.

    Par MARIA MALAGARDIS

    La présidente du Liberia Ellen Johnson Sirleaf s'adresse à la presse à Monrovia le 10 novembre 2011. (© AFP Glenna Gordon)

    Elle a gagné et sera donc pour la deuxième fois consécutive la seule femme chef d’Etat à la tête d’un pays africain. Egalement auréolée par le prix Nobel de la paix qui lui a été très opportunément attribué début octobre à la veille du premier tour de la présidentielle, Ellen Jonhson Sirleaf, 73 ans, a tout pour séduire… à l’étranger. Dans son pays, le Liberia, le choix du jury d’Oslo a souvent surpris. Et sa victoire électorale n’a été assurée d’avance qu’en raison du boycott du second tour par son principal adversaire, Winston Tubman.

    Guerre civile.   Lundi, à la veille du scrutin, ce dernier affirme avoir fait l’objet d’une tentative d’assassinat et deux de ses sympathisants ont été tués lors d’affrontements avec la police dans la capitale. La réélection de la seule présidente d’Afrique est loin de faire consensus dans un pays qui reste marqué par l’une des plus terribles guerres civiles qu’a connues le continent.

    Pendant quatorze ans, ce petit pays anglophone d’Afrique de l’Ouest a été le théâtre d’une barbarie absolue, alors que des groupes rivaux se disputaient le pouvoir. En 1990, une vidéo restée tristement célèbre montrait Prince Johnson, un chef de guerre ivre ou drogué qui ordonnait la lente mise à mort du président Samuel Doe, nu et torturé par des soldats hilares. Johnson est toujours au Liberia, il est même sénateur et, après s’être présenté au premier tour de l’élection, il a apporté son soutien à la Prix Nobel de la paix. C’est tout le problème du Liberia et le principal échec du premier mandat d’Ellen Johnson Sirleaf : «Elle n’a pas su mettre en place une politique de réconciliation et aucun responsable des atrocités de la guerre n’a été jugé», rappelle Stephen Ellis, spécialiste du Liberia qui enseigne à l’université de Leyde aux Pays-Bas. 

     

    Pourtant, la fragile commission Réconciliation et Vérité, mise en place après la guerre, avait recommandé d’exclure du pouvoir tous ceux qui avaient de prés ou de loin pris partie pour l’une des factions en conflit entre 1989 et 2003. Or Ellen Johnson Sirleaf était elle aussi sur la liste pour avoir un temps apporté un soutien financier au redoutable Charles Taylor, l’un des principaux chefs de guerre, devenu président de 1997 à 2003. Il attend aujourd’hui son jugement à La Haye, mais pour des crimes commis en Sierra Leone.

    Démons. Certes, Ellen Johnson Sirleaf n’était pas au Liberia pendant la guerre. Et cette ancienne économiste à la Banque mondiale, amie de Hillary Clinton, avait un pedigree rassurant quand la paix est enfin revenue. Elle a d’ailleurs réussi à attirer une aide massive et à effacer une grande partie de la dette publique du pays. «Mais c’est une femme du passé qui était déjà ministre en 1975 et qui reproduit le schéma des gouvernements des années 80. Elle souligne en permanence qu’elle est une autochtone et que son teint clair lui vient d’un grand-père allemand, mais aux yeux de beaucoup de Libériens, son gouvernement a reproduit la mainmise des Americano-Libériens sur le pays. Une élite corrompue et pressée de s’enrichir», constate Stephen Ellis.

    Corruption, népotisme, division entre une minorité de descendants des esclaves américains et les 95% d’autochtones : les démons du Liberia sont toujours là, six ans après la première élection d’Ellen Johnson Sirleaf. Alors que 80% de la population est au chômage et que la police et l’armée n’ont pas été réformées, ils menacent toujours de ressurgir. «Tant que les 8 000 Casques bleus sont là, il n’y aura pas de retour à la guerre», tempère cependant Stephen Ellis. Et après ? Visiblement consciente de la montée des périls, la Présidente a appelé à un gouvernement de coalition avec ses adversaires.


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