• Séisme politique en Espagne

    Séisme politique en Espagne

    Le Monde.fr | <time datetime="2015-05-25T02:52:39+02:00" itemprop="datePublished">25.05.2015 à 02h52</time> • Mis à jour le <time datetime="2015-05-25T11:24:05+02:00" itemprop="dateModified">25.05.2015 à 11h24</time> | Par

    <figure class="illustration_haut " style="width: 534px"> A Barcelone, la liste de gauche emmenée par Ada Colau a remporté la mairie, dimanche 24 mai. </figure>

    Sur les places publiques de Madrid et de Barcelone, des centaines de personnes dansaient de joie dimanche 24 mai. Les élections municipales et régionales en Espagne font figure de véritable séisme politique. Elles marquent la fin du bipartisme qui articule les institutions espagnoles depuis la transition démocratique (1975-1982).

    Après quatre ans au pouvoir, le Parti populaire (PP, droite), marqué par la politique d’austérité menée durant la crise et par une succession de scandales de corruption, s’effondre. Il perd 40 % des voix par rapport à 2011, permettant au Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) de remporter la victoire dans de nombreuses régions et mairies, malgré une nouvelle chute de 12,5 % des voix. L’entrée en force du parti de la gauche radicale Podemos, qui ne se présentait sous ce nom que pour les élections régionales, et du parti de centre droit Ciudadanos, va obliger les deux grands partis à sceller des accords avec ces nouvelles formations s’ils veulent gouverner.

    Les clefs de Barcelone aux Indignés

    A Barcelone, la liste citoyenne emmenée par Ada Colau, figure de la plate-forme de lutte contre les expulsions immobilières (PAH) et du mouvement des Indignés, qui regroupe Podemos, les écologistes catalans et des activistes de gauche, a remporté la mairie avec une courte majorité de vingt et un conseillers municipaux, devant les nationalistes de droite de Convergence et Union (CIU, vingt conseillers). Les Indignés devraient obtenir, grâce à l’abstention probable des autres forces politiques, les clefs de la capitale catalane, avec un programme centré sur la lutte contre les inégalités sociales et la corruption. « Sans pouvoir médiatique, économique, judiciaire, nous avons démontré que l’on peut faire les choses autrement et (…) que le rêve et l’espoir peuvent l’emporter, » a déclaré, émue, Ada Colau, en séchant des larmes de joie devant une foule de sympathisants. La mobilisation des abstentionnistes à Barcelone, où la participation a augmenté de huit points par rapport aux dernières élections, a été la clef du scrutin.

    Sandrine Morel @sandrinemorel

    Très forte hausse de la participation dans les quartiers populaires de Madrid et Barcelone... Tremblement de terre politique en vue en Esp.

    Avec des moyens réduits, mais beaucoup d’enthousiasme et une imagination débordante, la plate-forme Ahora Madrid, emmenée par l’ancienne juge de 71 ans Manuela Carmena, soutenue par Podemos, par les écologistes d’Equo et par des membres critiques du parti des écolo-communistes de la Gauche unie, est parvenue à se hisser à la seconde position dans la capitale, à un siège du Parti populaire, qui gouvernait Madrid avec une majorité absolue depuis 1991. Il ne fait pas de doute qu’elle sera la prochaine maire de la capitale, grâce au soutien attendu du PSOE, qui a besoin de Podemos pour prendre le pouvoir dans de nombreuses régions. C’est donc en vainqueur que Manuela Carmena s’est présentée devant une foule déchaînée qui scandait son nom.

    « Le plus singulier, spécial et extraordinaire de cette campagne est que notre unique monnaie pour la faire a été l’imagination, la joie et la créativité, » a-t-elle déclaré, en référence aux multiples initiatives nées en dehors de la plate-forme autour de sa candidature. Des graphistes ont créé bénévolement des centaines de logos à partir de son image et les ont diffusés sur les réseaux sociaux ; des artistes ont composé des chansons, écrit des poèmes, créé des tee-shirts et des autocollants, que des chauffeurs de taxi de la capitale arboraient sur leurs véhicules. « Cette victoire est la vôtre, » a-t-elle conclu, la voix couverte par les cris de joie de ses sympathisants, réunis devant le musée Reina Sofia.

    Changement « irréversible »

    La mine déconfite, Esperanza Aguirre, la candidate du Parti populaire, n’a pas vraiment cherché à démentir la victoire que s’est attribuée Manuela Carmena, se contentant de rappeler sans conviction qu’« en tant que parti qui a reçu le plus de voix, nous devrions avoir la mairie si les autres partis ne scellaient pas d’accord ».

     


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