• Neumann : Quand Manuel Valls envoie des messages...

    Laurent Neumann

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    Neumann : Quand Manuel Valls envoie des messages...

    Le Point - Publié le <time datetime="2015-01-24T11:50" itemprop="datePublished" pubdate=""> 24/01/2015 à 11:50</time>

    Ses déclarations sur l'apartheid et son soutien appuyé à Bernard Cazeneuve et Najat Vallaut-Belkacem sont autant de messages adressés à la gauche du PS...

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    En parlant d'apartheid en France, Manuel Valls a fait coup double : flatter la gauche de la gauche et pousser l'opposition a briser l'unité nationale.

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    En parlant d'apartheid en France, Manuel Valls a fait coup double : flatter la gauche de la gauche et pousser l'opposition a briser l'unité nationale. © ERIC FEFERBERG / AFP

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    N'allez surtout pas croire qu'en utilisant le mot "apartheid" pour décrire la ségrégation territoriale, sociale et ethnique qui sévit dans certains quartiers difficiles en France, Manuel Valls aurait dérapé. Ou, pire, que ses mots auraient dépassé sa pensée. Chaque expression, chaque tournure de phrase a été dûment pensée, pesée, réfléchie pour obtenir précisément le double effet que l'on sait :
    - Agiter une sorte de chiffon rouge sous le nez des responsables de droite et, singulièrement, sous celui de Nicolas Sarkozy afin de lui refiler le mistigri de la division et lui coller l'étiquette de briseur d'unité nationale.

    - Montrer à ses "amis" de gauche, socialistes et écologistes, que personne n'a le monopole de la gauche - avis aux "frondeurs" et au nouveau tandem Mélenchon-Duflot.

    Pour être honnête, l'exécutif eût aimé que "l'esprit du 11 janvier", "ce feu ardent" allumé par 4 millions de marcheurs républicains, perdurât le plus longtemps possible. Dans l'idéal, même, jusqu'aux élections départementales. Gouverner est tellement plus facile quand l'opposition de droite est pieds et poings liés et quand Marine Le Pen est (provisoirement) inaudible. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'exécutif a ainsi renvoyé à une commission le soin d'étudier pendant six semaines l'opportunité de (re)créer une peine d'indignité nationale !

    France, Afrique du Sud, Allemagne de l'Est...

    Mais dès lors que Nicolas Sarkozy prenait l'initiative de s'exprimer au journal de 20 heures de France 2, ce n'était pas pour tresser des couronnes de lauriers au gouvernement. Et quitte à voir se briser l'unité nationale, autant faire en sorte que l'initiative en revienne à l'ancien président de la République. Bingo ! Ce dernier s'est dit "consterné" par l'emploi du mot "apartheid". Il a même parlé de "faute", expliquant que, non, la France n'était pas l'Afrique du Sud. Sans doute l'ancien chef de l'État avait-il oublié, racontaient alors en privé les amis de Manuel Valls, qu'à l'occasion des écoutes judiciaires dont il avait fait l'objet, il avait comparé les méthodes de la police française à celles de la Stasi. Comme si la France était comparable à l'Allemagne de l'Est d'avant la chute du Mur !

    Manuel Valls n'a pas seulement le goût des joutes verbales, il a aussi de la constance dans les idées. Ce mot, "apartheid", il l'avait déjà employé dans un livre, publié en 2005 : La Laïcité en face. Juste après les émeutes en banlieue. Dix ans déjà. En se mettant aujourd'hui à dos les ténors de la droite et de l'extrême droite, il envoie un message à cette gauche qui lui mégote, à lui l'homme qui "aime l'entreprise", à lui l'ancien premier flic de France, son brevet d'homme de gauche. Oui, il faudra sans doute une génération, peut-être deux, pour réduire les inégalités qui ont transformé certains quartiers en ghettos, pour réformer l'école en profondeur, pour remettre l'État et les services publics au coeur de ces territoires, pour imposer ces valeurs de la République et ces codes du vivre-ensemble que certains foulent au pied sans vergogne.

    Être de gauche, c'est...

    De même, nul hasard si, mardi dernier, Manuel Valls a tenu à être présent aux côtés du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve lors de la cérémonie d'attribution de la nationalité française à Lassana Bathily, le héros - musulman, d'origine malienne et désormais français - de l'épicerie casher de Vincennes. Encore un message envoyé à toute une frange de la gauche que l'on pourrait résumer ainsi : si moi, homme de gauche, je suis opposé au vote des immigrés aux élections locales, c'est parce que je crois que l'intégration passe d'abord par l'acquisition de la nationalité française.

    Pas un hasard non plus si, deux jours plus tard, le locataire de Matignon était de nouveau présent aux côtés de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Éducation, pour présenter son plan en faveur de l'école et de la laïcité. Autre message : être de gauche, c'est croire tout autant aux vertus de l'éducation qu'aux nécessités de la sécurité.

    Ces messages ont-ils été écoutés par ceux auxquels ils étaient destinés ? Sans doute. Ont-ils été entendus ? C'est une autre histoire...


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