• Ruffo : "La sexualité est une découverte,

    Montpellier Ruffo : "La sexualité est une découverte, une transgression extra-familiale"

    SOPHIE GUIRAUD
    21/11/2011, 10 h 39 | Mis à jour le 21/11/2011, 10 h 46
    Les conférences de Marcel Rufo (au centre) font souvent salle comble. Montpellier n’a pas échappé à la règle.
    Les conférences de Marcel Rufo (au centre) font souvent salle comble. Montpellier n’a pas échappé à la règle. (Photo DOMINIQUE QUET)

    Première fois, masturbation, homosexualité, skins party, pédophilie... Pédopsychiatre réputé, Marcel Rufo, qui était à Montpellier la semaine dernière, évoque sans tabou ces délicates questions.

    "A partir de quel âge faut-il commencer à leur en parler ?" demande Anne, 44 ans, de Jacou (Hérault). "Que peut-on réellement dire ou ne pas dire sans choquer ?", interroge Corinne, 48 ans, de Vauvert. "Comment dire à de jeunes enfants d’être vigilants avec leur corps sans leur faire peur ?", questionne Elsa, une Montpelliéraine de 33 ans.

    Véronique, 42 ans, de Vauvert, est dubitative : "Mon pré-ado se transforme, un mal-être et une pudeur se sont instaurés et il ne veut surtout pas parler de sexualité. Que faire ?" Marcel Rufo a été très sollicité lors de son passage à Montpellier, jeudi dernier. Il n’a pas réponse à tout, mais ses conseils sont toujours avisés.

    Marcel Rufo : "Quand on est un petit garçon ou une petite fille, il faut ignorer la sexualité de ses parents"

    "Quand j’étais un petit garçon, je n’étais séparé de la chambre de mes parents que par un rideau. La nuit, parfois, j’avais l’impression qu’un lion venait, et j’appelais mes parents “Maman, papa, il y a un lion...” “Dors”, me répondait invariablement ma mère. Qu’est-ce qui se passait derrière le rideau ? Je n’ai jamais su. Quand on est un petit garçon ou une petite fille, il faut ignorer la sexualité de ses parents. Les parents doivent d’abord se souvenir qu’ils sont des anciens enfants, et que ce qui les a protégés, c’est que leurs parents ne leur ont pas parlé de leur sexualité", insiste Marcel Rufo, qui à l’inverse, rappelle que "la meilleure façon d’être parent, c’est de ne pas connaître la sexualité de son enfant".

    Il martèle le message à grand renfort d’anecdotes. "Est-ce au père ou à la mère de parler de sexualité ?", l’interroge-t-on encore. "Ce ne sont pas les parents les mieux placés", répond-il invariablement, renvoyant vers des tiers "neutres", un médecin, un gynécologue, le Planning... "C’est strictement interdit de partager des histoires de sexe avec son fils/sa fille. L’intimité est la clé de la sexualité. Laissez vos enfants tranquilles, n’essayez pas d’être leur ami... La sexualité est une découverte, une transgression extra-familiale". A appréhender différemment selon l’âge de l’enfant.

    "Oui, le petit garçon est amoureux de sa mère et la petite fille de son père, mais ce n’est pas du sexe, il n’y a pas de désir. C’est une relation affective."

    Marcel Rufo : "Il faut que l’enfant ait peur de la sexualité pour, plus tard, l’assumer"

    De même, affirme Rufo, "l’enfant découvre son corps par la masturbation. Mais elle n’est pas sexuée. Elle ne le sera qu’à l’adolescence". Il indique enfin que si l’"homosexualité se révèle à l’adolescence, la famille le sait depuis longtemps", "dès l’âge de 6 ou 7 ans".

    Enfin, il met en garde sur la frontière ténue, pendant l’enfance entre "les jeux sexuels et les abus sexuels". "Du CP au CM2, on parle de la phase merveilleuse dite de latence des émois amoureux... C’est faux. A l’école primaire, on est amoureux !" Mais on n’a pas de sexualité : "Il faut que l’enfant ait peur de la sexualité pour, plus tard, l’assumer. Qu’il n’ait pas trop tôt une vie sexuelle."C’est aussi pendant cette période que les enfants deviennent pudiques, c’est nécessaire : "C’est la pudeur qui protège l’enfant d’actes pédophiles", perpétrés "à 80 % à l’intérieur de la famille", rappelle Rufo.

    Les adolescents "en savent un bout sur la sexualité"

    Petit à petit, "un espace sexuel va s’aménager", puis "la sexualité libère de la famille. On s’autorise à partir", analyse le pédopsychiatre, qui rappelle que les adolescents "en savent un bout sur la sexualité". "Pour l’immense majorité d’entre eux, la première relation ne sera d’ailleurs pas terrible." Mais ce n’est pas forcément grave : "Il ne faut pas trop sacraliser cette première fois, la sexualité est un long apprentissage." Est-ce qu’il faut accueillir le (la) petit(e) ami(e) à la maison ? "Je suis circonspect, il faut qu’ils se débrouillent, qu’on reste le plus possible à distance".

    Et d’exhorter les parents : "Posez des limites ! Il y a des frustrations nécessaires. Être parent, ce n’est pas séduire, c’est protéger, c’est bien connaître ses enfants, ce n’est pas les idéaliser."


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