• De Srebrenica à Utoya, l'esprit de la "guerre civile européenne"

    Point de vue | LEMONDE.FR | 09.08.11 | 09h36   •  Mis à jour le 09.08.11 | 09h36

    par Benjamin Abtan, secrétaire général du European Grassroots Antiracist Movement (EGAM)

    Le massacre d'Utoya éclaire l'esprit de guerre civile européenne qui anime ceux qui disent "lutter contre l'islamisation de l'Europe".

    A bien des égards, c'est la guerre de Bosnie qui marque le début de cette croisade interne. Nombreux sont alors ceux qui voient dans la chrétienne Serbie de Milosevic le dernier rempart de l'Europe contre l'islamisation du continent dont la musulmane Bosnie serait le fer de lance, comme la Serbie fut le rempart contre le nazisme dans les Balkans.

    Cette grille de lecture opposant de manière irréconciliable la chrétienté et la civilisation à l'islam et la barbarie a été utilisée par la suite avec un funeste succès par Poutine pour justifier la destruction de Grozny et le massacre des Tchétchènes.

    S'inscrivant dans la même logique, le génocide de Srebrenica en juillet 1995 marque l'apogée de la violence raciste du pouvoir serbe et le début de sa fin.

    Pour les croisés de la "lutte contre l'islamisation de l'Europe", la défaite de la Serbie, suivie quelques années plus tard par l'indépendance du Kosovo puis par la chute de Milosevic, sonne comme un avertissement : l'islamisation de l'Europe est en cours ; les musulmans ont remporté une guerre ; ils peuvent donc remporter la guerre civile et détruire l'Europe comme ils ont détruit la Grande Serbie.

    On a souvent analysé à tort comme une modération les mutations récentes des partis européens d'extrême droite sur l'exemple du Parti de la Liberté néerlandais de Geert Wilders. En laissant de côté leur filiation directe avec les forces politiques qui organisèrent l'extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale, en faisant mine d'accepter le cadre démocratique du débat public, en reprenant dans leurs discours des références à des combats et concepts progressistes tels le féminisme ou la liberté d'expression, ils se seraient modérés.

    Ces analyses ont trop minoré un aspect fondamental de ces mutations : l'unification des mouvements européens d'extrême droite, que certains appellent désormais populistes, par la haine des musulmans.

    Cette coagulation idéologique lourde de menaces se réalise avec la crise pour toile de fond et catalyseur. Elle a ses prophètes, comme Eric Zemmour en France ou Thilo Sarrazin en Allemagne, qui théorisent la nécessité de la discrimination raciale, c'est-à-dire de l'application d'une politique raciste dans un cadre formel d'égalité des droits. Elle a ses facilitateurs, comme le Parti libéral danois ou le Peuple de la liberté italien, qui tendent à normaliser les discours de haine en les portant au plus haut niveau de l'Etat. Elle a ses victoires offertes par les démocrates, comme lorsque Angela Merkel et David Cameron critiquent le multiculturalisme en laissant penser que l'analyse idéologique de l'extrême droite est la bonne.

    Ces mutations récentes de l'extrême droite européenne ne sont pas une modération, car si "l'ennemi principal" désigné a changé, l'idéologie de ce courant politique reste structurée par l'obsession de l'ennemi intérieur à identifier et à exterminer. La "lutte contre l'islamisation de l'Europe", c'est l'esprit de Srebrenica diffusé à travers tout le continent. C'est un "eux ou nous" existentiel qui autorise et précède tous les massacres. C'est l'esprit de la guerre civile européenne.

    Face à cette injonction existentielle de l'élimination de l'Autre, les stratégies de mises en actes sont principalement de deux natures.

    Une première stratégie consiste à attaquer directement ceux désignés comme les ennemis intérieurs, à l'instar du Jobbik hongrois dont la milice est responsable de nombreux meurtres racistes de Roms, ou des néo-nazis allemands qui brûlent à intervalles réguliers des foyers d'immigrés turcs.

    Une deuxième stratégie, complémentaire et concomitante de la précédente, consiste à attaquer les individus et les institutions qui représentent une protection pour les "ennemis intérieurs", afin de pouvoir cibler ces derniers plus violemment par la suite.

    C'est la logique de l'acte de Anders Behring Breivik, qui massacre à Utoya des personnes qu'il considère comme "ethniquement similaires", mais dont l'attachement à la démocratie en fait des traîtres à abattre car des alliés de l'ennemi.

    La réponse promise par le premier ministre norvégien Jens Stoltenberg a été claire et forte : "Plus de démocratie." Elle est non seulement juste moralement et politiquement, mais elle est également nécessaire stratégiquement pour renforcer le camp de la démocratie européenne menacée par les tenants de la guerre civile. Il serait bon que toute l'Europe s'en inspire.


    votre commentaire
  • 08 août 2011 - 14H44  

    Toujours davantage d'enfants privés de vacances en France
     

    Un nombre croissant d'enfants ne part pas en vacances, a indiqué lundi à Cabourg (Calvados) le Secours populaire qui a enregistré une hausse de 15% en deux ans des demandes de participation à la journée de vacances qu'il offre à des enfants.

    Un nombre croissant d'enfants ne part pas en vacances, a indiqué lundi à Cabourg (Calvados) le Secours populaire qui a enregistré une hausse de 15% en deux ans des demandes de participation à la journée de vacances qu'il offre à des enfants.

    AFP -   Un nombre croissant d'enfants ne part pas en vacances, a indiqué lundi à Cabourg (Calvados) le Secours populaire qui a enregistré une hausse de 15% en deux ans des demandes de participation à la journée de vacances qu'il offre à des enfants.  

    "Il y a un nombre encore plus grand de gosses qui ne sont pas partis en vacances cet été", a expliqué Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français, à Cabourg, en marge d'une conférence de presse de présentation de la journée des oubliés des vacances (JOV) que l'association organise le 24 août.

    "C'est la grande contradiction: autoroutes, aéroports sont bouchés (par les touristes, ndlr) mais un Français sur deux, un enfant sur trois, ne part pas en vacances", a souligné l'ancien résistant. Le Secours populaire a enregistré une hausse de 15% en deux ans des demandes de participation à la JOV, a-t-il dit.

    L'association offre chaque année fin août une journée de vacances à près de 50.000 enfants qui ne sont pas partis. Le budget de l'opération se monte à 30 euros par enfants, a précisé le président.

    "Cela permet à des gosses d'être comme les autres", à la rentrée lorsqu'on leur demande de raconter leurs vacances: après "une journée à la mer", que beaucoup n'ont jamais vue, ils ont autant à dire que d'autres après "trois semaines à Saint-Tropez", a dit M. Lauprêtre.

    "L'opération la plus spectaculaire" aura lieu cette année à Cabourg, où 4.000 enfants franciliens et 1.000 bénévoles sont attendus le 24 août. "Nous espérons qu'ils seront un peu plus nombreux" qu'il y a deux ans, où une journée similaire avait été organisée à Cabourg, a précisé M. Lauprêtre.

    250 enfants issus de 20 pays étrangers participeront également à cette journée dans la station balnéaire normande.

    Au delà des enfants, "nous sommes un peu effrayés par cette misère qui gagne du terrain. Nous avons aidé 2 millions de personnes en 2009, 2,4 millions en 2010 et nous nous attendons à une hausse de 10% encore en 2011" par rapport à 2010, a indiqué le président du Secours populaire.

    M. Lauprêtre a à nouveau déploré la baisse drastique du budget du Programme européen d'aide aux plus démunis (PEAD) en 2012 et la "suppression complète" prévue ensuite, selon lui, de ce programme. La baisse de ces crédits fait suite à une décision de la Cour de justice européenne.

    Sans l'aide l'UE, "la moitié des 90 millions de repas que nous avons distribués l'an dernier ne le seront plus", a précisé M. Lauprêtre.


    votre commentaire
  • Mariani veut un fichage des allocataires sociaux

     

    Par Rémi Duchemin et A.W.

    Publié le 7 août 2011 à 11h19 Mis à jour le 7 août 2011 à 22h17

     

    Thierry Mariani veut lutter contre les "profiteurs du bas".

    Thierry Mariani veut lutter contre les "profiteurs du bas". © MaxPPP

    "Tout à fait d'accord" avec lui, Xavier Bertrand veut créer le fichier "avant la fin de l'année".

    Xavier Bertrand a donné sa bénédiction dimanche à la proposition de Thierry Mariani. Ce dernier proposait, dans le Journal du Dimanche daté du 7 août, de créer un fichier pour lutter contre la fraude aux prestations sociales.

    "Contre la fraude, je soutiens la création d’un fichier généralisé des allocataires qui recense toutes les prestations sociales perçues", déclarait le ministre des Transports. "Cela permettra de constater les abus. Une même personne peut toucher indûment le RSA dans plusieurs départements, car aucun d’entre eux ne croise les dossiers."

     

    "Un fichier unique avant la fin de l'année"

    Le ministre du Travail et de la Santé n'a pas seulement donné son aval, il est allé jusqu'à annoncer une échéance : Xavier Bertrand a ainsi annoncé la mise en place d'"un fichier unique des allocataires sociaux avant la fin de l'année"; Selon lui, il s'agit là de "la meilleure façon de renforcer la lutte contre des fraudes sociales". "On saura exactement qui touche quoi. On pourra éviter les doublons et on s'apercevra des incohérences de versement" des prestations (indemnités d'arrêts maladie, allocations familiales, RSA...), a-t-il ajouté.

    Selon le ministre du Travail, la lutte contre la fraude sur les prélèvements (cotisations patronales et salariales non versées en raison du travail au noir) a permis de récupérer en 2010, au profit de l'Urssaf, "un peu plus d'un milliard d'euros, soit 10% de plus que l'année précédente".

    Lutter contre les profiteurs "du bas"

    Thierry Mariani, l’un des leaders de la Droite populaire, l’aile dure de l’UMP, entend par cette proposition lutter contre les profiteurs "du bas" de l’échelle sociale. Et pour lutter contre les profiteurs "du haut", Thierry Mariani se dit d’accord avec Xavier Bertrand, ministre du Travail, pour taxer les très hauts revenus financiers. "Je fais la différence avec les entrepreneurs, qui, eux, font progresser le pays. Contre ces situations abusives, en bas et en haut, notre position est équilibrée", estime le ministre du Transports.

     

    "Un mauvais coup aux Français les plus modestes"

    Dimanche la perspective de création d'un tel fichier avait encore peu fait réagir. Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche (PRG) et candidat à la primaire socialiste pour 2012, a tout de même déclaré : "la Droite 'populaire', jamais à court d'idées quand il s'agit de porter des mauvais coups aux Français les plus modestes, profite du calme de l'été pour entonner son refrain préféré: 'les pauvres sont des profiteurs'", affirme Jean-Michel Baylet dans un communiqué..

    En mai dernier, Laurent Wauquiez avait déclenché un tollé en dénonçant l’assistanat comme un "cancer de la société" , et en proposant de faire travailler bénévolement les bénéficiaires du RSA.


    votre commentaire
  • Mediator : Servier poursuivi pour escroquerie à la Sécu

     
    Copyright Reuters
    Copyright Reuters Copyright Reuters

    Le parquet de Paris va poursuivre le fabricant du médicament pour l'avoir commercialisé et fait rembourser au taux maximal de la Sécurité sociale (65 %) en tant qu'antidiabétique, alors qu'il s'agissait d'un coupe-faim. Servier risque jusqu'à un milliard d'euros de dommages et intérêts. Encore faudra-t-il que la volonté de nuire soit prouvée.

    La procédure judiciaire sur le Mediator rebondit. Le parquet de Paris va poursuivre le laboratoire, fabricant du médicament accusé d'avoir fait 500 à 2.000 morts en France, pour escroquerie au préjudice de la Sécurité sociale et des mutuelles.

    Cette nouvelle accusation, révélée samedi par Le Figaro et confirmée ce dimanche par une source judiciaire citée par l'AFP, s'ajoute aux deux informations judiciaires déjà ouvertes pour "tromperie aggravée" et "homicides et blessures involontaires".

    Concrètement, il est reproché à Servier d'avoir commercialisé et fait rembourser le Mediator au taux maximal de la Sécurité sociale (65%) entre 1976 et 2009 en tant qu'antidiabétique, alors qu'il s'agissait d'un anorexigène ("coupe-faim") comme l'a établi dès janvier le premier rapport d'enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas).

    "Servier aurait fait en sorte que son produit soit remboursé en tant que coupe-faim, c'est-à-dire en dehors de son indication de mise sur le marché (AMM)" explique à "La Tribune" une avocate parisienne. "En principe, un produit ne peut être remboursé quand il est prescrit hors-AMM. Mais les médecins doivent alors le préciser sur les ordonnances, ce qu'ils ne font quasiment jamais" relève-t-elle.

    L'accusation d'escroquerie pourrait être plus facile à étayer pour l'accusation que celle d'homicide, qui implique un lien de causalité établi scientifiquement entre les patients, pour la plupart déjà malades, et la prise du médicament. "Servier aurait pu se rendre compte que son produit était utilisé hors AMM au vu du grand nombre de prescriptions par rapport à la population visée par le produit" souligne l'avocate.

    Selon elle toutefois, "le terme d'escroquerie semble un peu fort, car il nécessitera de démontrer la volonté du laboratoire de nuire à à la Sécurité sociale en mettant en oeuvre des actions spécifiques".

    Or, si le Mediator a été remboursé au taux plein de la Sécurité sociale (65 %), c'est qu'un blanc-seing lui a été donné par les autorités de santé : dès 1999, soit dix ans avant son interdiction, le médicament était jugé inefficace par la Commission de la transparence, chargée en France d'évaluer l'intérêt médical des traitements. Huit ans plus tard, en mai 2006, ils concluaient de nouveau que le Mediator « ne présente pas d'intérêt en termes de santé publique ». Or à cette époque, le ministre de la Santé n'était autre que... Xavier Bertrand.

    Servier risquerait jusqu'à un milliard d'euros de dommages et intérêts si la totalité de la période de commercialisation du traitement, entre 1976 et 2009, était prise en compte, selon le Figaro.

    Contacté par "La Tribune", le laboratoire Servier n'a pas souhaité commenter ces informations.

    Cette nouvelle accusation interivent alors que le fonds public d'indemnisation des victimes du Mediator a été officiellement créé jeudi 4 août. Un décret paru au « Journal officiel » ouvre la voie à la prise en compte des premières demandes dès le 1er septembre 2011, via un guichet unique, géré par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam).

    Pour Servier, le prochain rendez-vous judiciaire aura lieu le 26 septembre, où il est cité à comparaître devant le Tribunal de Nanterre. Mais il ne devrait s'agir que d'une audience technique.

    Audrey Tonnelier - 07/08/2011, 12:03  | 


    votre commentaire
  • Rapport accablant de l'ONU pour l'industrie pétrolière en pays Ogoni
     

    Vue sur les côtes du pays Ogoni, au Nigeria.

    Vue sur les côtes du pays Ogoni, au Nigeria.
    DR PNUE
    Par François-Damien Bourgery

    Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a publié jeudi 4 août 2011 un rapport révélant les conséquences de cinquante ans d’exploitation pétrolière intense sur le pays Ogoni, au Nigeria. Nappes phréatiques et air pollués, végétation détruite, les résultats de l’étude sont particulièrement alarmants, tant pour l’environnement que la population. Selon le rapport, il faudra près de 30 ans pour tout nettoyer.

    C’est une étude sans précédent et ses conclusions sont effrayantes. Durant plus d’un an, l’équipe du Programme des Nations unies pour l’environnement s’est installée en pays Ogoni, dans le sud-est du delta du Niger, pour y observer les conséquences de l’exploitation pétrolière dans la région. Pas moins de 200 sites et 122 kilomètres d’oléoducs ont été étudiés, 4 000 échantillons analysés, plus de 5 000 dossiers médicaux examinés à la loupe et 23 000 personnes interrogées lors de réunions publiques locales.

    Le bilan de ce rapport publié jeudi 4 août 2011 est sans appel : l’impact du pétrole sur l’environnement a été désastreux. A de nombreux endroits, les mangroves sont dépourvues de feuilles et de tiges, et les racines recouvertes d’une épaisse couche de substance bitumée. L’eau de surface des criques dans tout le pays Ogoni et dans ses environs contient des hydrocarbures, variant entre une épaisse couche d’huile noire et de légers reflets. Sans parler des conséquences pour les populations. Les puits souillés et l’air pollué affectent la qualité de vie de près d’un million de personnes. Dans l’ouest du pays Ogoni par exemple, des familles boivent de l’eau provenant de puits contaminés par du benzène, un cancérigène reconnu, à un niveau 900 fois supérieur à celui que préconise l’Organisation mondiale de la Santé. Dans la nappe phréatique alimentant ces puits, les chercheurs du PNUE ont découvert une épaisse couche de pétrole raffiné, liée à une fuite datant d’au moins six ans d'un oléoduc.

    Ibrahim Thiaw

    Employé au Programme des Nations Unies pour l'environnement et coordinateur du rapport

    C'est une situation très grave où des populations sont exposées à des risques extrêmement élevés et n'ont pour seul tort que de vivre dans une zone riche en ressources naturelles.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique