Manuel Valls a annoncé mardi que dans le cadre du plan Vigipirate, les effectifs des patrouilles militaires seraient augmentés de «200 à 300 militaires» pendant la période des fêtes. Ces patrouilles sont de 780 militaires aujourd’hui, a souligné le Premier ministre à Matignon, ajoutant que les «patrouilles de police et de gendarmerie seront dirigées en priorité vers les points de haute fréquentation : zones commerciales, centres-villes, gares et réseaux de transport».

Le Premier ministre et celui de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, se rendront dans l'après-midi à Nantes. «Avec le ministre de l’Intérieur, nous nous rendrons cet après-midi à Nantes pour être à côté des victimes, de leurs familles, bien sûr des autorités municipales, de la maire Johanna Rolland. C’est une ville qui, après Dijon et Joué-lès-Tours, est particulièrement éprouvée et donc notre présence doit être à leurs côtés», a déclaré à la presse le Premier ministre au sortir d’une réunion ministérielle consacrée au renforcement des dispositifs de sécurité après ces évènements.

Un automobiliste a foncé lundi sur un marché de Noël bondé du centre de Nantes, blessant dix personnes avant de se porter plusieurs coups de couteaux, au lendemain d’un incident similaire à Dijon. Les autorités ont dans les deux cas évoqué le fait de déséquilibrés. Samedi, à Joué-les-Tours, c’est un homme affichant le drapeau de l’Etat islamique sur son réseau social qui avait agressé plusieurs policiers avant d’être tué.

S’il y a «une problématique de nature peut-être terroriste» à Joué-lès-Tours, selon les termes du secrétaire d’Etat Jean-Marie Le Guen, il n’y a «aucun lien» entre ces trois évènements, a assuré mardi Manuel Valls, qui a dit comprendre les «inquiétudes vives et légitimes» de la population. «Nous ne minimisons pas ces actes», a-t-il également assuré en réponse à une accusation du Front National, qui ne fait que «s’agiter sur les ondes» selon le Premier ministre.

«La meilleure réponse face aux menaces, aux peurs, aux évènements que nous venons de connaître, c’est le sang-froid, bien sûr la vigilance, la protection que nous devons aux Français, la mobilisation des forces de l’ordre doit le permettre», a par ailleurs déclaré l’ex-ministre de l’Intérieur. La veille à Montpellier, il avait affirmé que «jamais nous n’avons connu un aussi grand danger en matière de terrorisme».

Les «jambes qui flageolent»

Mardi matin, Florian Philippot, vice-président du FN, a de nouveau affirmé que les évènements de Joué-lès-Tours et de Dijon relevaient «évidemment du terrorisme». «A Nantes, nous verrons, je n’aime pas me précipiter» mais le procureur, qui a écarté cette hypothèse lundi soir, «a bouclé l’enquête en une heure», a-t-il accusé. «J’aimerais qu’on cesse de mettre de la politique et de l’idéologie en nous sortant que ce sont systématiquement des actes isolés du fait de déséquilibrés. Je pense que ce n’est pas sérieux», a insisté Philippot. Pour lui, le gouvernement a «les jambes qui flageolent face au terrorisme islamiste».

L’UMP, de son côté, a appelé à ne «pas tomber dans la psychose» face à «des actes isolés, commis par des gens timbrés», selon les termes d’Eric Woerth, tenus avant les évènements de Nantes survenus lundi soir. Le Figaro consacre mardi son éditorial aux «ennemis de l’intérieur», des «"fous d’Allah", hélas de nationalité française». L’UMP reste pour sa part prudente et n’accuse pas le gouvernement de minimiser.

Selon une source proche du dossier, l’auteur de l’agression de Nantes est âgé de 37 ans et est originaire d’un village de Charente-Maritime. Dans son véhicule a été retrouvé un carnet contenant des propos confus témoignant de difficultés psychologiques et familiales. L’homme, qui pourrait avoir perdu récemment son emploi de pépiniériste, est connu pour vol simple et recel en 2006 et dégradation de véhicule en 2008, selon la même source, qui a précisé que son état est jugé sérieux mais que ses jours ne sont pas en danger.

Dimanche, un homme suivi pour des troubles psychiatriques depuis 2001 et régulièrement hospitalisé, avait foncé en voiture sur des passants dans la capitale bourguignonne en criant «Allah Akbar» («Dieu est le plus grand» en arabe), blessant 13 personnes. Samedi, à Joué-lès-Tours, un Burundais âgé de 20 ans a blessé à l’arme blanche trois policiers, dont les jours ne sont pas en danger, avant d’être tué. L’agresseur s’était récemment converti à l’islam, affichant sur son compte Facebook le drapeau du groupe jihadiste Etat islamique (EI).

AFP