• Grand rassemblement à Berlin contre l'antisémitisme

     

    Créé le 14/09/2014 à 16h00 -- Mis à jour le 14/09/2014 à 16h10
    <aside>"Israël nous sommes avec toi" est écrit sur une pancarte brandie par des manifestants lors du rassemblement géant à Berlin contre l'antisémitisme à Bertin, le 14 septembre 2014

    "Israël nous sommes avec toi" est écrit sur une pancarte brandie par des manifestants lors du rassemblement géant à Berlin contre l'antisémitisme à Bertin, le 14 septembre 2014 JOHN MACDOUGALL AFP

    </aside>

    Sous le slogan "plus jamais de haine des Juifs", plusieurs milliers ...

    Berlin - Sous le slogan «plus jamais de haine des Juifs», plusieurs milliers de personnes, dont la chancelière Angela Merkel, étaient attendues dimanche à Berlin, pour dénoncer la montée des violences antisémites en Europe dans le sillage du conflit israélo-palestinien.

    Organisé par le Conseil central des juifs en Allemagne, ce grand rassemblement doit avoir lieu dans l'après-midi devant la Porte de Brandebourg, en plein centre ville et à quelques centaines de mètres du Mémorial de l'Holocauste, près de 70 ans après la chute du IIIe Reich.

    «On a pu entendre et voir cet été en Europe, et même dans les rues allemandes, des slogans, tels que 'les Juifs sont des meurtriers d'enfants' ou 'gazer les juifs'», a constaté Ronald Lauder, président du Congrès juif mondial (WJC), dans une contribution publiée dimanche par le journal populaire allemand Bild am Sonntag.

    «C'était un choc pour beaucoup de Juifs. Dans le sillage des critiques contre Israël s'exprimait soudain au grand jour de l'antisémitisme pur», a-t-il ajouté, la veille d'une réunion annuelle du WJC dans la capitale allemande.

    Ces slogans antisémites entendus dans les cortèges cet été avaient été aussitôt condamnés par Mme Merkel, dans un pays toujours marqué par la Shoah et les crimes de la dictature nazie. En Allemagne, aucune dérive violente --comme ce fut le cas notamment en France-- n'avait été constatée.

    Il y a une semaine, quelques jours avant de célébrer au Parlement allemand les 75 ans du début de la Seconde Guerre mondiale, la chancelière, âgée de 60 ans, avait souligné «la responsabilité perpétuelle» des Allemands vis-à-vis de leur histoire.

    «Ces 25 dernières années, il y a eu une renaissance de la communauté juive en Allemagne. Elle doit continuer», a martelé M. Lauder dans les colonnes de Bild am Sonntag.

    Ce renouveau de la communauté juive était d'ailleurs l'une des raisons qui avait poussé le WJC à choisir Berlin pour sa rencontre annuelle, avant les événements à Gaza et les dérapages antisémites de l'été en Europe.

    Actuellement environ 200.000 juifs vivent en Allemagne, ce qui fait de cette communauté la troisième d'Europe, derrière la Grande-Bretagne et la France. Une situation impensable après la chute du IIIe Reich: en 1950, seuls 15.000 juifs vivaient encore en Allemagne, contre 560.000 en 1933.

    Après la chute du mur de Berlin en 1989, l'Allemagne, en raison de sa responsabilité historique, avait offert la possibilité aux Juifs originaires des pays de l'ex-Union soviétique de venir s'installer chez elle.

    «Le mélange pacifique des cultures, religions et peuples nécessite des efforts constants», a remarqué pour sa part le vice-chancelier social-démocrate Sigmar Gabriel avant le rassemblement auquel il participera mais où il ne prononcera pas de discours, contrairement à Angela Merkel, qui doit s'exprimer à 14H30 GMT.

    Selon le rabbin Daniel Alter, chargé de l'antisémitisme pour la communauté juive à Berlin, les sentiments antijuifs ont considérablement progressé en Allemagne ces dernières années, même s'ils restent en retrait comparé à la Grèce, la Hongrie ou la France. «Dès qu'il y a une escalade du conflit israélo-palestinien, on peut observer une haine des Juifs qui se manifeste ouvertement dans les rues allemandes», avait-il dit.

    En France, le nombre d'actes antisémites a presque doublé (+91%) pendant les sept premiers mois de 2014, avec une accélération en juillet.

    Selon un rapport présenté il y a quelques années au Bundestag, cité par M. Alter, un antisémitisme larvé se trouve chez un quart de la population allemande. Un chiffre qui monte à 50% dans la communauté musulmane (qui comptabilise 4 millions de personnes, la plupart originaires de Turquie).

    Dimanche, le musée juif de Bruxelles rouvre ses portes, plus de trois mois après la tuerie qui a coûté la vie à quatre personnes et pour laquelle Mehdi Nemmouche, un Franco-Algérien soupçonné d'avoir un temps rejoint l'Etat islamique en Syrie, est aujourd'hui inculpé en Belgique.


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  • Le jaguar, roi menacé du Pantanal brésilien

    SOCIETE | vendredi 12 septembre 2014 à 22h11

    • <article><header>Les premiers rayons du soleil percent sur le Pantanal brésilien, la plus grande zone humide de la planète. Tapi au milieu de savanes inondées, ici règne - mais pour combien de temps encore ? - le redouté jaguar.</header><aside>
      Un jaguar

      Un jaguar - Mauricio Lima

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      Mâchoires roses grandes ouvertes, un groupe de caïmans se prélasse sur la rive du Rio Paraguay. Une capibara, le plus gros rongeur de la planète, allaite ses cinq petits.

      Il est cinq heures et demi du matin. Le spécialiste de l'environnement américain Douglas Trent s'apprête à naviguer des dizaines de kilomètres sur les infinis cours d'eau de cette gigantesque plaine peuplée d'une faune exubérante.

      "Si nous voulons que dans 50 ou 100 ans il y ait encore des jaguars, nous devons préserver le Pantanal", explique Drent, chercheur principal du projet "Animaux du Pantanal".

      Un iguane vert escalade un arbre au milieu de la végétation luxuriante bordant le fleuve. Dans le ciel, surgit avec élégance un tuyuyu, l'oiseau symbole du Pantanal, avec son mètre et demi d’envergure et son cou rouge.

      Menacé d'extinction dans plusieurs régions, ce cousin de la cigogne a trouvé refuge dans ce fragile et richissime écosystème s'étendant sur 210.000 km2 - plus du double de la superficie du Portugal - entre le Brésil et, dans une moindre mesure, le Paraguay et la Bolivie.

      Ce sanctuaire est la terre de prédilection du jaguar, le plus grand félin des Amériques, menacé d'extinction par la chasse et le développement des activités humaines.

      La dent du jaguar

      Douglas Trent, 57 ans, diplômé de sciences de l'environnement, s'est installé dans la région en 1980, avec en tête un projet de tourisme écologique.

      Un jour, en signe d'amitié, un habitant lui a offert une dent d'un jaguar qu'il avait chassé.

      "J'ai compris que si la population locale ne connaissait pas ses richesses naturelles et n'en tirait pas un profit économique, elle n'en prendrait pas soin", explique-t-il.

      "Si je t'aide à entrer dans le tourisme écologique, tu arrêtes de chasser les jaguars ?", proposa-t-il alors à l'habitant.

      Les populations locales ont fini par prendre en main ce projet.

      Et le scientifique américain s'occupe désormais de ce qui lui plaît le plus : documenter la faune du Pantanal pour œuvrer à sa préservation et aider ses habitants à développer d'autres projets respectueux de la nature.

      Il part à la recherche d'un couple de jaguars, aperçu il y a quelques jours sur une plage de la rivière en plein rituel d'accouplement.

      Avec son intense regard jaune, le jaguar du Pantanal peut peser jusqu'à 200 kg. Habile grimpeur, cet animal féroce, entouré de croyances mystiques, suscite crainte et admiration dans cette région dédiée à la pêche et à l'élevage. Bien que rarement, il s'attaque parfois à l'homme.

      Certaines tribus de l’ouest de l’Amazonie voyaient en lui la réincarnation d’un sorcier défunt. Aujourd’hui encore, les chamans des Indiens Guajiros disent se transformer en jaguar pour communiquer avec l'au-delà.

      Un bras dans la gueule

      Joao Pires de Souza a été attaqué par un jaguar il y a six mois dans l'exploitation où il travaille. "Il venait de tuer un caïman et a dû croire que je voulais m'emparer de sa proie", explique-t-il.

      "Je me suis armé de courage et je l'ai affronté en criant. Il a foncé directement sur moi. Quand il a bondi, je lui ai mis mon bras dans la gueule. Si j'avais tenté de fuir, il m'aurait attaqué dans le dos et je serais mort", raconte l'ouvrier agricole.

      Joao doit sa survie à son chien fidèle, "Brasao", un bâtard de taille modeste qui s'est jeté sur le félin et l'a distrait, le temps qu'accourent d'autres employés de la fazenda.

      Les mâchoires du félin ont brisé les os de son avant-bras. Il a fallu plusieurs chirurgies pour les reconstruire.

      "C'est un très bel animal mais il est mauvais", affirme Silvio Francisco Cardoso, 72 ans, qui vit dans une baraque en planches au bord du fleuve, avec une machette pour toute arme.

      Un jour, raconte-t-il, un jaguar a sauté sur sa table pour emporter son repas. "Après, il m'observait depuis l'autre rive. Il considère qu'ici, c'est son territoire".

      La chasse au jaguar, très prisé pour sa peau tachetée, a décimé l'espèce. Elle est interdite depuis 1979.

      Les membres du projet "Animaux du Pantanal" ont observé récemment jusqu'à 51 jaguars différents dans le Pantanal de la commune de Caceres, dans l'Etat du Mato Grosso. Une bonne nouvelle pour cette espèce solitaire qui a besoin pour survivre et se reproduire de grands territoires dotés d'une végétation et d'une faune très bien préservées.

      La protection du Pantanal passe par la protection du jaguar, affirme l'ONG internationale de défense de l'environnement WWF.

      Le Pantanal a conservé 85% de sa surface végétale, selon le ministère brésilien de l'Environnement.

      Mais le règne de sa majesté jaguar y est menacé par le développement de l'agriculture et de l'élevage, les projets d'infrastructures, la déforestation et les incendies.

      AFP

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    « Le pouvoir exorbitant des multinationales peut être l’un des nouveaux visages du despotisme »

    PAR IVAN DU ROYOLIVIER PETITJEAN<time datetime="2014-07-15T04:00:00Z" itemprop="datePublished" pubdate="pubdate"> 15 JUILLET 2014</time>

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    Une loi sur le « devoir de vigilance » des multinationales est en préparation. L’objectif : rendre responsables les grands groupes français des atteintes aux droits humains et à l’environnement qui pourraient être constatées dans leurs filiales et leurs chaînes d’approvisionnement. Soutenue par des députés du PS, écologistes, du Front de gauche, et par plusieurs organisations de défense des droits humains, la proposition de loi est combattue par le Medef. « Si les entreprises sont aussi vertueuses qu’elles le prétendent, cela doit pouvoir se vérifier », estime son initiateur, le député socialiste Dominique Potier. Entretien.

    Dominique Potier est député socialiste de la 5e circonscription de Meurthe-et-Moselle depuis les élections de juin 2012, remportées face à Nadine Morano. Agriculteur-exploitant de profession, il a signé l’« Appel des 100 » députés socialistes pour plus d’emploi et de justice sociale. Avec ses collègues Danielle Auroi (EELV) et Philippe Noguès (PS), il est à l’origine d’une proposition de loi sur le « devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre » (lire le texte de loi).

    « Il s’agit de responsabiliser ainsi les sociétés transnationales afin d’empêcher la survenance de drames en France et à l’étranger et d’obtenir des réparations pour les victimes en cas de dommages portant atteinte aux droits humains et à l’environnement », prévoit la proposition de loi. Très soutenue par les ONG de défense des droits humains, elle est combattue par le Medef. Dominique Potier et ses collègues espèrent que le projet sera débattu d’ici la fin de l’année, malgré les réserves du gouvernement et la réticence du ministère de l’Économie et des Finances.

    Basta ! : Travailler sur la responsabilité des multinationales est plutôt rare dans l’Hémicycle. Pourquoi vous êtes-vous saisi de ce sujet ?

    Dominique Potier : C’est par fidélité à mes engagements passés au sein de la mouvance du « christianisme social » de la gauche. Avant d’être député, j’ai été militant au sein du Mouvement rural de Jeunesse chrétienne (MRJC) et du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD). Lors des élections de 2012, j’avais signé le « Pacte pour une terre solidaire », une plateforme de 16 propositions élaborées par le CCFD (à consulter ici), qui portent notamment sur la lutte contre les paradis fiscaux, la souveraineté alimentaire, la protection des migrants et sur la responsabilisation des multinationales en matière de droits de l’homme. Suite à mon élection, j’ai repris contact avec eux pour donner effet à ces propositions, ce qui nous a conduit à cibler la question de la responsabilité des sociétés mères vis-à-vis de leurs filiales et sous-traitants.

    Vous êtes l’un des seuls hommes politiques français à vous être exprimé publiquement sur l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh, en avril 2013, ou le recours au travail esclave dans la chaîne d’approvisionnement en crevettes de Carrefour en Thaïlande (juin 2014) [1]…

    La semaine où j’ai demandé au groupe PS de poser une question orale sur le Rana Plaza, c’était la troisième fois que nous abordions dans l’Hémicycle l’affaire des affrontements entre supporters du PSG et forces de l’ordre sur l’esplanade du Trocadéro [en mai 2013, ndlr]. C’est une illustration de l’insoutenable légèreté de notre vie politique, qui fait d’un incident un fait majeur, et qui ne perçoit pas les véritables scandales, révélateurs d’un monde à la dérive, comme le Rana Plaza.

    Sur le plan médiatique, en revanche, il y a eu, au moment du drame, puis à l’occasion de son premier anniversaire il y a deux mois, énormément de reportages, souvent de bonne qualité, sur le secteur textile au Bangladesh. Je ne pense pas qu’il reste beaucoup de Français qui n’aient pas été informés, à un moment ou un autre, sur les conditions de travail dramatiques et les salaires de misère des ouvrières qui fabriquent des vêtements pour les grandes marques occidentales. Ces reportages ont parfois fait le lien avec notre proposition de loi, mais pas suffisamment. Or celle-ci constitue bien un début de réponse à de telles situations, puisqu’elle vise à responsabiliser les donneurs d’ordres et les sociétés mères vis-à-vis des atteintes aux droits fondamentaux à l’autre extrémité de leurs chaînes d’approvisionnement. Nous avions d’ailleurs commencé à travailler sur cette proposition de loi avant l’effondrement du Rana Plaza : le problème avait déjà été identifié, notamment par les ONG, mais ce drame a servi de révélateur.

    Comment expliquer ce silence des politiques alors que trois marques françaises – Carrefour, Auchan et Camaïeu – étaient impliquées dans le drame du Rana Plaza ?

    Cela renvoie à une question fondamentale : pourquoi la gauche ne s’investit-elle plus sur ces sujets ? Pourquoi ne s’intéresse-t-elle plus aux plus fragiles, ici ou ailleurs ? Nous avons le même problème quand il s’agit d’évoquer le quart-monde en France. En octobre dernier, Claude Bartolone a organisé une journée sur la pauvreté à l’Assemblée nationale, mais très peu de députés se sont déplacés pour écouter les militants et les personnes précaire venus témoigner. La gauche semble avoir oublié ce qui était l’un de ses moteurs d’indignation et de révolte les plus fondamentaux. Avec quelques autres, j’ai fondé un cercle politique inspiré de la pensée des philosophes Emmanuel Mounier, Paul Ricœur et Emmanuel Levinas appelé « Esprit civique ». Nous venons de rédiger un manifeste qui évoque ce « décrochage » de la gauche vis-à-vis des plus vulnérables.

    L’autre facteur qui explique ce silence est le sentiment d’impuissance, dès lors que nous semblons avoir accepté la vision dominante de l’ordre international, faite de compétition et de mondialisation à marche forcée. Nous acceptons d’emblée le terrain que nous impose le néolibéralisme, comme s’il n’existait pas d’autre logique possible. On se contente de mettre en avant une notion assez floue et assez naïve de « patriotisme économique ». La réponse à la mondialisation, ce n’est pas de ne penser qu’à soi. En ce début de 21ème siècle la question n’est pas de savoir si nous sommes pour ou contre l’entreprise ou la mondialisation, l’enjeu est de rendre ces dynamiques « vivables » autour d’un concept étonnamment moderne, celui de la loyauté.

    Il y a aussi une incapacité de penser l’Europe et le monde au sein de la gauche, qui va de pair avec la perte d’attention pour les plus fragiles. Qui parle de Lampedusaaujourd’hui ? Pas le Parti socialiste. De même, on réduit les crédits alloués à l’Agence française de développement (AFD). Certes, il y a beaucoup à dire sur le fonctionnement de l’AFD. Nous avons d’ailleurs introduit dans la loi Canfin des dispositions qui pourraient amener des changements importants. Mais dans une optique de stratégie de coopération avec l’Afrique sub-saharienne, ces crédits auraient dû être doublés en réponse au défi de l’immigration.

    En quoi la proposition de loi que vous avez présentée contribue-t-elle à « civiliser » la mondialisation ? Les grandes entreprises françaises prétendent toutes qu’elles promeuvent déjà les droits de l’homme, et qu’elles ont déjà mis en place toutes les procédures pour veiller à leur respect.

    La proposition de loi ne vise pas ceux qui font bien, mais ceux qui trichent. Il s’agit de pouvoir identifier les fautes de ceux qui ne respectent pas les règles, et de les éliminer du jeu. Et pour cela, il faut rendre possible une sanction judiciaire. Il suffit de penser à ce qui se passe sur la route. Vous trouverez toujours des gens pour affirmer qu’il n’y a nul besoin de radars et de contrôles, et que l’on peut faire confiance aux automobilistes pour se respecter les uns les autres. La réalité, c’est qu’il y a bien des chauffards, et qu’il faut pouvoir les identifier. Si les entreprises sont aussi vertueuses qu’elles le prétendent, cela doit pouvoir se vérifier. Lorsqu’elles affirment vendre du bœuf, on doit pouvoir vérifier que ce n’est pas du cheval. Il en va de même lorsqu’elles assurent offrir des conditions de travail dignes à leurs fournisseurs.

    Plus concrètement, la proposition de loi vise à instaurer un « devoir de vigilance » des grandes entreprises quant à leur responsabilité sociale et environnementale. Ce devoir de vigilance pourra être mis en cause en cas d’atteinte grave et continue aux droits fondamentaux. Contrairement à ce que prétend un certain patronat, il ne s’agit pas de multiplier les procès pour des motifs futiles ou des accidents inopinés. En cas de problème grave – le Rana Plaza ou le scandale de la crevette thaïlandaise de Carrefour en sont des exemples –, le juge pourra demander à l’entreprise de prouver qu’elle a effectivement mis en œuvre son devoir de vigilance. En cas de manquement, elle pourra être reconnue fautive.

    La mise en œuvre de ce devoir de vigilance prend différentes formes. Suite au drame du Rana Plaza par exemple, plusieurs entreprises se sont associées à un « Accord sur la sécurité des usines » [lire notre article], qui inclut des engagements concrets de la part des donneurs d’ordre. Une entreprise qui souscrit à ce type d’accord et le met effectivement en œuvre prouvera alors qu’elle a exercé son devoir de vigilance. C’est ce qu’avait souligné l’économiste Armand Hatchuel dans Le Monde : plutôt que de devoir se justifier individuellement, les entreprises seront encouragées à s’acquitter de leurs obligations en adhérant à des formes de sécurité collective par filière ou par pays.

    Il existe déjà des dispositifs similaires dans le domaine de la santé et la sécurité au travail : l’employeur a un devoir d’assurer la sécurité de ses employés, sous peine, en cas de manquement grave, que la faute inexcusable de l’employeur soit reconnue. S’agit-il du même principe ?

    Tout à fait. Nous avons travaillé avec des juristes, et tous ont signalé l’existence de principes similaires dans d’autres domaines ou dans d’autres législations nationales. Sur le plan philosophique, l’essentiel du droit français et européen s’est bâti sur la défense de l’individu contre le despotisme. D’où l’importance du droit de propriété et des droits individuels en général. Aujourd’hui, le monde a changé, le danger a changé de visage. Le pouvoir exorbitant des multinationales, associé à une grande irresponsabilité juridique, peut être l’un de ces nouveaux visages. Il nous faut donc inventer un nouveau droit à l’échelle internationale qui puisse protéger les populations – des groupes et pas seulement des individus – face à la toute-puissance des multinationales. On retrouve le même enjeu à propos de la souveraineté alimentaire et la propriété des terres, ou encore du droit du vivant. Il s’agit de réinventer un droit qui protège nos biens communs à l’échelle de la planète, pour éviter leur privatisation, leur fragmentation. Cela doit être un combat majeur de la gauche.

    Ceux qui critiquent la proposition de loi estiment qu’elle va nuire à la compétitivité des entreprises françaises au niveau international, particulièrement si la France avance seule, et qu’il serait plus pertinent d’agir à l’échelon européen. Que leur répondez-vous ?

    L’Europe avance sous l’impulsion des nations qui la composent. L’histoire montre qu’il peut y avoir des cercles vertueux, notamment si l’on tient compte du poids des opinions publiques. On peut imaginer que l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne suivent le mouvement, et que nous obtenions une majorité à l’échelle communautaire, comme cela a été le cas sur le travail détaché. Mais nous entendons toujours les mêmes discours, selon lesquels nos entreprises vont perdre en compétitivité dès lors que leurs concurrents anglo-saxons ou asiatiques ne seront pas soumis aux mêmes règles. C’est le contraire qui est vrai. Pour diverses raisons – plus grande sensibilité à l’opinion publique, héritage des traditions humanistes dans la culture des dirigeants –, les entreprises françaises et européennes font un peu mieux que leurs compétiteurs en terme de respect des droits fondamentaux. Ou font au moins semblant de se préoccuper de leurs impacts. Il est possible d’en faire une arme. La France et ses entreprises pourraient dire : « Nous sommes dans la mondialisation, en respectant des règles qui tirent la mondialisation vers le haut, et nous avons un peu d’avance dans ce domaine. »

    Les représentants des grandes entreprises ne cachent pas leur opposition résolue à la proposition de loi, et semblent avoir l’oreille d’une partie du gouvernement. Où en est-on politiquement quant à la possibilité de son adoption ?

    C’est une loi qui peut rassembler la majorité. Elle est soutenue par quatre groupes parlementaires. Ce qui est une bonne nouvelle dans la situation actuelle. Nous pensons que son examen par l’Assemblée pourra avoir lieu d’ici la fin de l’année.

    Cette proposition de loi ne vient-elle pas à contre-courant au vu de la politique économique actuelle du gouvernement, qui multiplie les concessions aux entreprises ? Nous avons l’impression que celui-ci attend tout de « l’entreprise » (conçue en un sens très réducteur), au détriment de cette « autre économie » qui fait partie de la tradition de la gauche : coopératives, économie sociale et solidaire, associations, services publics…

    Il faut nuancer. Ce gouvernement a fait adopter plusieurs lois qui constituent des avancées très importantes pour cette autre économie dont vous parlez. Il suffit de penser aux lois Hamon sur la consommation et sur l’économie sociale et solidaire, ou à la loi d’avenir agricole. Malheureusement, ce n’est pas ce qui est le plus audible aujourd’hui. On entend surtout un discours anti-impôts, un discours sur la compétition. On prend ainsi le risque de la régression sur le plan culturel. Tout ceci est en train de ruiner l’espérance des gens, comme l’ont montré les élections européennes.

    En même temps qu’un effort de rigueur sur les finances publiques dans la mesure où c’était nécessaire, la gauche aurait pu aussi chercher à mobiliser les forces citoyennes du pays, celles de l’économie sociale et solidaire, du milieu associatif, et même de certains milieux d’entrepreneurs. Beaucoup de Français sont déjà dans des choix de vie de ce type. Moi-même, je suis membre d’une coopérative agricole. Il y a une prise de conscience grandissante de l’impasse du modèle consumériste actuel. Mais au lieu de demander à cette France innovante de se positionner en acteurs de changement, nous essayons vainement de montrer que nous sommes les « bons élèves » de l’austérité, sans chercher à mettre en avant un modèle alternatif de développement.

    Le Conseil des droits de l’homme de l’Onu vient de lancer un processus pour élaborer des normes internationales contraignantes sur la responsabilité des multinationales en matière de droits humains. Que pensez-vous de la position de la France qui, comme toute l’Union européenne, a voté contre ce processus ?

    Je n’ai pas connaissance de tous les termes du débat, mais je suis a priori favorable à un tel processus, et je souhaite que la position de la France ne soit pas définitive.

    Propos recueillis par Olivier Petitjean et Ivan du Roy

    Photo : CC Peter Kirkeskov Rasmussen

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    Notes

    [1] Lire la tribune de Dominique Potier et d’Edouard Martin dans Libération, et notre articleCommerce de la crevette : des sous-traitants de Carrefour accusés de recourir au travail esclave.

    •  
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    Brésil: les Sans-Toit renoncent à manifester

    contre le Mondial

    AFP<time datetime="2014-06-10T22:25:44" itemprop="datePublished"> 10 JUIN 2014 À 22:22</time>
    <aside> </aside><figure itemscope="" itemtype="http://schema.org/ImageObject">

    Un cordon de police à Sao Paulo au Brésil, le 9 juin 2014, lors d'une manifestation des membres du Mouvement des sans-toit et des employés de métro

    <figcaption itemprop="description">Un cordon de police à Sao Paulo au Brésil, le 9 juin 2014, lors d'une manifestation des membres du Mouvement des sans-toit et des employés de métro (Photo Nelson Almeida. AFP)</figcaption></figure>
     
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    Le Mouvement des travailleurs sans-toit (MTST), qui revendique des logements sociaux et a organisé plusieurs manifestations contre le Mondial au cours des derniers mois, s’est engagé à mettre fin au mouvement après avoir négocié avec le gouvernement la construction de maisons.

    «Le mouvement n’est pas contre la Coupe et nous n’avons pas la moindre intention de gêner. Nous ne ferons pas de manifestations ni contre le Mondial, ni pendant» le Mondial, a déclaré mardi à l’AFP une porte-parole du mouvement, Jussara Basso.

     

    Le MTST, le bras urbain du Mouvement des paysans sans-terre, a négocié lundi soir avec le secrétaire général de la République, Gilberto Carvalho, et a réussi à obtenir des facilités d’accès au programme de construction de logements populaires «Ma maison, Ma vie» du gouvernement brésilien.

    Le mouvement à obtenu également que le gouvernement de l’Etat de Sao Paulo et les autorités de Brasilia s’engagent à construire des maisons populaires sur le terrain que le MTST avait occupé illégalement début mai dans la mégapole du Brésil, qui compte 20 millions d’habitants avec la proche banlieue.

    L’occupation de ce terrain à quelques kilomètres du stade Arena Corinthians (ou Itaquerao) de Sao Paulo qui recevra jeudi le match inaugural Brésil-Croatie avait reçu le nom de «Coupe des peuples» parce que des milliers de familles y avaient installé des baraques précaires en planches.

    Le MTST a organisé plusieurs manifestations le mois dernier dans les rues de Sao Paulo pour critiquer les sommes publiques (11 milliards de dollars) investies dans l’organisation du Mondial.

    Comme le MTST, plusieurs groupes sociaux et syndicats ont entamé des mouvements de grève ou de protestations dans les rues, profitant de la visibilité du pays à l’approche du Mondial pour mettre les autorités sous pression et faire entendre leurs revendications.

    AFP

    A voir également sur ce thème : VIDEO


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  • VIDEO. Une manifestation a rendu hommage à Clément Méric tué par des skinheads

     

    Publié le 07.06.2014, 17h46 | Mise à jour : 08.06.2014, 00h20

    lien 
     
    Des milliers de manifestants anti-fascistes, place de la Bastille, pour rendre hommage à Clément Méric, tué lors d'une rixe avec des Skinheads.

    Des milliers de manifestants anti-fascistes, place de la Bastille, pour rendre hommage à

    Clément Méric, tué lors d'une rixe avec des Skinheads. | JACQUES DEMARTHON

     
    Plusieurs milliers de personnes, 3.500 selon la police, se sont rassemblées, samedi, à Paris, en mémoire de 
    Clément Méric, militant d'extrême gauche mort il y a un an à l'issue d'une bagarre avec des skinheads. Le cortège, mené par des «militants antifascistes», a quitté la place de la Bastille en direction de la place Gambetta au nord-est de la capitale. <btn_noimpr> </btn_noimpr> Le long du parcours, de nombreux commerçants avaient baissé leur rideau. 

    A la tête du cortège, composée de militants «antifascistes» aux visages souvent dissimulés par des foulards, cagoules ou lunettes noires, s'était placée derrière une banderole «Plus que jamais combattons l'extrême droite». «Clément, Clément, an-ti-fa» ou «Oui, Clément était un camarade», ont scandé des membres de l'Action antifasciste. D'autres manifestants, derrière une banderole «Ni oubli, ni pardon», criaient fort «on pardonne pas, on n'oublie pas».

    Mort à 18 ans

    Plusieurs mouvements avaient appelé à manifester, notamment le Front de gauche et des syndicats, mais aussi la CNT, Alternative libertaire ou encore l'union nationale des sans-papiers. Au delà du souvenir de Clément Méric, mort à 18 ans, beaucoup étaient présents pour marquer leur opposition au Front national. 

    Des centaines de personnes ont rendu hommage à Clément Méric


    «Clément était un ami, un camarade. Il a été assassiné il y a un an par des militants néo-nazis. Aujourd'hui, c'est un moment en son honneur mais aussi un moment de lutte», a expliqué à l'AFP Ihn, jeune militant ne souhaitant pas donner son nom de famille. Interrogé sur les résultats du FN aux élections européennes de mai dernier, il affirme: «Nous n'avons pas attendu cette montée pour avoir un sursaut». Sophie, 25 ans, en robe rouge et lunettes de soleil, est venue honorer la mémoire de Clément Méric «et parce qu'au vu de la montée de l'extrême droite, c'est important d'être dans la rue». 

    Quatre mises en examen

    Clément Méric est mort le 5 juin 2013 au lendemain d'une rixe à Paris entre skinheads et militants d'extrême gauche. Quatre hommes sont mis en examen dans cette affaire, dont deux sont en détention provisoire, poursuivis pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
     

     

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    LeParisien.fr 


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