• Six femmes en colère

    Le blog théâtre de Jack Dion

    Six femmes en colère

    Un auteur canadien accro de Shakespeare, une compagnie pleine d’audace, des actrices qui ne reculent devant rien, cela donne « Les Reines », une pièce digne du grand Will.



    Six femmes en colère
    Se plonger dans l’univers de Shakespeare sans paraître présomptueux ou sans jouer petit bras est un défi qu’il faut oser relever. Il en aurait fallu davantage pour effrayer Normand Chaurette, natif du Québec. Cet auteur qui vit à Montréal n’a pas hésité à plonger dans le célèbre « Richard III » pour en tirer une pièce fort décapante sur la place des femmes (et donc des hommes) dans l’Histoire, avec un grand H, s’il vous plaît.

    Cette pièce s’appelle « Les Reines », comme il se doit. Créée voici quelques années,  elle est mise en scène par Aude Ollier, qui anime la (jeune) compagnie « Pourquoi pas ? », qui revendique une devise fort simple : « Faîtes bien avec rien, faîtes mieux avec peu ».

    Nous sommes à Londres le 20 janvier 1483, au beau milieu d’un « siècle minuscule », comme dira l’une des impétrantes. Du début à la fin, elles sont six sur scène. Six à se disputer le titre de future reine d’Angleterre, alors que le roi Edouard V agonise, et que Richard III s’apprête à lui succéder afin de perpétrer la domination de la dynastie des Plantagenets, qui va s’arrêter avec lui. Six qui vont imaginer les pires scénarii pour se jouer des concurrentes afin d’accéder à la plus haute marche du trône. Six femmes qui ont laissé tous les principes moraux au vestiaire pour arriver à leurs fins, au prix de méthodes où la fin justifie tous les moyens.

    Tout est sacrifié (si l’on ose dire) à cette sanglante lutte pour le pouvoir. La scénographie est des plus épurées. Elle se réduit à la robe de la future élue, suspendue au milieu du plateau, à des valises alignées où sont enfouis les secrets de (grande) famille accumulés au fil des ans,  et enfin à trois lampes baladeuses symbolisant les rois absents, ceux dont tout le monde parle mais que l’on ne voit jamais.

    Des six femmes en présence, c’est la futile Anne Warwick (interprétée par Aude Ollier) qui remportera la partie, au terme d’une furia psychologique des plus âpres. C’est elle qui finira par épouser le roi Richard alors que son frère Edouard VII agonise. C’est elle qui laissera sa sœur Isabelle dans les cordes, qui larguera Elizabeth, reine en titre. C’est elle qui se jouera de la vieille duchesse d’York, mère d’Edouard V et de Richard, aigrie de ne jamais avoir été reine. C’est elle qui, dans un élan du cœur étonnant, acceptera de la laisser se parer de la couronne miraculeuse, dix secondes durant, dix petites secondes, afin de rattraper le temps perdu, dans un final crépusculaire éblouissant, illustrant cette formule de l’une des Reines : « Cette maison est un entonnoir où tout pourrit ».

    L’ensemble est enlevé et bien mené, même si certaines scènes paraissent surjouées. Foin des remarques de détail, « Les Reines », c’est du Shakespeare sans Shakespeare.   

    * « Les Reines » d’après « Richard III » de William Shakespeare, de Normand Chaurette, mise en scène Aude Ollier, avec Sophie Cartier Dodds, Soizic Fonjallaz, Eve Herszfeld, Franka Hoareau, Aude Ollier, Caroline Valentin. Théâtre Douze, 6 avenue Maurice Ravel, 75012 Paris, jusqu’au 16 octobre.

    Mardi 6 Septembre 2011
    Jack Dion

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