• Le grand rabbin Gilles Bernheim

    n'est pas agrégé de philosophie

    LE MONDE | <time datetime="2013-04-06T10:06:54+02:00" itemprop="datePublished">06.04.2013 à 10h06</time> • Mis à jour le <time datetime="2013-04-07T00:47:58+02:00" itemprop="dateModified">07.04.2013 à 00h47</time>

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    Gilles Bernheim, le grand rabbin de France.

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    Le maintien de Gilles Bernheim à la tête du grand rabbinat de France n'était plus un sujet tabou dans la communauté juive quelques heures avant le début de shabbat, vendredi 5 avril. Alors que des doutes avaient émergé ces derniers jours sur la réalité de son statut d'agrégé en philosophie, dont se prévalait jusqu'alors sa biographie, le ministère de l'éducation nationale nous a confirmé dans la soirée que le nom de Gilles Bernheim n'apparaissait pas sur les listes officielles des titulaires de l'agrégation. Une information que les fidèles ne commenteront qu'après la fin du repos juif, samedi soir, mais qui risque de fragiliser encore le responsable religieux, mis en cause dans des affaires de plagiat, ces dernières semaines.

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    Vendredi matin, L'Express avait déjà affirmé qu'il ne figurait pas dans les archives de la Société des agrégés. "La société publie tous les ans depuis 1914 la liste des admis aux concours interne et externe. Une erreur de copie est toujours possible, mais en général lorsqu'on nous demande de rechercher un diplômé, on le retrouve", nous indiquait vendredi la présidente de cette association, Blanche Lochmann.

    PASSAGES EMPRUNTÉS À D'AUTRES AUTEURS

    De son côté, le porte-parole du grand rabbin de France, Moshé Lewin, nous a assuré que M. Bernheim, "très affecté", envisageait de s'exprimer "la semaine prochaine", sur les différentes mises en cause dont il est l'objet depuis quelques semaines. Accusé de plagiat dans au moins l'un de ses ouvrages, le grand rabbin de France, après avoir nié et renversé l'accusation, avait en effet admis avoir confié l'écriture de son livre, Quarante méditations juives (Stock, 2011), à un "étudiant" et reconnu que ce dernier s'était rendu coupable de plagiat.

    L'universitaire Jean-Noël Darde, qui est l'un de ceux à avoir révélé cette affaire, assure sur son blog Archéologie du copier-coller, que d'autres ouvrages du grand rabbin comporteraient des passages empruntés à d'autres auteurs.

    Semblant vouloir déminer les critiques sur le titre d'agrégé, le porte-parole de M. Bernheim nous a par ailleurs fait remarquer que cette mention n'apparaissait pas dans le portrait publié sur le site du grand rabbinat.

    RUMEURS LORS DE LA CAMPAGNE ÉLECTORALE DE 2008

    Par ailleurs, la mention de ce diplôme et la qualité d'"agrégé de philosophie", qui figuraient encore jeudi dans la fiche Wikipédia consacrée au grand rabbin, en ont été supprimées, vendredi, en début d'après-midi. Seule apparaît désormais à la rubrique "formation" la mention "semikha" ; ce mot hébreu désigne la cérémonie de remise du diplôme rabbinique. "Si ses études ont participé à la carrure intellectuelle de Gilles Bernheim, il faut quand même rappeler qu'il n'a pas été élu grand rabbin sur le fait qu'il était agrégé en philosophie ou pas", a poursuivi son porte-parole.

    Cette nouvelle révélation sur le CV de M. Bernheim, qui a fondé une grande partie de sa légitimité sur sa qualité de "rabbin-philosophe", ne constitue apparemment pas une surprise pour tout le monde. Des rumeurs concernant son diplôme avaient déjà couru parmi les responsables de la communauté juive au moment de la campagne électorale de 2008, qui l'opposait au grand rabbin Sitruk. Mais "le dossier avait été arrêté et la publication de cette information interdite", assure aujourd'hui un bon connaisseur de ce milieu.

    "On peut comprendre que des gens suivent un cursus et au final, pour une raison ou pour une autre, ne passent pas l'examen, tente de justifier ce responsable communautaire. Mais je ne m'explique pas pourquoi Bernheim a laissé dire." Avant de conclure : "Quel est l'homme qui se dit juste et qui n'a pas fauté ?"


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  • 22 mars 2013 - 22H41    lien

     

    EXCLUSIF AFP: un Uruguayen dit avoir fui la dictature argentine grâce au pape François

    Un ancien militant de gauche uruguayen a affirmé vendredi à l'AFP être parvenu à fuir la dictature argentine grâce à l'aide personnelle du pape François, qui dirigeait à l'époque l'ordre jésuite argentin.

    Un ancien militant de gauche uruguayen a affirmé vendredi à l'AFP être parvenu à fuir la dictature argentine grâce à l'aide personnelle du pape François, qui dirigeait à l'époque l'ordre jésuite argentin.

    AFP - Un ancien militant de gauche uruguayen a affirmé vendredi à l'AFP être parvenu à fuir la dictature argentine grâce à l'aide personnelle du pape François, qui dirigeait à l'époque l'ordre jésuite argentin.

    En 1977, Gonzalo Mosca avait 28 ans et était membre du GAU (Groupe d'action unificatrice), un mouvement de gauche opposé à la dictature uruguayenne (1973-1985). Recherché par les autorités militaires, il était parvenu à fuir vers Buenos Aires, de l'autre côté du Rio de la Plata, mais il restait sous la menace des militaires argentins.

    Son frère, un prêtre jésuite, a alors sollicité l'aide du père Bergoglio, à la tête de son ordre en Argentine de 1973 à 1979. "Il a dit à mon frère: +Viens avec ton frère, et voyons comment nous pouvons l'aider+", a témoigné M. Mosca à l'AFP.

    La nuit même, Jorge Bergoglio a conduit les deux frères dans un couvent de San Miguel à quelque 30 km de Buenos Aires. "A cette époque, la répression en Argentine était très forte (...) je me demandais si le père (Bergoglio) était véritablement conscient de ce qui était en jeu", a expliqué M. Mosca.

    Après avoir passé plusieurs jours "d'une tension extrême" dans l'établissement, où il se faisait passer pour un individu en retraite spirituelle, le jeune militant reçut un appel du chef des jésuites l'informant du plan à suivre: Mosca et son frère devaient voyager jusqu'à la ville touristique d'Iguazu, près des frontières brésilienne et paraguayenne, d'où ils devaient tenter de gagner le Brésil.

    "Il nous a conduit à l'aéroport et m'a accompagné pratiquement jusqu'à l'avion, pour me faire profiter de tout le soutien et des garanties liées à son statut", selon M. Mosca.

    Et le plan fonctionna: M. Mosca a réussi à gagner le Brésil, puis a résidé chez les jésuites à Rio de Janeiro avant de voyager vers l'Europe avec le statut de réfugié.

    S'il n'a jamais revu le prêtre, Mosca explique à l'AFP avoir tenu à témoigner lorsqu'il a eu vent des accusations visant le prélat sur son implication présumée dans l'enlèvement des deux missionnaires sous la dictature argentine (1973-1983).

    Le Vatican a fermement rejeté les accusations de connivence présumée avec la junte militaire argentine à l'encontre du pape François, les qualifiant de "calomnieuses et diffamatoires". Le Prix Nobel de la Paix en 1980 Adolfo Perez Esquivel et un jésuite torturé par la junte l'ont lavé de toute accusation.

    "Ce que je peux dire, c'est que dans mon cas, (le père Bergoglio) n'a pas seulement fait preuve d'un courage personnel, mais aussi d'un courage institutionnel, parce que dans une organisation si forte et complexe que l'ordre jésuite, on ne peut jamais agir à titre personnel", explique le militant aujourd'hui sexagénaire.


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  • 21 Mars 2013   
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    Le pape de toutes les surprises

     

     

    Catholicisme. Son élection a déjoué tous les pronostics. Étonnant déjà le monde par sa simplicité, le pontificat de François devrait être riche en surprises, venant d'un homme aussi chaleureux que déterminé.

    Un pape qui, le soir de son élection, refusant de revêtir les signes de l’autorité pontificale qu’on lui propose, se présente comme simple évêque de Rome ; qui, après s’être incliné devant le peuple pour recevoir la prière qu’il lui avait demandé de faire pour lui, s’en retourne dîner avec les cardinaux qui l’ont élu, repartant avec eux dans le même minibus dans lequel il était venu. Un pape qui, le lendemain, après être allé porter un bouquet de fleurs à la Madone à Sainte-Marie-Majeure, va chercher ses valises à la Maison du clergé où il séjournait jusqu’alors, et paie la note de son séjour ; un pape qui, après avoir célébré la messe dimanche matin à Sainte-Anne, la petite église du Vatican, salue les fidèles un par un, comme un curé de paroisse ; puis termine son premier Angelus en souhaitant à la foule un « bon déjeuner »… Mais aussi un pape qui, lors de sa première homélie, cite l’écrivain français Léon Bloy pour mettre en garde ceux qui, faisant profession de servir le Christ, sont en réalité au service du diable ; un pape qui prêche une « Église pauvre, pour les pauvres » ; un pape qui dénonce la tentation de prêcher le Christ sans la Croix ; un pape à l’intronisation duquel a assisté, pour la première fois depuis le schisme survenu en 1054, le chef spirituel des orthodoxes, le patriarche Bartholomée Ier de Constantinople.

    Si les premiers gestes qui ont marqué le monde entier témoignent de la simplicité d’un homme qui n’entend pas changer sa façon de faire parce qu’il est devenu pape, ses premiers jours ont aussi porté la marque d’un pasteur qui entend bien mettre l’audience et la sympathie que lui attire cette simplicité au service de gestes forts. Préfigurant un pontificat qui lui ressemble : spontané et jamais là où on l’attend.

    Survenue à la surprise générale, son élection fut aussi un effarement pour les vaticanistes, qui ne citaient son nom que pour dire qu’il n’avait aucune chance compte tenu de son âge — 76 ans — et dans un Sacré Collège dominé par des ratzingeriens de stricte obédience. Lorsque, mercredi 13, à 19 h 05, au deuxième jour du conclave, la fumée blanche s’est élevée devant des dizaines de milliers de fidèles attroupés depuis deux heures sous la pluie et dans le froid, tout le monde s’accordait encore pour dire qu’il ne pouvait s’agir que de l’un des favoris, probablement choisi parmi les cardinaux Scola, Scherer ou Ouellet : cinq tours de scrutin ne pouvaient avoir suffi pour un outsider…

    Pendant une heure encore, pressé dans une foule qui grossit de minute en minute, sans que cette pression soit jamais oppressante tant la joie et la bonne humeur sont éclatantes, au milieu de cette place sublimement théâtrale, on a tout le temps d’apprécier un suspense dont la graduation subtile n’a rien à envier aux plus belles réussites hitchcockiennes. Lorsque le cardinal Tauran annonce enfin le nom de Jorge Maria Bergoglio, bien peu savent de qui il s’agit : la foule n’en laisse pas moins éclater une allégresse exubérante, encore renforcée par le choix du prénom Francesco (lire notre encadré), qui va droit au coeur des Italiens. Comme les séduisent immédiatement les premiers mots de cet homme pourtant tétanisé par l’émotion, qui leur parle comme évêque de Rome, fait prier la foule pour son prédécesseur et s’en va tranquillement après avoir souhaité à tout le monde un « bon repos ».

    Déjà les vaticanistes reprennent leurs supputations : comment le conclave a-t-il pu parvenir à un résultat si surprenant ? Le premier sentiment est que cette élection tourne le dos au souhait exprimé par Benoît XVI lors de sa renonciation : celui d’un pape vigoureux, prêt à poursuivre son oeuvre de remise en ordre de l’Église. On se souvient qu’en 2005, c’est sur le cardinal Bergoglio que s’étaient rassemblées les voix de ceux qui ne voulaient pas de Ratzinger. Ayant réuni quarante voix au troisième tour, il aurait demandé à ses supporters de cesser de voter pour lui, ouvrant ainsi la voix à l’élection de Benoît XVI. C’est contre son gré qu’on l’aurait opposé à Benoît XVI, pour qui il aurait personnellement voté dès le premier tour.

    Cette fois-ci, son nom a commencé à émerger lors des congrégations générales. Lors de ce tour d’horizon, l’intervention du cardinal Bergoglio, courte mais ramenant tout à l’essentiel, aurait fortement impressionné ses confrères. Les Italiens, peu désireux de voter pour le cardinal Scola, trop réformateur à leurs yeux, auraient abandonné l’espoir de conserver la papauté pour eux-mêmes et auraient cherché un étranger “italo-compatible” susceptible de leur conserver la secrétairerie d’État ; lancé avant le conclave, le nom du Brésilien Odilo Pedro Scherer n’aurait été qu’un ballon d’essai destiné à mieux acclimater l’idée d’un autre Sud-Américain : Jorge Maria Bergoglio. Le premier tour ayant vu l’effondrement des candidatures Scherer et Scola, l’ensemble des cardinaux américains, Nord et Sud confondus, se se raient unis sur le nom de ce prélat extra-européen totalement étranger à la curie. Fort de cette dynamique, le cardinal Bergoglio aurait obtenu, au cinquième tour, 90 voix sur 115, bien au-delà des 77 nécessaires.

    Le 266e pape est donc, pour la premiè re fois, un homme étranger à l’Europe ou aux pourtours du bassin méditerranéen. Jorge Maria Bergoglio est né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires : connu pour son attention aux pauvres, il est lui-même issu d’un milieu très modeste. Fils d’un immigré piémontais employé des chemins de fer, il entre dans la Compagnie de Jésus en 1958, après avoir abandonné des études de chimie. L’année précédente, il a subi l’ablation d’une partie d’un poumon. Ordonné prêtre en 1969, il sera provincial des jésuites argentins de 1973 à 1979. Dans cette période troublée — l’Argentine vit sous une dictature militaire de 1976 à 1983 —, il a à coeur d’écarter les prêtres de la Compagnie de la tentation de la politique, et notamment de la théologie de la libération, qui fait des ravages en ces années-là. Le père Bergoglio, lui, est aussi sévère avec cette option préférentielle pour les pauvres fortement teintée de marxisme que critique pour « ces formes de néolibéralisme qui considèrent les profits et les lois du marché comme des absolus, au détriment des personnes et des peuples ». En 1979, le supérieur général des jésuites Pedro Arrupe, engagé dans un bras de fer avec Jean-Paul II qui lui reproche sa complaisance envers la théologie de la libération, met Bergoglio sur la touche, pour avoir été trop proche de la position vaticane.

    Il connaît alors une relative traversée du désert, dont Jean-Paul II le tire en le nommant évêque auxiliaire de Buenos Aires en 1992, puis titulaire en 1998 et enfin cardinal en 2001. À la tête du principal diocèse argentin, cet évêque qui fut proche du péronisme dans sa jeunesse n’a pas hésité à s’opposer au pouvoir politique quand il le croyait nécessaire, notamment face au couple Kirchner. Ses détracteurs l’ont accusé, sans « aucun élément concret » vient de réaffirmer le président de la Cour suprême argentine, de complicité avec la dictature militaire, alors qu’il a obligé l’Église d’Argentine à une repentance pour ses compromissions.

    Devenu évêque, il n’a rien changé à un mode de vie ascétique, habitant un modeste appartement plutôt que le palais épiscopal, préférant les transports en commun aux voitures avec chauffeur ou cuisinant lui-même ses repas. Proche de ses prêtres, il n’a pas hésité, en 2009, à venir loger chez l’un d’entre eux, dans un bidonville, alors qu’il était menacé par les narcotrafiquants. Ses premiers gestes de pape montrent qu’il n’entend rien changer à sa façon d’être : “Frère pape” sera vraisemblablement un pape “low cost”, comme l’a appelé joliment le journaliste italien Maurizio Caverzan.

    Pape ascétique ne veut pas dire pape triste : en quelques jours, François a déjà su montrer un solide sens de l’humour. Chaleureux, spontané, débonnaire, jamais avare d’un bon mot ou d’une anecdote, il a gagné immédiatement le coeur des foules — et des médias. Recevant en audience, samedi 16 mars, les quelque 6 000 journalistes accrédités pour le conclave et leurs familles, il les a conquis en racontant des anecdotes savoureuses sur son élection, et surtout par cette profession de foi : « Ah, comme je voudrais une Église pauvre, et pour les pauvres ! »

    Cette lune de miel médiatique (à peine troublée par les accusations relatives à la dictature argentine) durera-telle ? Il est permis d’en douter, quand on voit les positions très conservatrices du cardinal Bergoglio sur tous les sujets sur lesquels les médias souhaiteraient voir l’Église se conformer à l’air du temps : sur le mariage homosexuel, qu’il a décrit comme un effet de « la jalousie du démon » visant à « détruire le plan de Dieu » ; sur l’avortement (« Quand il s’agit d’une mère enceinte, on parle de deux vies : les deux doivent être préservées et respectées parce que la vie est une valeur absolue ») ; ou sur le célibat des prêtres et l’ordination des femmes, l’archevêque de Buenos Aires s’est toujours montré d’une fermeté absolue. Tôt ou tard, cela devrait lui valoir les mêmes attaques que ses prédécesseurs. D’autant que, pape d’outre- Atlantique, François semble jouir d’un parler franc, d’une vigueur de langage auxquels les Occidentaux sont désaccoutumés… Dans il Giornale, Stefano Filippi remarque : « Le sport favori des faiseurs d’opinion est de créer des idoles, pour mieux les abattre. […] Aujourd’hui [François] est le pape des pauvres, l’anticurie […]. À peine aura-t-il répété ce qu’il a toujours dit, par exemple contre l’avortement, le mariage gay, l’impérialisme de l’argent et l’économie spéculative, que les cieux s’ouvriront et l’idole sera abattue. »

    Dans quel sens s’exercera son pontificat ? Deux des sujets chers au coeur de Benoît XVI, la restauration liturgique et la réconciliation avec les lefebvristes, n’ont jamais fait partie de ses préoccupations d’évêque. Certains veulent voir un signe pourtant dans le fait que, le lendemain de son élection, en visite à Sainte-Marie-Majeure, il est allé prier sur le tombeau de saint Pie V, codificateur de la liturgie traditionnelle… D’autres s’inquiètent au contraire des risques de désacralisation d’une fonction pontificale que Jean-Paul II et Benoît XVI s’étaient donné tant de mal à restaurer.

    Conformément à la façon dont il s’est présenté au balcon de Saint-Pierre le soir de son élection, plus comme un “primus inter pares” que comme le chef de l’Église universelle, l’enseignement de Mgr Bergoglio a toujours insisté sur la collégialité : « Il met l’accent sur l’Église comme une communauté de croyants en marche, d’où son recours fréquent à l’image biblique du chemin, note Mgr Jean Laffitte, secrétaire du Conseil pontifical pour la famille ; ce qui ne veut pas dire qu’il méconnaisse l’aspect spécifiquement pétrinien de son ministère. »

    Malgré la référence franciscaine, ce pape qui, à Sainte-Marie-Majeure, est aussi allé prier dans la chapelle où saint Ignace de Loyola a dit sa première mes se, le jour de Noël 1538, reste fondamentalement un jésuite. La façon dont, dans son homélie de la chapelle Sixtine, il a insisté sur le combat spirituel est typi que de la spiritualité ignacienne, comme la récurrence dans ses homélies de la référence au diable. « Il a montré qu’il y a un combat spirituel, qui est un combat ténébreux, et il a nommé l’adversaire », apprécie Mgr Laffitte. « Quand on ne confesse pas Jésus-Christ, on confesse la mondanité du diable, la mondanité du démon » : la force de ces paroles du pape François a évidemment été interprétée comme une al lusion à la nécessaire purification de l’Église.

    Ce pape dénué de la moindre expérience de la curie romaine, qui a été choisi par ses pairs, selon Mgr Jean- Pierre Ricard, « essentiellement pour sa capacité à annoncer l’Évangile », saura-til nettoyer ce que beaucoup voient comme une “curie d’Augias” ? Cela dépendra en grande partie du choix du secrétaire d’État. Mais on peut d’ores et déjà noter que les premiers gestes du pape François témoignent d’une autorité, d’une capacité à imposer ses façons de faire, qui semblent annonciatrices d’un pontificat riche en initiatives surprenantes, dans tous les domaines. Avec sa bonhomie apparente et son autorité naturelle, le pape François semble la parfaite incarnation du précepte énoncé au XVIe siècle par Claudio Acquaviva, le maître de la pédagogie jésuite : « Fortiter in re, suaviter in modo », “fermeté sur le fond, douceur dans la forme”.

    De notre envoyé spécial à Rome

    Photo © SIPA


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    Vatican: les chefs d'Etat affluent pour la messe d'installation du pape François

    CITE DU VATICAN (AFP) - 18.03.2013 16:55 - Par Philippe SAUVAGNARGUES

    Chefs d’État et de gouvernement ont convergé vers Rome pour assister mardi à la messe inaugurale du pape François, premier chef de l'Eglise catholique venant des Amériques, un événement qui doit rassembler des centaines de milliers de fidèles.

    voir le zoom : Vue de la place Saint-Pierre de Rome, le 17 mars 2013
    Vue de la place Saint-Pierre de Rome, le 17 mars 2013
    AFP - Alberto Pizzoli
    voir le zoom : La présidente argentine Cristina Kirchner et le pape François le 18 mars 2013 au Vatican
    La présidente argentine Cristina Kirchner et le pape François le 18 mars 2013 au Vatican
    Osservatore Romano/AFP - -
    voir le zoom : Le pape François célèbre l'Angelus au Vatican, le 17 mars 2013
    Le pape François célèbre l'Angelus au Vatican, le 17 mars 2013
    AFP - Giuseppe Cacace

    Chefs d’État et de gouvernement ont convergé vers Rome pour assister mardi à la messe inaugurale du pape François, premier chef de l'Eglise catholique venant des Amériques, un événement qui doit rassembler des centaines de milliers de fidèles.

    A la veille de cette cérémonie d'inauguration officielle de son pontificat, François a reçu la présidente de son pays natal, Cristina Kirchner, pour un entretien et un déjeuner.

    Celle-ci en a profité pour lui demander sa "médiation" sur le différend qui oppose l'Argentine à la Grande-Bretagne sur les îles Malouines. Les habitants de ces îles de l'Atlantique sud viennent de rappeler leur attachement à la Grande-Bretagne dans un referendum.

    Mme Kirchner a rappelé que le pape Jean Paul II avait joué les médiateurs entre le Chili et l'Argentine pour le conflit territorial sur le canal de Beagle, ce qui avait permis "d'aboutir à un accord". Le Vatican de son côté n'a pas commenté la rencontre, qu'il avait qualifiée de "très informelle".

    Les relations entre la présidente argentine, à la tête du pays depuis 2007, et l'ex-archevêque de Buenos Aires ont été marquées ces dernières années par de vifs désaccords en particulier sur le mariage gay et la législation sur l'avortement.

    Premier pape venu du continent américain, l'archevêque de Buenos Aires a été élu pape le 13 mars dernier, à l'issue d'un conclave convoqué après la démission historique de Benoît XVI, à près de 86 ans, en raison de l'affaiblissement de ses forces.

    Depuis son élection, il a su séduire fidèles et médias par des gestes et discours empreints de simplicité et de bonhommie.

    La capitale italienne accueille un défilé de personnalités parmi lesquelles le vice-président américain Joe Biden et les chefs d'Etat ou de gouvernement de la plupart des pays d'Amérique latine, où vivent 40% des quelque 1,2 milliard de catholiques.

    "Je suis ravi d'être ici pour le pape François. Il a une vision que nous partageons tous: tendre la main aux pauvres et aux défavorisés", a déclaré M. Biden lors d'un entretien avec le président italien Giorgio Napolitano.

    Au total, 132 délégations dont 31 chefs d'Etat sont attendus pour cette messe qui se déroulera place Saint-Pierre, le jour de la Saint-Joseph patron de l'Eglise catholique, par un temps que les services météorologiques annoncent clément.

    Le pape François quittera vers 08h45 (07h45 GMT) la résidence Sainte-Marthe où il loge en attendant que ses appartements pontificaux soient prêts. Il effectuera ensuite, en papamobile ou en jeep, un long tour de la place Saint-Pierre, où l'on attend près de 300.000 personnes qui devraient déborder dans l'avenue avoisinante.

    Une fois revêtu de ses vêtements liturgiques, François ira se recueillir sur la tombe de Pierre, le fondateur de l'Eglise, accompagné d'une dizaine de prélats, cardinaux et patriarches de l'Eglise catholique orientale.

    L'Evangile sera chanté en grec, pour rappeler que "l'Eglise est à la fois d'Orient et d'Occident", a souligné le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi.

    Le pape se verra ensuite remettre le pallium, bande d'étoffe se portant sur la chasuble, et l'anneau du pêcheur, symboles de son pouvoir pontifical avant de concélébrer la messe avec 180 prélats et ecclésiastiques.

    Le pontife, qui a choisi son prénom en hommage à Saint-François d'Assise, le Saint des pauvres, a demandé aux frères franciscains du couvent de La Verne, sis dans les montagnes toscanes, d'assurer le service liturgique pendant la messe.

    François est lui-même le premier jésuite à monter sur le trône de Saint-Pierre et les supérieurs des deux ordres participeront à la cérémonie qui doit durer deux heures.

    La messe, qui sera suivie par les médias du monde entier, nécessitera un très imposant dispositif de sécurité, avec le déploiement de quelque 3.000 policiers, carabiniers et autres agents de sécurité.

    Parmi les dizaines de hauts responsables qui seront présents sur la place doivent figurer la chancelière allemande Angela Merkel, le Premier ministre français Jean-Marc Ayrault et son homologue espagnol Mariano Rajoy.

    Côté aristocratie européenne, le roi des Belges Albert II et la reine Paola, ainsi que le Grand Duc du Luxembourg et une partie de sa famille assisteront à la messe, de même que le Duc de Gloucester pour le Royaume-Uni.

    Rome a aussi accueilli lundi matin un personnage controversé, le président zimbabwéen Robert Mugabe, 89 ans, plus vieux chef d’État africain et catholique fervent.

    Accusé de nombreuses violations des droits de l'Homme dans son pays, M. Mugabe est interdit sur le sol de l'Union européenne. Mais l'Italie ne peut pas lui refuser de gagner le territoire du Vatican.

    Autre point de friction diplomatique potentielle: la venue du président taïwanais Ma Ying-jeou, qui a déjà suscité l'ire de Pékin.

    La Chine a rompu ses relations avec le Vatican en 1951, après que ce dernier eut reconnu Taïwan, rupture devenue définitive avec la création d'une Église catholique contrôlée par le régime chinois.

    Pour désamorcer les polémiques, le Vatican a réaffirmé lundi, par la voix du père Lombardi, que personne n'est "invité" mais que "tous ceux qui veulent venir sont bienvenus".

    © 2013 AFP


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  • Vatican

    Argentine. Un des jésuites arrêtés par la junte n’en veut pas au pape

    Religions lundi 18 mars 2013 
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    La controverse sur l’attitude de l’Église argentine pendant les années de dictature (1976-1983) a ressurgi après l’élection de Jorge Bergoglio.

    L’ex-archevêque de Buenos Aires a été entendu comme témoin par la justice sans jamais avoir été mis en cause.

    Les détracteurs de Jorge Bergoglio stigmatisent son rôle dans la disparition de deux missionnaires jésuites, Orlando Yorio et Francisco Jalics, emprisonnés le 23 mars 1976, puis torturés dans un centre de détention connu pour sa cruauté, l’Ecole de mécanique de l’armée (ESMA). Ils avaient été libérés cinq mois plus tard.

    Le père Jalics revient sur ces années

    Orlando Yorio est mort en Uruguay en 2000. Francisco Jalics, d’origine hongroise est installé dans le sud de l’Allemagne depuis la fin des années 1970.

    Il revient, dans un texte publié sur le site Internet de l’ordre jésuite en Allemagne, sur ses années en Argentine et son enlèvement.

    « Je ne peux me prononcer sur le rôle du père Bergoglio (futur pape François, ndlr) dans ces événements », affirme le prêtre.

    Il précise cependant : « J’ai quitté l’Argentine après notre libération. Plus tard, nous avons eu l’occasion de discuter des événements avec le père Bergoglio qui était entre-temps devenu archevêque de Buenos Aires. »

    « Nous nous sommes enlacés »

    « Nous avons ensemble célébré une messe publique et nous nous sommes enlacés solennellement. Je suis en paix avec ce qui s’est passé et considère l’histoire comme close », déclare-t-il, ajoutant : « Je souhaite au pape François de recevoir les bénédictions divines dans l’exercice de sa mission. »


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