• Michelle Yeoh, grande dame

    Michelle Yeoh, grande dame

    Publié le dimanche 27 novembre 2011 à 11H00


    « J'ai rencontré Aung San Suu Kyi alors que le tournage

    « J'ai rencontré Aung San Suu Kyi "

    Non-violente. Dans « The lady », Michelle Yeoh incarne Aung San Suu Kyi qui s'est dressée contre la junte militaire en Birmanie. L'ex James Bond girl, spécialiste des films d'arts martiaux, réalisant elle-même ses cascades auprès de Jackie Chan, se trouve à l'origine du projet qu'elle a soumis à Luc Besson.

    Le projet de « The lady », le nouveau film de Luc Besson qui sort mercredi prochain, vient de vous. Comment est-il né ?
    L'idée de faire ce film est née il y a quatre ans. J'ai lu un article sur Aung San Suu Kyi, une femme birmane qui, après avoir quitté son pays, y est revenue pour se lancer dans la politique en opposition à la junte militaire. J'ai appelé mon agent en lui disant que, s'il voulait garder sa place, il fallait qu'il m'obtienne ce rôle. Je me suis rappelée d'elle car elle m'avait marquée dans le passé.

    Pour quelle raison ?
    Cette Birmane est une héroïne pour les femmes en Asie. Quand elle a obtenu le prix Nobel de la Paix en 1991, cet événement a été très particulier pour nous là-bas. Mais, pendant des années, la junte birmane a fait oublier son histoire. Elle s'est retrouvée complètement isolée, assignée en résidence, loin de sa famille, de son mari et de ses deux fils qui se trouvaient en Angleterre. Mais elle ne voulait pas partir pour les voir même quand son mari est tombé malade car elle n'aurait pas été autorisée à revenir en Birmanie. Elle me fascine car je me demande comment une personne peut avoir autant de courage pour faire face à des fusils, en ayant une philosophie de la non-violence.

    Partagez-vous cette philosophie ?
    Oui car je suis bouddhiste. Aung San Suu Kyi pense que la violence engendre la violence. Si on impose la démocratie par la violence, la guérison prendra un temps énorme. Regardez la Libye. Le pays mettra beaucoup de temps à se remettre.
    « Je suis née bouddhiste »

    Comment s'est faite votre rencontre avec le bouddhisme ?
    Je suis née bouddhiste car mes parents le sont. Mais, après, il faut savoir pratiquer cette religion au quotidien par le dialogue et la compassion.
    Pourquoi êtes-vous allée trouver Luc Besson pour réaliser ce film ?
    Au départ, je suis allée le voir pour avoir ses conseils même si je lui ai demandé depuis dix-sept ans de faire un film avec moi. Nous sommes très bons amis avec Jean Todt, ma moitié. Je voulais savoir notamment comment régler les questions de droit car on n'avait aucun contact avec cette femme. Mon producteur se trouvait en Angleterre et le scénario avait été écrit par sa femme. Luc a compris que cette histoire était très importante pour moi et il s'est décidé à réaliser ce film en me disant qu'il avait dix-huit mois libres devant lui.
    « Il ne suffisait pas de lui ressembler dans la façon de marcher et de parler »

    Vous incarnez une femme à qui vous ne ressemblez pas, qui plus est sur une dizaine d'années. Comment vous êtes-vous préparée physiquement ?
    Il fallait que je lui ressemble car elle est très connue. J'ai par exemple porté de fausses oreilles et des lentilles pour avoir les yeux plus clairs. Il a fallu aussi que je perde cinq à six kilos. Quand, pour la première fois, j'ai rencontré Kim, l'un de ses deux fils, il m'a dit que sa mère était plus mince que moi. Je ne suis pourtant pas épaisse ! Mais une autre difficulté s'est présentée car, entre 1988 et 1995, sa démarche et sa gestuelle ont évolué légèrement tout comme ses rapports avec les autres. Sur le tournage, il fallait être très réactif car on pouvait tourner une scène se passant en 1988 le matin puis en 1995 l'après-midi et revenir en 1989 le soir pour des raisons de climat ou de décor.
    Mais comment avez-vous habité votre personnage de l'intérieur ?
    J'ai visionné deux cents heures d'images publiques sur elle mais je n'avais rien sur sa vie familiale. On a eu très peu de photos. J'ai lu tout ce qui avait été écrit sur elle, sur son père qui a été un héros de l'indépendance birmane, assassiné en 1947, sur la Birmanie. J'ai lu aussi des textes d'elle. J'ai compris qu'il ne suffisait pas de lui ressembler dans la façon de marcher et de parler mais elle fait passer aussi énormément de choses par ses yeux. J'ai cherché à savoir ce qui se passait à l'intérieur d'elle. J'ai regardé les films sur elle, quelquefois sans le son. J'ai étudié ses petites hésitations et ses moments de pause qui en disent long.
    Avez-vous appris le birman pour ce rôle ?
    Oui mais cela a été une grande difficulté. Au départ, j'ai bien cru que je n'y arriverais jamais. Mais il fallait que je le parle parfaitement. J'ai pris des cours pendant trois semaines avec une prof. Je me suis aussi familiarisée avec la langue grâce aux figurants qui venaient de Birmanie. Il y en avait trois cents.
    Avez-vous rencontré Aung San Suu Kyi ?
    Je l'ai rencontrée en décembre alors que le tournage se terminait en Thaïlande. J'ai eu le privilège de la voir car toutes les autres demandes de visa avaient été refusées. Luc Besson était inquiet car il craignait que je sois retenue là-bas.
    Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre ?
    C'est un très grand souvenir car elle est une idole pour moi. Quand je suis arrivée chez elle, je me suis retrouvée dans une pièce dont les murs sont couverts de livres. Ils ont été ses compagnons depuis vingt ans. J'ai vu aussi des photos de ses enfants, de Michael son mari et d'elle que je n'avais pas pu voir pour le tournage. Je les regardais lorsqu'elle est entrée. Elle m'a tout de suite prise dans ses bras car elle est très chaleureuse.
    « J'ai pris un moment sabbatique pour ne me consacrer qu'à ce film »

    Pensez-vous que « The lady » va constituer un tournant dans votre carrière en vous permettant par exemple d'avoir un Oscar ?
    Les Oscars sont très importants pour les acteurs comme le Prix Nobel l'a été pour Aung San Suu Kyi. On se trouve sous les feux internationaux. Ce serait une joie immense pour moi car aucune actrice chinoise n'a eu un tel privilège. Mais un tel événement permettra aussi de mieux faire connaître la situation en Birmanie. Les militaires ont fait ce qu'ils voulaient pendant des années. Le pays était fermé et des centaines de milliers de personnes sont mortes.
    Après un tel rôle, allez-vous conduire votre carrière différemment en faisant par exemple moins de films d'action ?
    Sans doute. « The lady » a déjà influencé ma carrière car j'ai pris un moment sabbatique pour ne me consacrer qu'à ce film. Nous allons le montrer dans chaque pays, surtout en Asie, jusqu'en mars-avril de l'année prochaine.
    Pensez-vous que ce film puisse changer la situation politique en Birmanie ?
    On ne peut pas changer une situation politique car les acteurs et les réalisateurs ne sont que des conteurs. Mais il permettra d'éveiller les consciences.
    Propos recueillis par Fabrice Littamé
    flittame@journal-lunion.fr


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