• Quand Jacques Gamblin est Romain Gary

    Le blog théâtre de Jack Dion

    Quand Jacques Gamblin est Romain Gary

    Au Centquatre, à Paris, Jacques Gamblin lit « La nuit sera calme » de Romain Gary. Un grand moment d’émotion et de littérature.



    Quand Jacques Gamblin est Romain Gary
     
    La lecture publique est un exercice très particulier. Il y faut la puissance du texte et la force de l’interprétation. Sans ces deux ingrédients, l’ennui est au bout de la soirée. Avec le couple Jacques Gamblin/Romain Gary, il n’y a aucun risque de ce genre.

    L’acteur est connu pour avoir une présence rare, et la faculté de se faire oublier pour laisser vivre son personnage. Quant à Romain Gary, s’il fut une énigme vivante jusqu’à son suicide, en 1980, il laisse une aventure humaine dont le livre choisi par Gamblin, « La nuit sera calme » rend compte fort à propos. 

     
    Il s’agit d’un entretien entre Romain Gary et l’un de ses amis d’enfance, François Bondy. On plonge ainsi dans l’histoire hors du commun de cet homme qui fut tout à la fois héros de la Résistance, diplomate, écrivain réussissant à avoir deux fois le prix Goncourt, l’une sous son nom, et l’autre sous le pseudonyme d’Emile Ajar, au terme d’une supercherie littéraire qui ne fit que souligner les diverses facettes d’un personnage complexe, joueur jusqu’à l’extrême,  intransigeant sur les principes, égocentrique et généreux, animé d’un sens de l’humour ravageur, grand seigneur éternellement insatisfait de lui-même et de ses congénères.
     
    Comme toujours en ces circonstances, Jacques Gamblin, tout de noir vêtu, est assis à une table sur laquelle reposent deux seuls attributs : son texte et un magnétophone, afin d’entendre les questions alors posées par François Bondy. Toute la vie de Romain Gary y passe : sa mère castratrice, qui le hantera jusqu’à la fin; l’aviateur ayant frôlé les ailes de la mort et qui se souvient de camarades moins chanceux ; ses aléas de diplomate, exercice aléatoire et incertain ; ses rencontres avec de Gaulle ; ses jugements au fusil-mitrailleur sur quelques étoiles du petit monde politique ; son amour des femmes et ses désillusions à répétition ; son pessimisme absolu agrémenté d’une ironie grinçante ; sa hantise de la décrépitude physique et de la mort.
     
    De même que Serge Merlin était Thomas Bernhard quand il lisait « Extinction », Jacques Gamblin devient Gary. C’est ce qui fait le miracle d’une telle soirée qui se clôt par une salve d’applaudissements destinés aux deux hommes : celui qui est lu et celui qui lit. 
     
    * « La nuit sera calme » de Romain Gary, lu par Jacques Gamblin, Le Centquatre, 75019 Paris, jusqu’au 17 décembre (01 53 35 50 00).
     

    Mardi 13 Décembre 2011
    Jack Dion

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