• Servier a corrigé le rapport du Sénat sur le Mediator

    Clotilde Cadu - Marianne | Mardi 13 Septembre 2011 à 21:10 | Lu 3244 fois
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    Surpris par la révélation d’une conversation téléphonique entre un responsable de Servier et un professeur de médecine, le président de la mission sénatoriale sur le Mediator, François Autain, a pu constater qu’il y avait bien eu des changements dans la rédaction du rapport rendu public fin juin.


     

     Servier a corrigé le rapport du Sénat sur le Mediator 
    « Je me suis fichu des choses nulles qui n’avaient pas d’importance mais bien sûr j’ai regardé les phrases clés, importantes qui euh… qui concernaient la responsabilité de Servier. (…) Et donc j’ai fait changer pas mal de choses ». Voici ce que racontait Claude Griscelli, professeur de pédiatrie et de génétique, au directeur opérationnel du laboratoire Servier, Jean-Philippe Seta, le 24 juin dernier, d’après des transcriptions d’écoutes téléphoniques révélées par lefigaro.fr. 

    Un échange qui laisse peu de doute :   le fabriquant du Mediator serait donc intervenu auprès de la rapporteuse, la sénatrice UMP Marie-Thérèse Hermange, pour minimiser la responsabilité du labo dans ce scandale sanitaire. Celle-ci a catégoriquement démenti ces affirmations.   Le président de la mission d’information, le sénateur (CRC) François Autain, aujourd’hui retiré de la vie politique, très surpris par ces révélations, a immédiatement fait faire des vérifications et a constaté des modifications. Des changements minimes, certes, mais qui jettent un doute. 

    « Cela peut être interprété comme une soumission à Servier, alors que ce n’est pas du tout le cas ! C’est insupportable pour moi », raconte à Marianne le sénateur qui, s’il a voté le rapport, ne l’a pas rédigé. « Les changements sont marginaux. Je pense que M. Griscelli a voulu se faire mousser auprès du patron… », poursuit le sénateur qui a toujours été et demeure très sévère à l’égard de Servier.
     
    Le professeur Griscelli n’aurait relu que la première partie du rapport, retraçant l’historique du Mediator, mais n’aurait pas eu accès à la seconde partie, où étaient formulées les propositions pour une réforme du système du médicament. « Claude Griscelli était en lien avec Servier. Est-ce que Marie-Thérèse Hermange le savait ? Si oui, c’est scandaleux », raconte François Autain. « J’ai toujours senti Marie-Thérèse Hermange attentive à la cause de Servier », se souvient le sénateur, évoquant aussi l’amitié qui unissait la rapporteuse à la sénatrice Janine Rozier. La parlementaire était membre de la commission sur le Mediator et intervenait régulièrement en séance « pour défendre les intérêts de Servier ». Il faut dire que la sénatrice a quelques liens avec le laboratoire : elle est une élue du Loiret, département où est implanté le siège d’origine de Servier, et elle a aussi pris part à l’inauguration d’une usine du groupe au Brésil il y a quelques temps, rapporte François Autain.  

    « Des poursuites doivent être engagées à l’encontre de tous les auteurs de ce forfait », a vivement réagit le député PCF Roland Muzeau, dénonçant une « nouvelle manipulation avérée, opérée avec le concours d’un haut fonctionnaire, M. Claude Griscelli, ancien directeur général de l’Inserm ». A Franceinfo.fr, Marie-Thérès Hermange a reconnu avoir rencontré Claude Griscelli « pour avoir une discussion avec lui ». Reste que « le rapport était bouclé, aucun élément n’a été modifié à la demande de M. Griscelli », assure-t-elle.
    Le Mediator n’a pas encore fini de nous surprendre…

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  • Fukushima : Les travailleurs se cachent pour mourir                          lien

    Enfin, pas tous, un homme mystérieux en tenue de radioprotection a tenté de percer le blocus en restant planté 15mn devant une des caméras filmant en direct les ruines des réacteurs. Que voulait nous signifier cet homme qui nous pointe du doigt ? Les révélations faites par l'ex-premier ministre Kan Naoto et des proches de travailleurs lèvent un coin du voile sur une situation dramatique que les autorités cherches désespérément à cacher aux yeux du monde.

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    L’homme qui nous pointe du doigt
    Un travailleur de Fukushima s’est tenu 15mn devant une des caméras du site.

    Monsieur Kan Naoto a démissioné de son poste de de premier ministre du Japon le 26 aout dernier et a depuis été remplacé par L'ex-ministre de finances Yoshihiko Noda.

    L'ex-premier ministre a depuis révélé l'ampleur dramatique de la crise au sein des autorités au débuts de la catastrophe. Et ces révélations dressent un tableau bien éloigné des communications rassurantes de son gouvernement à l'époque.
      
    Le paroxysme de la crise au sein des autorités a eu lieu dans la première semaine.

    Trois jours après le début de la catastrophe, le ministre de l'industrie a annoncé à Monsieur Naoto que la compagnie TEPCO souhaitait abandonner la centrale car il n’était plus possible de maintenir du personnel sur le site à cause de l'élévation massive des radiations.

    Le premier ministre affirme qu'un tel retrait aurait conduit à un désastre d'une telle ampleur que Tokyo aurait été inclut dans la zone qui deviendrait inhabitable à cause de la contamination radioactive.

    « il n'y aurait peut-être plus personne à Tokyo aujourd'hui (...). Nous avons fait des simulations d'évacuation sur 100 , 200 et 300 kilomètres autour de la centrale (...). Cela aurait inclu la région de Tokyo (...). Il aurait alors fallu évacuer quelque 30 millions d'habitants, ce qui aurait signifié la chute du Japon. »

    La réalité de cette inquiétude est corroborée par une information de la NHK qui avait révélé, le 1er mai 2011, que la chambre haute du parlement étudiait une suggestion de monsieur Naoto d'établir une capitale alternative capable de remplacer Tokyo dans ses fonctions centrales en cas d'urgence.

    Devant l'ampleur du désastre le premier ministre aurait alors imposé la mise en place d'un comité de crise mixte (état-TEPCO) à la direction de l'entreprise qui a obligé la compagnie à maintenir la présence des travailleurs sur le site en dépit d'une exposition mettant en péril leur santé. Les mesures effectués sur le site montre en effet des dosse allant jusqu'à 10 000 fois les normes gouvernementales.

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    Evacuation à Fukushima
    Dissimulés derrière des bâches, des travailleurs malades sont évacués de la centrale (source NHK)


    La situation des travailleurs sur place est donc bien similaire à celle des « liquidateurs » de Chernobyl avec la notable différence que les débris contaminés de Tchernobyl étaient solides et que le danger à Fukushima est dans l'eau contaminée et maintenant la boue et la vapeur qui remonte du sol où les coriums se sont enfoncés par des failles. Ainsi le 31 aout la NHK a annoncé que quatre travailleurs ont été aspergé accidentellement d'eau hautement radioactive en travaillant que le système de décontamination de l'eau.

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    Détail
    Les travailleurs évacuées sont en tenue de malades hospitalisés. (Source NHK)


    Le nombre de malades parmi les travailleurs de Fukushima n'est pas connu avec précision.
    Un travailleur est mort le 16 août d'une leucémie aiguë. Une dizaine ont été évacués discrètement lors de plusieurs transferts pudiquement dissimulés derrière des bâches bleues.

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    Le camion d’évacuation. (source NHK)


    Dans une interview à Fox News, la mère d'un des travailleurs relate l’état de résignation dans lequel travaillent son fils et ses cinquante camarades :

    « Il m'a dit qu'ils avaient accepté le fait qu'ils allaient probablement mourir à court terme de la maladie des radiations ou de cancer à plus long terme. »

    Elle ajoute : « Ils ont discuté entre eux et ont convenu de se sacrifier si cela était nécessaire pour assurer la sauvegarde de la nation. »
     
    Ces travailleurs qui travaillent au péril de leur vie ne sont cependant pas informé des dangers qui les menacent. Les zones où les mesures le plus élevées ont été relevée ne leur sont pas communiquées. Certains n'ont pas de dosimètre individuel et doivent partager celui d'un collègue qui se repose.


    A la lumière des révélation de l'ancien premier ministre on comprend que, comme l'URSS en son temps, la crise nucléaire a contrait le gouvernement nippon a violer les normes de sécurité pour faire face au problème en sacrifiant non seulement la vie des travailleurs de la centrale mais aussi la santé d'une large part de la population environnante qu'il n'est pas en mesure d'évacuer.

    C'est pourquoi le gouvernement a élevé le niveau d'exposition maximum admissible à 20 mSv/an en dépit de la démission de Toshiso Kosako l'expert nucléaire du gouvernement et des pétitions exigent le retour aux normes internationalement admises. 

    http://www.agoravox.fr/actualites/i...

    La pétition explique que cette nouvelle norme permet d'exposer les enfants habitant les zones contaminées à des doses six fois supérieures au maximum admissible pour les travailleurs du nucléaire.

    La pétition en anglais : http://blog.canpan.info/foejapan/da...

    75% des écoles non évacuées de Fukushima sont dans des zones où la contamination mesurée atteint 0,6µSv/heure, niveau qui, dans l'industrie obligerait à mettre en place une zone de contrôle des radiations.

    20% de ces écoles sont dans une situation encore plus dramatique où la contamination mesurée atteint 2,3µSv/heure et implique le confinement.

    Comment une population peut-elle vivre même à moyen terme confinée chez elle ?

    Il est évident que les mesures de confinement ne sont que des pis aller pour faire semblant qu'un maintien sur place est possible alors que l'évacuation s'impose.

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    Autre évacuation sanitaire


    La gestion des catastrophes nucléaires successives permet de mettre en exergue une caractéristique particulière de l'industrie nucléaire : On ne peut lutter contre le pire qu'au prix de cruels sacrifices humains, y compris dans la population et parmi les enfants.

    La question que doivent se poser les citoyens est : pour quel bénéfice nous fait-on courir des risques aussi atroces ?

    La réponse tiens dans cette phrase : actuellement 80% des réacteurs japonnais ont été coupés.


    Le Japon parvient à vivre et à maintenir son activité industrielle avec seulement 20% du parc nucléaire existant !
    Bien sûr Tokyo ne ressemble plus à Las Vegas. Terminés les néons et la climatisation à tous les étages. L’électricité est utilisée pour ce qui est utile.


    Depuis le forfait japonais, la France est passé à la sinistre place de premier pays produisant de l’électricité nucléaire.

    Mais il semble que comme en URSS et au Japon avant nous, nos décideurs ne soient pas disposés à lâcher cette place peu enviable avant qu'un de nous 58 réacteur ne nous explose à la figure.

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    Les liquidateurs de Tchernobyl
    Leur association a dénombré 60 000 morts et 165 000 handicapés parmi les 600 000 liquidateurs officiellement reconnus.

     
    Pourtant une chose devrait nous faire réfléchir : Comment arrête-t-on une centrale nucléaire ?
    Sur les 430 construites de part le monde une seule a été totalement démantelée à l'issue d'une vie normale : Brénninlis. (Cocorico !)

    Mais relativisons les choses, son démantèlement à été possible grâce au transfert à d'autres site de tonnes de matériaux contaminés (Le combustible et 100 tonnes d'eau lourde ont été évacués sur Cadarache.)
    Sont en attente ou en cours de démantèlement 3 réacteurs à Chinon, 2 à Saint-Laurent, un à Bugey et un à Chooz.
    Les anglais vont démonter un réacteur à Windscale
    Les allemands ont annoncé la fermeture progressive de toutes leurs centrales.

    Par comparaison, plus d'une dizaine de réacteurs ont été « fermées » (en fait abandonnés) de façon accidentelle :
    Three miles Island : réacteur n°2 (le 1 a repris du service)
    Tchernobyl réacteurs 1,2,3,4 (5 et 6 abandonnés non achevés)
    Superphénix réacteur expérimental à neutrons rapides. (cascade d'incidents)
    Vandelos (Espagne) : réacteur n°1
    Fukui (Japon) : réacteur n°3
    Monju (Japon) réacteur expérimental type superphenix.
    Fukushima : réacteurs 1, 2, 3, 4.
    Mes statistiques ne sont pas complètes mais en gros à ce jour il y a plus de centrales arrêtées à la suite d'accidents que de centrale arrêtées normalement à la fin de leur période d'exploitation.
    Cela sans même compter les abandons volontaires de la filière par exemple en Allemagne suite au désastre de Fukushima.
    Il est temps de réfléchir.


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    Actualités et lettres d'information publiées par LabourStart (en français)

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    <time datetime="2011-09-10" pubdate="pubdate">September 10, 2011 </time>

    Chez Maruti-Suzuki en Inde, 2 500 ouvriers "indisciplinés" mis à la porte pour avoir fait grève !

     
    </section>

    Maruti Suzuki possède deux usines en Inde à Gurgaon et à Manesar. La compagnie promet au gouvernement d'investir dans une seconde installation à Manesar. Dans l'attente, les conditions de travail se dégradent, la capacité de production de l'usine étant largement excédée. Alors qu'il existe un syndicat "maison" dominé par les employés de Gurgaon, les ouvriers à Manesar souhaitent former une nouvelle organisation pour défendre leurs intérêts collectifs. Ils ont entamé une grève le 4 juin, pour soutenir cette demande. Dès son 13ème jour, le gouvernement l'a déclaré illégale. Depuis lors, les actions de harcèlement et d'intimidation des ouvriers se multiplient jusqu'à ce que la direction provoque un conflit majeur en interdisant l'accès à l'usine, autrement dit, un lock-out, le 29 août dernier.

    Compte rendu d'un syndicaliste sur place…

    La direction de la plus grande compagnie automobile en Inde, Maruti Suzuki India Limited a instauré un lock-out des 2 500 ouvriers de son usine de Manesar depuis le 29 août au matin. Elle a licencié 11 travailleurs et suspendu 10 autres sur des accusations infondées d'indiscipline et de participation à la grève du mois de juin. La société tente d'imposer aux ouvriers (comme condition de reprise du travail - NDLR), de façon totalement illégale, la signature "d'engagements de bonne conduite". Tout travailleur qui ne signera pas l'obligation sera considéré  "en grève" et interdit d'accès à l'usine. En signant, l'ouvrier s'interdit d'engager dans toute action de grève (perlée, du zèle, etc.) et de toute action de sabotage ou d'acte qui pourrait affaiblir la production "normale" de l'usine.

    La direction a commencé à préparer ce lock-out dès le dimanche soir. Un cordon de police a été déployé à sa demande à l'usine. La société a déjà embauché un certain nombre de nervis et de gros bras des villages environnants comme gardes de sécurité avec pour mission d'intimider et de menacer les travailleurs. Toutefois, les ouvriers restent unis et déterminés à lutter. Pas un seul d'entre eux n'a signé l'engagement. Aux 1 100 ouvriers réguliers se sont joints environ 2 000 travailleurs contractuels (précaires) et apprentis bien que la direction a tenté de les séparer en annonçant des congés pour les travailleurs contractuels et apprentis à compter du 1er septembre.

    Le gouvernement Haryana est indiscutablement dans le camp de MSIL usant de tous les moyens pour mettre fin au conflit. Le parti BS de Hudda, majoritaire au parlement (Congress) a déclaré la grève illégale dès son 13ème jour (le 17 juin) et son ministre du travail a essayé de favoriser la société par des menaces et des tromperies.

    Depuis la fin de la grève en juin, la direction tente de révoquer, de menacer et de démoraliser les travailleurs par des moyens divers. Depuis juillet, des travailleurs contractuels et apprentis sont renvoyés quasiment chaque jour. Sans compter l'action du 29 août, 84 travailleurs ont été licenciés ou suspendus depuis juillet. Ce même mois, afin d'asseoir un syndicat pro-patronal, la direction a organisé des élections à l'usine de Gurgaon, boycottées par les ouvriers de Manesar. La direction s'en sert comme prétexte pour refuser de reconnaître le Syndicat des employés de Suzuki Maruti (de Manesar) et congédier ses principaux responsables.

    Le Premier Ministre Hudda avait promis à une délégation de travailleurs qu'il n'y aurait aucune difficulté à obtenir la reconnaissance de leur syndicat. Cependant, le 14 août, le gouvernement a rejeté sa demande d'enregistrement. En fait, pendant la grève du mois de juin, Hudda a promis à Shinzo Nakanishi (P.-D.G. de Suzuki Maruti - NDLR) que son gouvernement ne permettrait pas la formation d'un second syndicat.

    La vaste ceinture industrielle autour de Gurgaon compte des centaines d'usines employant environ 2 millions de travailleurs dont la moitié dans l'industrie automobile. Ces travailleurs  produisent des pièces expédiées dans le monde entier. Dans ces usines modernes, ils travaillent dans de très mauvaises conditions. Plus de 90% d'entre eux sont des travailleurs à contrat précaire qui travaillent 10 à 12 heures par jour pour 4 000 à 5 000 roupies par mois (63 à 75 € ou 85 à $107 US ou CAD). La charge de travail et les cadences sont extrêmement élevées et ils doivent faire face à la violence verbale et parfois physique des superviseurs et des agents de sécurité. Les syndicats sont absents de la plupart des usines mais là où les travailleurs ont réussi à former un syndicat, ils doivent faire face au harcèlement constant. Parfois, il existe des syndicats "maison" qui ne font rien pour faire avancer les intérêts des travailleurs et dans certains cas, ils les lâchent au profit de ceux de la direction. Dans cette situation, le droit de former un syndicat est un problème récurrent voire universel dans la ceinture industrielle de Gurgaon.

    Les travailleurs de Maruti Suzuki, Manesar, peuvent gagner un peu plus que les autres, mais eux aussi travaillent dans de très mauvaises conditions. La charge de travail est très élevé et ils doivent parfois travailler jusqu'à 16 heures d'affilée. Obtenir un congé ou journée de repos est extrêmement difficile et de lourdes amendes pécuniaires sont imposées, même pour un retard de quelques minutes. Ils obtiennent deux pauses courtes de 7-8 minutes pour le déjeuner et le thé. Les pauses toilettes ne sont pas autorisées entre celles-ci. Ils doivent faire face aux abus et aux menaces s'ils refusent d'effectuer des heures supplémentaires. Ces raisons motivent la lutte résolue des travailleurs à former leur syndicat indépendant.

    Ne s'attendant sans doute pas à une telle résistance des travailleurs, la direction recourt à une escalade de la violence pour briser le mouvement…

    Le 2 septembre au matin, certains entrepreneurs dirigé par quelques personnes du Département des Ressources Humaines de MSIL ont rassemblé quelques 150 travailleurs logés dans le village d'Aliyar près de l'usine Maruti à Manesar. Les travailleurs ont été menacés et certains même tabassés par des nervis locaux recrutés par la direction. Ils les ont forcés à s'asseoir dans 7 camions près de l'hôtel Royal.

    Lorsque des membres du Syndicat, ayant reçu des appels à l'aide, se sont rendus sur place, ils ont été attaqués par les nervis et la police a procédé à des arrestations.

    Certains ouvriers craignent une attaque sur leur dharna (rassemblement) tenu depuis le 29 août au portail extérieur no. 2.

    La direction communique sur une reprise de l'activité de l'usine mais en réalité, elle n'a réussi à contraindre qu'une poignée de travailleurs à retourner à l'intérieur de l'usine. Dans l'absence de la main-d'œuvre nombreuse et qualifiée nécessaires à remettre les chaînes de production en activité, rien ne peut en sortir.

    "The Hindu" de ce jour (10 septembre 2011) confirme toutes ces informations. Seulement 80 ouvriers auraient signé l'engagement. Le journal ajoute que Maruti se prépare, avec l'autorisation du Ministère du Travail, à remplacer les ouvriers actuels par de nouvelles embauches. Mettant de l'huile sur le feu, le patron du groupe, Osamu Suzuki, déclare que "l'indiscipline n'est pas tolérée… ni au Japon ni en Inde. Ce n'est jamais dans l'intérêt d'une compagnie ni de ses employés".

    Pétition en ligne

     


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  • De retour de Fukushima, où le silence et les mensonges tuent

    Fleurs de cerisier à Tokyo (David Lee/Picasa)

    Depuis plusieurs semaines déjà, la catastrophe de Fukushima ne fait plus la une de l'actualité. Pour l'immense majorité de nos concitoyens, la question est réglée et il va quasi de soi que Tepco, et Areva pour ce qui est du traitement des eaux polluées, maîtrisent parfaitement la situation.

    Les personnes qui devaient être évacuées l'ont été, le taux de radioactivité baisse et le Japon, vu de France, est prêt à faire redémarrer des centrales. Du reste, régulièrement, la presse, informée par les soins du lobby nucléaire français, indique que telle ou telle centrale va redémarrer.

    Cela est dramatiquement et tragiquement faux.

    Des millions de mètres cube d'eau contaminée

    Tout d'abord, les autorités japonaises - j'ai rencontré le secrétaire d'Etat à l'Environnement, le vice-ministre de l'Environnement et le vice-gouverneur de Fukushima - reconnaissent que la catastrophe est en cours et que rien n'est réglé. Les informations sont très rares.

    Les autorités admettent que trois cœurs nucléaires ont fondu et que les cuves ont été transpercées. Cependant, ils ignorent ce qu'il se passe aujourd'hui, en particulier ce point vital de savoir si le radié a été percé par le corium ou non, ce qui signifierait, bien entendu, la pollution irréversible de la nappe phréatique.

    Concernant le traitement de l'eau, Greenpeace considère qu'il vient à peine de débuter. Les autorités reconnaissent l'entassement de boues radioactives dont évidemment personne ne veut parler mais aussi les millions de mètres cube d'eau contaminée.

    Les dosimètres encore bloqués à l'aéroport

    En second lieu, et c'est tout aussi préoccupant, la situation des familles qui vivent dans la région de Fukushima est, au sens propre du terme, véritablement tragique. J'ai passé près de deux heures avec l'association, qui regroupe plusieurs centaines de familles et qui est animée par des femmes déterminées et révoltées.

    On peut les comprendre. Ce qui leur est arrivé rappelle de très près ce que nous avons vécu avec Tchernobyl et la manière dont les choses se mettent en place nous renvoie au spectre du passé.

    Tout d'abord, et même si on peut comprendre que, vivant en même temps un tremblement de terre et un tsunami, la situation était passablement désorganisée, l'organisation météorologique japonaise était tout de même dans l'incapacité suspecte de fournir les cartes des vents au moment de la catastrophe de Fukushima. Les populations n'avaient aucune idée d'où venaient les vents.

    Aucune instruction ne leur a été donnée, aucune pastille d'iode ne leur a été distribuée. Il a fallu attendre plus d'un mois pour qu'elles puissent disposer d'une information publique sur le niveau de contamination et aujourd'hui, ce sont 40 000 dosimètres qui restent bloqués par décision politique à l'aéroport de Tokyo. Les familles ne savent donc pas quel est le niveau de la radioactivité dans laquelle elles vivent.

    Les mères inquiètes pour leurs enfants

    Sur le plan de l'alimentation, des prélèvements sont faits mais leurs résultats sont donnés bien après que les aliments ont été mis sur le marché et consommés. L'essentiel pour ces mères est, bien entendu, la situation de leurs enfants.

    Voyage de Corinne Lepage au Japon

    Au Japon, comme partout dans les pays membres de l'AIEA, le niveau admissible pour les populations est de 1 millisievert par an. Il est de 20 millisieverts pour les travailleurs du nucléaire. Aujourd'hui, dans les zones où vivent ces gens, dans la préfecture de Fukushima, le niveau est largement supérieur avec 5 millisieverts, jusque parfois 20 millisieverts.

    Ces femmes exigent pour leurs enfants comme pour elles-mêmes le droit de vivre dans un environnement à 1 millisievert. Le problème est que personne n'a les moyens de répondre positivement à leurs questions.

    Il faut envisager une évacuation plus large

    Deux solutions sont envisageables : soit la décontamination - et on en parle beaucoup au Japon - soit l'évacuation. Il semblerait que quelques cours de récréation aient fait l'objet d'une décontamination, qui consiste à retirer 50 à 60 cm de terre, dont on ne sait du reste pas où on va la stocker.

    Cela permet de réduire le niveau de la pollution. C'est peut-être possible au niveau local avec des résultats qu'il conviendrait de vérifier. C'est évidemment impossible à l'échelle d'une préfecture entière.

    De ce fait, c'est bien la deuxième solution qu'il faut envisager. Elle consiste bien évidemment à permettre aux gens qui le veulent de partir. Mais pour qu'ils puissent s'en aller, encore faut-il leur permettre d'aller vivre ailleurs.

    La vérité de la situation, et c'est là tout son aspect tragique, c'est que les autorités japonaises font ce qu'elles peuvent dans une certaine mesure. Toutefois, puisque l'information est confisquée, les moyens donnés aux gens pour connaître la réalité de la situation leur sont refusés.

    Les agriculteurs pas indemnisés

    Du point de vue du changement et des décisions techniques à prendre, le monde agricole n'est pas en reste et devient lui aussi victime de la défaillance des autorités.

    La préfecture de Fukushima promeut les produits agricoles de la région de Fukushima et se plaint des mauvaises rumeurs qui les concernent. Il m'a été fait cadeau d'un magnifique cageot de pêches. La vérité est, bien entendu, que l'immense majorité des produits de cette zone ne devrait pas être consommée mais pour qu'ils ne le soient pas, encore faut-il que les agriculteurs qui les produisent puissent être indemnisés et gagner leur vie. Or, tel n'est pas le cas.

    Cette situation absolument tragique à laquelle est exposée le Japon s'exprimerait ainsi pour tout pays industrialisé, les mêmes risques produisant probablement les mêmes effets. C'est précisément la raison pour laquelle la chape du silence s'est mise sur le Japon.

    Corinne Lepage au Japon

    Les médecins montent des réseaux parallèles

    Les médecins n'ont plus le droit de parler et n'osent plus parler. Il semblerait qu'un réseau de pédiatres essaye de se mettre en place, que certains médecins, notamment dans les zones rurales, essayent d'organiser la population de manière à ce qu'elle se protège le mieux possible et qu'un suivi médical puisse être mis sur pied.

    Mais tout ceci se fait par une voie citoyenne, par une voie parallèle, j'allais dire occulte, car de manière tout à fait évidente. Les autorités nucléaires ont décidé qu'il n'y aurait pas de connaissances fines et précises des effets épidémiologiques de cette catastrophe.

    C'est contre ce mur de silence qu'il convient que, nous tous, nous nous révoltions car il s'agit d'enfants et les enfants de Fukushima pourraient être enfants de Fessenheim, du Bugey ou du Blayet. C'est notre responsabilité de parler, d'agir et d'aider les associations qui se battent avec les plus grandes difficultés sur place.

    Chut, le Japon va sortir du nucléaire

    En revanche, les autorités japonaises, qui mesurent très probablement leurs limites, même si elles ne peuvent pas l'exprimer, semblent avoir pris une vraie décision : celle de sortir du nucléaire.

    En effet, il faut savoir, et cette information est soigneusement cachée en France pour des raisons que chacun peut comprendre, que le Japon a réduit de 28% sa consommation électrique depuis Fukushima et près de 40% dans la région de Tokyo. Il n'y a plus aujourd'hui que 14 réacteurs qui sont en activité sur 57.

    Cette réduction massive a été obtenue par un éventail de mesures : par exemple, l'extinction des lumières dans les ministères pendant la journée, l'absence de climatisation (malgré les 38 degrés qu'il faisait à Kyoto voici quelques jours), l'extinction des grandes publicités dans Tokyo le soir ou une organisation différente du système de production industrielle qui travaille en roulement et qui a ainsi permis d'obtenir ce résultat remarquable.

    Aussi, quand nous, Européens, nous demandons si nous arriverons à faire moins 20% d'ici 2020, il y a beaucoup à apprendre de nos amis japonais. Le nouveau Premier ministre l'a affirmé lors de sa campagne électorale : le Japon est décidé à ne plus construire de nouvelles centrales nucléaires, ce qui veut dire qu'il va sortir du nucléaire.

    Quand ? Cela dépend, bien sûr, des stress-tests qui seront réalisés et de la réouverture ou non des centrales nucléaires fermées aujourd'hui en raison de la maintenance d'ici mars 2012.

    Photos : instruments de mesure de la radioactivité ; Corinne Lepage avec les femmes de Fukushima (François Damerval) ; fleurs de cerisier à Tokyo (David Lee/Picasa).

    A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89

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  • 05/09/2011 à 17h:58 Par Mathieu Olivier
     
    750 000 personnes menacées de mort par la famine dans la Corne de l'Afrique.
    750 000 personnes menacées de mort par la famine dans la Corne de l'Afrique. © AFP

    La situation ne cesse de s’aggraver dans la Corne de l’Afrique. 750 000 Somaliens sont désormais directement menacés de mort par la famine dans les quatre prochains mois. Des dizaines de milliers de personnes ont péri dont la moitié était des enfants. Une catastrophe encore aggravée par l’absence d’État en Somalie ou par son omniprésence en Érythrée.

    Cela sonne comme un aveu d’impuissance. Malgré la multiplication des alertes concernant la situation en Somalie, comme en Éthiopie, au Kenya, à Djibouti ou en Érythrée, celle-ci ne cesse d’empirer. Plus de douze millions de personnes sont toujours menacées, notamment dans la région de Bay, au sud du pays, qui vient d’être classée en état de famine par les Nations unies.

    Le centre d'analyse pour la sécurité alimentaire (FSNAU) de l'ONU estime ainsi que « 4 millions de personnes sont en situation de crise en Somalie, dont 750 000 qui risquent la mort dans les quatre prochains mois en l'absence d'une réponse adéquate. » Et de poursuivre : « Des dizaines de milliers de personnes sont déjà mortes, dont plus de la moitié étaient des enfants. »

    L’Érythrée, un "véritable trou noir"

    Outre le contexte international, essentiellement tourné vers l’actualité libyenne, la situation politique des pays de la Corne de l’Afrique ne manque pas d’aggraver la situation. Ainsi, dans les régions contrôlées par les milices Shebab, comme la région de Bay, l’aide humanitaire est particulièrement difficile, voire impossible, à acheminer.

    Et, si la Somalie pâtit de l’absence d’État central, en Érythrée, également touchée par la sécheresse et la famine, c’est l’omniprésence de l’appareil étatique qui entrave le bon fonctionnement de l’action humanitaire. Ainsi, alors que les témoignages s’accumulent et que deux Érythréens sur trois souffriraient de la faim, le discours des officiels continue de nier l’évidence, à l’image de ces déclarations d’un communiqué  du ministère érythréen de l'Information publié fin août : « Ces absurdités sur la sécheresse dissimulée en Érythrée sont complètements ridicules. »

    Comme dans les régions contrôlées par les Shebab en Somalie, les ONG, et une bonne partie des agences humanitaires, ont été priées de plier bagage voilà plusieurs années. Un état de fait qui aujourd’hui fait de la région un « véritable trou noir », de l’aveu même du bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), qui recouvre l’Érythrée.

    La famine devrait encore progresser

    Les raisons pour verser dans le pessimisme quant à la situation de la Corne de l’Afrique ne manquent pas. A commencer par l’échiquier politique qui semble figé en Somalie et en Érythrée - considérée comme la « Corée du Nord » de la région - et l’impuissance de la communauté internationale à changer la donne. Incapacité ou manque d’intérêt ? Une question légitime au regard des appels fréquents des ONG et des agences humanitaires onusiennes restés sans suite.

    Pourtant, selon l’ONU, « si le niveau actuel de réponse continue, la famine devrait encore progresser au cours des quatre prochains mois. » Et les mots pour qualifier la situation risquent alors de manquer. Après avoir été classés « en danger de mort », les 750 000 Somaliens qu’évoquent les derniers bilans auront malheureusement franchi un dernier palier, sans espoir de retour.


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