• 03 mars 2012 - 16H57  

    Européens enlevés en Algérie: un groupe islamiste réclame 30 millions d'euros

    Le Mouvement Unicité et Jihad en Afrique de l'ouest (MUJAO) réclame trente millions d'euros pour libérer trois otages européens, deux Espagnols et une Italienne, enlevés en octobre 2011 en Algérie.

    Le Mouvement Unicité et Jihad en Afrique de l'ouest (MUJAO) réclame trente millions d'euros pour libérer trois otages européens, deux Espagnols et une Italienne, enlevés en octobre 2011 en Algérie.

    AFP - Le Mouvement Unicité et Jihad en Afrique de l'ouest (MUJAO) réclame trente millions d'euros pour libérer trois otages européens, deux Espagnols et une Italienne, enlevés en octobre 2011 en Algérie, a-t-on appris samedi de source proche des médiateurs impliqués dans le dossier.

    "Le Mouvement Unicité et Jihad en Afrique de l'ouest réclame 30 millions d'euros pour libérer les deux Espagnols et l'Italienne", a affirmé à l'AFP cette source au Mali, déjà impliquée dans des médiations pour d'autres prises d'otage dans le passé.

    "Les pays d'où sont originaires les otages sont au courant", a-t-elle ajouté.

    Le MUJAO, qui a revendiqué un attentat organisé samedi contre un camp militaire dans le sud de l'Algérie, qui a fait 23 blessés selon un bilan officiel, avait revendiqué en décembre l'enlèvement de trois humanitaires espagnols et italien dans la région de Tindouf (ouest de l'Algérie), fief des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger.

    Cette action avait auparavant été attribuée par le Polisario à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), très actif dans les pays de la bande sahélo-saharienne depuis 2007. Le MUJAO serait une dissidence d'Aqmi dirigée par des Maliens et des Mauritaniens, selon des experts.

    Le 12 décembre 2011, une vidéo montrant des hommes armés encadrant deux femmes, une Italienne et une Espagnole, ainsi qu'un Espagnol, enlevés le 23 octobre dans la région de Tindouf, avait été rendue publique par le MUJAO, un nouveau groupe islamiste qui prône le jihad (guerre sainte) en Afrique de l'Ouest.

    Dans une autre vidéo visionnée en décembre 2011 par un journaliste de l'AFP à Bamako, six membres du MUJAO, enturbannés, dont la plupart ont la peau noire, ont exposé leur idéologie, se référant à Oussama Ben Laden, chef d'Al-Qaïda tué par l'armée américaine au Pakistan, au mollah Omar, chef des talibans afghans, et à des figures historiques de l'islam en Afrique de l'Ouest subsaharienne.


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  • Dernière modification : 03/03/2012 

    Attentat-suicide contre une gendarmerie à Tamanrasset

    Attentat-suicide contre une gendarmerie à Tamanrasset

    Un attentat à la voiture piégée perpétré contre un groupement de gendarmerie à Tamanrasset, dans le sud de l'Algérie, a fait 24 blessés, parmi lesquels 14 civils. L'attaque a été revendiquée par un groupe islamiste prônant le djihad.

    Par Dépêche (texte)
     

    AFP - Le Mouvement Unicité et Jihad en Afrique de l'ouest (MUJAO) a revendiqué samedi dans un message à l'AFP au Mali l'attentat contre un camp militaire dans le sud de l'Algérie, qui a fait 24 blessés selon un bilan de presse.

    "Nous vous informons que nous sommes à l'origine de l'explosion (...) ce matin à Tamanrasset dans le sud de l'Algérie", a indiqué le MUJAO, un nouveau groupe islamiste apparu en 2011 et qui prône le djihad (guerre sainte) en Afrique de l'Ouest, dans un court message écrit.

    Vingt-quatre personnes, 10 gendarmes et 14 civils, ont été blessées samedi dans un attentat suicide à la voiture piégée contre la brigade de gendarmerie de Tamanrasset (1.970 km au sud d'Alger), selon le site internet du quotidien arabophone algérien En Nahar.

    Les victimes ont été transportées à l'hôpital, dont certaines dans un état critique, et l'auteur de l'attentat est mort déchiqueté par l'explosion, affirme encore le site de En Nahar.

    L'agence de presse algérienne APS a également confirmé l'attentat, sans toutefois donner de bilan. Selon un de ses journalistes sur les lieux un "important dispositif de sécurité" a été mis en place autour de la zone de l'attentat.

    L'attentat a été perpétré, d'après le site de En Nahar, par un kamikaze qui a lancé sa voiture contre le siège de la gendarmerie occasionnant d'importants dégâts matériels.

    C'est la première fois qu'un attentat à l'explosif est commis dans cette région d'Algérie.

    Le MUJAO est un nouveau groupe islamiste qui prône le jihad (guerre sainte) en Afrique de l'Ouest et est apparu au grand jour en décembre 2011 en revendiquant l'enlèvement de trois Européens à Tindouf (ouest de l'Algérie), fief des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.

    Cette action avait auparavant été attribuée par le Polisario à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), très actif dans les pays de la bande sahélo-saharienne depuis 2007. Le MUJAO serait une dissidence d'Aqmi dirigée par des Maliens et des Mauritaniens, selon des experts.

    Le 12 décembre 2011, une vidéo montrant des hommes armés encadrant deux femmes, une Italienne et une Espagnole, ainsi qu'un Espagnol, enlevés le 23 octobre dans la région de Tindouf, avait été rendue publique par le MUJAO.

    Dans une autre vidéo visionnée en décembre 2011 par un journaliste de l'AFP à Bamako, six membres du MUJAO, enturbannés, dont la plupart ont la peau noire, ont exposé leur idéologie, se référant à Oussama Ben Laden, chef d'Al-Qaïda tué par l'armée américaine au Pakistan, au mollah Omar, chef des talibans afghans, et à des figures historiques de l'islam en Afrique de l'Ouest subsaharienne.


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  • Le métro d’Alger en service depuis hier : C’est parti !

    Des centaines de citoyens munis de caméras et d’appareils photos sont venus voir ce nouveau moyen de transport tant attendu par les Algérois.

    PUBLIE LE : 02-11-2011 | 0:00
    D.R

    Le métro d’Alger est  en service depuis hier, après son inauguration par le Président de la République le 31 octobre. Ce moyen de transport est non seulement une bouffé d’oxygène pour les citoyens, mais il contribuera à l'amélioration du transport urbain dans la capitale.

    Les Algériens étaient au rendez-vous. Ils arrivaient par bus, par taxi ou déposés par un proche. « Peut importe le moyen  utilisés, l’essentiel c’est que nous sommes arrivés pour voir et prendre le métro », déclare un jeune garçon tout heureux. Dans une ambiance de fête partagée avec la célébration du  57e anniversaire du déclenchement de la lutte de libération, des Algérois ont commencé à gagner, tôt le matin, les différentes stations de la Grande-Poste à Haï El-Badr. Arrivés à la Grande Poste, ils étaient à la recherche de la station du métro. « Madame, pouvez-vous m’indiquer où se trouve la station du métro, s’il vous plaît », demande une femme accompagnée de ses enfant. Les gens pressaient le pas pour descendre au grand hall de la station. Arrivé à l’intérieur, il y avait foule en ce 1er novembre, des va-et- vient  dans tout les sens. Venus en famille ou entre copains, ils étaient excités. Les enfants s’amusaient à faire du patinage sur le vaste espace glissant du hall. Alors que les parents profitaient pour prendre des photos en immortalisant l’évènement. A voir l'engouement en ce premier jour de sa mise en exploitation, le métro d'Alger, avec une architecture agréable, très aérée, devra vite éclipser les autres types de transport urbain, en particulier les taxis. Les guichets ressemblaient à une ruche, tout le monde voulait  son ticket.  

    Les agents de la RATP El Djazair débordés
    Les agents de la RATP El Djazair ne savaient plus où donner de la tête avec les vagues de foule qui affluaient  sans cesse. Tout en vendant les tickets de métro, ils répondaient en même temps aux nombreuses questions. Devant les passages automatiques, les agents de la RATP El Djazair montraient aux usagers comment valider leur ticket. « Nous leur montrons comment valider leur ticket et nous leur  conseillons de le garder jusqu’à la sortie », dit un agent.
    Dépassant les passages automatiques, les usagers empruntaient les escalators pour descendre. Arrivé au niveau de cette bouche de métro, une ambiance particulière, où les enfants accompagnés de leurs parents, tout aussi curieux que leur progéniture, étaient admiratifs devant cette « chose », composée  de plusieurs rames qui surgissaient comme un éclair devant les quais, où attendait une masse de passagers. « Je suis venu hier de Tébessa avec ma famille, pour découvrir ce métro dont on a tant rêvé », lance un père de famille.
    Dans la cabine, plusieurs  passagers, avec leurs enfants qui courraient le long du métro, certains filmaient, d’autres prenaient des photos avec leur téléphone. Rencontré sur place, un jeune homme estime que le métro est une chose merveilleuse :
    « Je n’utiliserai plus mon véhicule pour aller à Bachdjarrah, c’est une vraie oportunité pour gagner du temps et économiser mon argent. » Une dame, par contre, exprime sa déception sur les tarifs.

    En attendant un réseau plus élargi
    Le chef de station M. Cherifi déclare que « le métro est mis en circulation de 5h à 23h au rythme d'une rame toutes les 3 minutes environ ».
    Le métro circulera aux heures de pointe toutes les 3 mn et 20 secondes et durant les heures creuses toutes les 5 mn, pour une capacité de 25.000 voyageurs par heure et par destination, soit plus de 60 millions par an, sur l'ensemble de la première ligne qui compte 10 stations sur une distance de 9,5 km qui part de la Grande Poste à Haï El-Badr, passant par les communes d’Alger-Centre, Sidi M'Hamed, Hussein Dey, El-Magharia et Bachdjarrah. Le prix du ticket a été fixé à 50 dinars, avec des tarifs spéciaux  pour les abonnements hebdomadaires et mensuels
    . S’agissant des wagons, Abdelhakim, cadre retraité, habitué du métro en Europe, estime que « c’est un très grand jour pour l’Algérie, c’est une double joie, d’abord parce que c’est le 1er Novembre et ensuite on voit le métro mis en service ». « Tout est parfait, moi qui ai l’habitude du métro à l’étranger, je suis venu accompagner  mon épouse, juste par curiosité. Je trouve que le service est parfait, nous avons reçu notre ticket rapidement, j’ai pu retrouver le standard international du métro. Au sujet des wagons, je ferai tout de même une remarque. Je ne sais pas pourquoi ils ont opté pour les wagons ouverts alors que s’il y avait des wagons cloisonnés, ça permettrait de mieux gérer la sécurité. Il n’y a pas de sièges transversaux, nous avons l’impression que c’est une barge à l’intérieur. » Arrivés à destination, et en sortant en empruntant l'escalator, beaucoup espèrent voir un réseau plus élargi du métro d'Alger.
    Sihem Oubraham


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  • Algérie : les désespérés

    Enquête | LEMONDE | 10.10.11 | 15h36   •  Mis à jour le 10.10.11 | 18h02

     

    Alger Envoyée spéciale - A l'heure de la récréation, vers 10 heures, ce lundi 3 octobre, Mohamed S., 19 ans, a escaladé le mur du lycée Souiyah El Houari, à Oran. Il s'est placé face à la salle des professeurs, puis s'est aspergé d'essence et a allumé un briquet. Horrifiés, des jeunes témoins de la scène se sont évanouis, rapporte Le Quotidien d'Oran, avant de se révolter et de saccager du mobilier scolaire. Le lendemain, mardi, à Telagh, dans la wilaya (préfecture) de Sidi Bel Abbès, dans le nord-ouest du pays, un autre lycéen de 19 ans, Fillali Messaoud, a tenté de mettre fin à ses jours de la même façon. L'un et l'autre réclamaient de réintégrer leur lycée après un échec au bac, en vain.

    A Batna, dans les Aurès, début octobre, un père de famille, Yahia Moussa, a été empêché de s'immoler par le feu après avoir laissé une lettre à des amis dans laquelle il confiait : "Je déteste tout. (...) J'ai vécu seul et je veux mourir seul. Ils ont voulu que je vive pauvre." Le 7 octobre, un homme de 35 ans, marié et père d'un enfant, a mis le feu à son corps après avoir perdu son emploi précaire de standardiste à l'hôpital d'Aïn Temouchent. Il a été transféré aux soins intensifs à Oran.

    Le même jour, une jeune femme, âgée de 30 ans, mère de deux enfants, divorcée et sans emploi, a succombé à ses blessures au service des grands brûlés du CHU d'Oran après s'être aspergée d'essence. Elle avait appris, la veille, qu'elle allait être expulsée de son logement.

    Chaque semaine, ou presque, les tentatives de suicide se poursuivent en Algérie. Depuis la mort, le 17 décembre 2010, de Mohamed Bouazizi, à l'origine du soulèvement en Tunisie, l'Algérie, comme d'autres pays, a connu une explosion de ces actes désespérés. Au plus fort de ces tentatives, en janvier, les islamistes s'en étaient mêlés. Sous le titre "Est-ce que ceux qui se suicident sont des héros ?", la revue islamiste El Islah, éditée par la maison Darelfadiha, avait ainsi tranché : "Le suicide est interdit, c'est l'enfer pour l'éternité." L'article sur deux pages conseillait de "patienter face à l'oppression des dirigeants et des gouvernants. Les personnes prêtes à patienter et à endurer les épreuves, Dieu les récompensera un jour ou l'autre". Mais ici, ce phénomène perdure dans l'indifférence. Aucune statistique n'a été rendue publique sur ces tentatives d'immolation par le feu, inédites jusque-là en Algérie. Et les journaux n'y consacrent plus que des brèves.

    Malgré des "En Tunisie, il y a eu toute la société derrière Bouazizi, ici, ça reste des actes isolés", constate Hassiba Cherabta, psychologue, présidente de l'Association pour l'aide psychologique, la recherche et la formation (SARP) installée à Alger. Nulle trace de revendications politiques derrière ces gestes de désespoir.   manifestations de violence éparses, et des émeutes quasi quotidiennes dans les quartiers, l'Algérie se tient prudemment à l'écart des mouvements du "printemps arabe". Trop de violence, trop de morts.   La guerre civile des années 1990-2000 a laissé un profond traumatisme dans la société. "Elle n'est pas suffisamment structurée pour un mouvement collectif de protestation, par exemple contre la hausse injustifiée des prix", relève Larbi Icheboudene, sociologue à l'université Alger-1 et directeur de recherche au Centre de recherche en économie appliquée au développement (CREAD), qui établit un parallèle avec les harragas - terme qui désigne littéralement ceux qui "brûlent", qui transgressent, et qui tentent chaque jour de rejoindre clandestinement l'Europe par la mer, au péril de leur vie.

    "Ce sont, aussi, des situations de non-espoir, observe le sociologue. Et, comme le disait Durkheim, il n'y a pas plus grave que le sentiment d'inutilité.""Les pays arabes sont devenus depuis plusieurs décennies des immenses incubateurs de désespoir.   L'accroissement vertigineux des conduites sacrificielles dans leurs populations n'est pas pensable si l'on n'a pas en vue cette donnée cruciale, souvent déniée", rappelle Fethi Benslam, psychanalyste et professeur d'université à Paris, dans son livre Soudain, la révolution (Denoël, 128 p., 10 €).  

    En Algérie, le phénomène des immolations par le feu est avant tout utilisé comme un geste pour témoigner, une arme ultime de revendications individuelles, mais il ne touche pas seulement des jeunes ou des chômeurs. Des femmes, des jeunes filles ou des pères de famille passent à l'acte, après avoir épuisé tous les recours, pour un logement, ou un emploi, parfois même pour protester contre une mesure jugée injuste, une mutation, ou une brimade administrative

    "C'est le résultat d'une absence de la société civile, de syndicats, explique Nourredine Hakiki, sociologue à l'université Alger-2 et directeur du laboratoire de changement social. Le citoyen algérien ne trouve pas d'intermédiaires, il est livré à lui-même." Parfois, ajoute-t-il, "c'est une forme de chantage. Il veut, parce qu'il se sent lésé". Depuis le mois de janvier, les milliards de dinars prélevés sur la rente pétrolière par le gouvernement algérien et distribués pour des augmentations de salaire, accélérer la construction de logements, ou bâtir des plans emploi massifs pour les jeunes, ont décuplé les impatiences.

    Lakhdar Malki, 43 ans, a tenté de s'immoler par le feu en janvier sur son lieu de travail avec l'une de ses filles, puis a récidivé en septembre en voulant ingurgiter de l'acide devant la daïra (sous-préfecture) de Zéralda. Père de quatre filles âgées de 1 mois, 2 ans, 10 ans et 14 ans, dont une handicapée, il vit à Staouali, à une quinzaine de kilomètres d'Alger, avec sa femme, dans une modeste masure : une pièce, attenante à un petit réduit qui sert de débarras et de cuisine. "J'habite là depuis vingt ans, on dort serrés les uns contre les autres, on mange par terre, nous avons l'eau courante depuis trois ans et voyez, l'électricité, c'est toujours un branchement sauvage", lâche-t-il, en faisant visiter les lieux, situés, comme il le souligne, "à 800 mètres d'une résidence d'Etat du président".

    De loin, on aperçoit la cime de beaux arbres. "Ma vie est derrière moi, cette pièce deviendra ma tombe", poursuit cet homme employé depuis dix-huit ans comme veilleur de nuit dans une banque à quelques kilomètres de là, à Ouled Fayet. Son salaire a été rehaussé après sa première tentative de suicide, pour atteindre 38 000 dinars (environ 271 euros au marché noir), soit deux fois le salaire minimum en Algérie. Malgré cela, Lakhdar Malki ne s'en sort pas. "Dans le coin, le loyer le moins cher est de 28 000 dinars et pour acheter des couches pour mes filles, je dépense 5 000 dinars par mois."

    Le regard noir, il dit avoir sonné à toutes les portes, écrit à toutes les autorités, jusqu'au premier ministre, Ahmed Ouyahia, et s'être heurté partout à la même réponse : "Il faut patienter." A bout de nerfs, en janvier, il a emmené avec lui à la banque sa fille de 10 ans, Maria, handicapée en chaise roulante, pour s'immoler, avec elle, avant d'en être empêché. "J'ai ressenti la même chose que les Tunisiens, on est du même côté, oppressés...", raconte-t-il. Mais la proximité s'arrête là. Car Lakhdar Malki le dit tout net : "Si ce n'est pas sous le mandat de Bouteflika (Abdelaziz, le président algérien en exercice) que j'obtiens un logement, on ne m'en donnera jamais. C'est lui qui a fait le plus sur le plan social et qui a donné un peu d'espoir au peuple. On le voit à la télé, il y a des projets, les choses s'arrangent..."

    Nulle volonté, ici, de vouloir bousculer le régime, mais plutôt une farouche détermination à obtenir ce qu'il ne supporte plus d'attendre, un logement, et la prise en charge de sa fille handicapée. "Ma fille aînée est obligée de se coucher tôt à cause des bébés, ses résultats scolaires en pâtissent, et pour Maria, on m'a donné un déambulateur, mais ça ne sert à rien !", s'énerve-t-il en dépliant l'appareil coincé dans le réduit. "Maintenant, je suis prêt à tout !"

    Malgré les programmes colossaux de construction qui transforment les banlieues de villes algériennes en gigantesques chantiers, le logement reste la première cause de révolte. A Diar Echems, un bidonville au coeur d'Alger, une jeune fille a tenté de s'immoler par le feu en septembre. "Ces cités sont devenues des endroits intenables, des lieux de dissidence où les relations avec l'Etat sont des relations d'émeutes et de non-négociation", commente Larbi Icheboudene. La cité, construite pendant la colonisation, devait accueillir des fonctionnaires et des militaires célibataires. Les appartements, des F1, sont aujourd'hui occupés par des familles entières. Mais ce sont les opérations de relogement, dans des appartements plus vastes mais en périphérie d'Alger, qui provoquent le plus de réactions. "Leurs parents, déracinés, venaient de la campagne parce qu'ils fuyaient la guerre d'indépendance, et cinquante ans plus tard, on vient dire à leurs enfants qu'il faut partir en dehors de la ville", décrypte Larbi Icheboudene.

    Aux difficultés sociales s'ajoute la montée de l'individualisme. "L'immolation survient surtout quand la personne est lâchée par sa famille et qu'elle est confrontée à elle-même, explique le sociologue Nourredine Hakiki. Avant, si on avait besoin d'emprunter de l'argent, on demandait au frère et il donnait. Maintenant, ce n'est plus le cas."

    Sans projection sur l'avenir, isolés, des Algériens ont importé la "méthode" tunisienne, sans autres conséquences que l'existence de drames à huis clos. "Il y a beaucoup de formes de protestation, celle-ci en est une nouvelle parce qu'elle a donné des résultats ailleurs, mais ce n'est pas réfléchi, analyse la psychologue Hassiba Cherabta. C'est le désespoir qui les a poussés à copier."

    A Souk El Tenine, à environ 50 kilomètres de Béjaïa, en Kabylie, un jeune de 26 ans au chômage a tenté de s'immoler par le feu début octobre avant d'être maîtrisé. Marié, il avait ouvert un petit commerce de fortune pour survivre et lorsque des policiers sont venus lui demander de démonter son installation ; hors de lui, il a commencé à barrer la route. Puis il s'est aspergé d'essence. Comme Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant tunisien, mais élevé, depuis, au statut de chahid (martyr) de la révolution.

    Isabelle Mandraud Article paru dans l'édition du 11.10.11
     

    Compte rendu En Algérie, le gouvernement lance une série de réformes politiques


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  • Les supporters algérois chantent leur mépris pour ceux qui les gouvernent

    Foule de supporters de l'USM d'Alger. Photo publiée sur Facebook.
     
    Le vent du printemps arabe n’a soufflé qu’un court instant sur l’Algérie. La rue ayant été muselée, c’est dans les stades que la jeunesse algéroise exprime sa colère. En chansons.
     
    Du président Bouteflika aux responsables de son parti, le Front de libération nationale (FLN), en passant par la sécurité militaire ou les islamistes, personne n’est épargné par les supporters de football. Sur les vidéos enregistrées pendant les matchs, en particulier dans les stades algérois, on peut entendre des chants qui ne seraient pas tolérés par le pouvoir dans des manifestations.
    Contributeurs

    "Le stade, c’est le seul lieu où l’on peut exprimer notre rage"

    Amine T. est un cadre de 27 ans et un grand supporter de l’USM d’Alger, dont il ne rate aucun match.
     

    En Algérie, les supporters des autres clubs nous appellent les "Msam’iya", du nom qu’on donne aux femmes qui chantent dans les mariages, parce que notre club est connu pour ses chants et ses slogans très créatifs.

     
    Ce phénomène a commencé au moment des soulèvements à Alger en 1988. Nous adaptons par exemple des chansons de raï [musique algérienne populaire], ou des airs à la mode. Nous gardons la mélodie, mais changeons le texte pour le rendre sarcastique. Nos chants tournent autour de l’actualité politique et économique, que nous critiquons à notre manière. On parle des hommes politiques, de la sécurité, des attentats... On renvoie dos à dos les dirigeants actuels et les intégristes du Front islamique du salut [FIS, parti aujourd’hui interdit, dont la montée a été à l’origine des années noires du pays, dans les années 1990]. On critique également la vie chère et les privilégiés du Club des Pins [quartier huppé d’Alger], qui envoient leurs enfants faire des études à l’étranger alors que les jeunes algériens vivent dans la misère et le chômage.
     
    Le fait d’être dans une foule nous fait oublier la peur. On sait que la police ne pourra rien faire, alors qu’elle nous arrêterait tout de suite si on en disait la moitié dans la rue. Le stade, c’est le seul lieu où l’on peut exprimer notre rage.
     
    "C’est une sorte d’accord tacite : vous dites ce que vous voulez et nous faisons ce que nous voulons"
     
    Il ne faut pas croire cependant que ces slogans font peur au pouvoir. Si les supporters du PSG ou du Milan AC faisaient comme nous, cela ferait la Une des journaux en Europe. Ici, ils s’en fichent. C’est une sorte d’accord tacite : 'vous dites ce que vous voulez et nous faisons ce que nous voulons.'
     
    Ce ne sont pas tant nos slogans que notre nombre qui dérangent les autorités. Lorsque les émeutes ont éclaté à Bab el-Oued au début de l’année par exemple, la Fédération algérienne de football a suspendu momentanément les matchs. Car si la police pouvait contrôler quelques dizaines de jeunes dans un quartier, elle n'aurait pas pu venir à bout de 60 000 spectateurs à la sortie d’un stade. Je pense que le pouvoir voit donc ces chants d’un bon œil : au fond, nous nous défoulons pendant ces matchs et, une fois rentrés à la maison, nous nous tenons tranquilles.

    Si des manifestations se déclenchaient à Alger, je ne pense pas que les supporters de football y participeraient, en tout les cas pas de manière organisée. Nous n’appartenons pas à un réseau structuré, comme c’est le cas en Egypte. En période de crise, le club n’est donc pas fédérateur, surtout que les supporters ont peur de voir leur équipe sanctionnée. On se contente d’exprimer notre mépris pour ceux qui nous gouvernent."


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