• Libye: à Bani Walid, les forces pro-CNT paient cher leurs cafouillages

    Libye: à Bani Walid, les forces pro-CNT paient cher leurs cafouillages

    PRES DE BANI WALID — A Bani Walid, un des derniers bastions de Mouammar Kadhafi assiégé depuis plus d'un mois par les forces du nouveau régime, le dernier cafouillage en date a coûté cher: 17 combattants ont été tués dimanche et l'aéroport, sitôt pris, a dû être abandonné.

    La journée de dimanche aurait pu marquer une véritable avancée stratégique avec la prise de contrôle du petit aéroport de Bani Walid, vaste oasis au relief escarpé à 170 kilomètres au sud-est de Tripoli.

    Mais faute de coordination entre les brigades impliquées dans l'assaut, les troupes ont dû reculer dimanche soir, faute d'avoir pu sécuriser les positions conquises dans la journée.

    Selon un membre de la brigade Jado, dirigée par le commandant Moussa Younès, chef des forces du Conseil national de transition (CNT) sur ce front, "les instructions étaient de prendre l'aéroport et de sécuriser les alentours, afin d'en faire une base militaire".

    Mais au lieu d'épauler la brigade, les autres unités sont parties vers le centre-ville.

    "Les gens arrivent spontanément de différentes villes pour se battre ici, mais personne ne les contrôle", se désespère Wasef Badrani, médecin sur le front.

    Pour les combattants entrés à l'intérieur de la ville-fantôme de Bani Walid, l'expédition a vite tourné au cauchemar.

    "Des gens habillés en civil nous ont accueillis en nous acclamant. Mais c'était une embuscade. Très vite, ils se sont mis à nous tirer dessus, des hommes mais aussi des femmes", raconte Mohamed Saoud, un médecin lui-même blessé à l'avant-bras dans la bataille.

    "Ils ont tiré sur notre ambulance", assure-t-il en montrant du doigt le pare-brise de son véhicule criblé de cinq balles.

    Selon un autre médecin, Moez Al Mehdawe, "trois véhicules ont été détruits par des missiles à guidage thermique" lancés par les forces pro-Kadhafi.

    Cernés par les tireurs embusqués, attaqués à l'arme lourde, les combattants ont finalement battu retraite à la tombée de la nuit. "Nous avons dû abandonner certains de nos camarades blessés sur place", confie Mohamed Saoud. "C'était un vrai massacre. Nous n'étions pas organisés".

    Le bilan est lourd: 17 morts et plus de 80 blessés, évacués vers les hôpitaux environnants, et jusqu'à Tripoli pour les plus touchés.

    Lundi, le commandant Moussa Younès a décrété la suspension des combats à Bani Walid "pour donner une dernière chance aux civils de fuir et aux forces loyalistes de se rendre".

    De son propre aveu, il s'agissait aussi de remettre de l'ordre parmi ses troupes avant une nouvelle offensive. "Nous coordonnons nos plans avec les +thowars+ (révolutionnaires) pour unifier nos rangs", a-t-il déclaré à l'AFP.

    Après l'ultimatum, le dernier en date d'une longue série, une centaine de familles ont fui la ville lundi, selon le porte-parole de la brigade Jado, Khaled Mohamed Abouras. Selon l'ONU, près de 20.000 habitants ont quitté la ville ces dernières semaines.

    Lundi soir, dans leur base arrière à une quarantaine de kilomètres de Bani Walid, les combattants nettoyaient leurs armes et faisaient l'inventaire de leurs munitions, en vue d'un prochain assaut.

    Mais même si les efforts de coordination portent leurs fruits d'ici là, les combats promettent d'être tout aussi violents que dimanche: "Bani Walid est le dernier refuge des mauvais gars en Libye. Ils se battront jusqu'au bout, parce qu'ils savent qu'ils sont déjà morts", prédit Mohamed Saoud.


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