• D8 : Canal+ réussira-t-il son offensive sur la TNT ?

    Ce dimanche à 20h35, Direct 8 va tirer sa révérence et céder sa place à D8, une chaîne gratuite du groupe Canal+. D8 vise 4 % de part d'audience d'ici à trois ans et entend bien bousculer les acteurs historiques de la TNT.

    Les pieds dans le PAF

    Publié le 7 octobre 2012   
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    La nouvelle chaîne de télévision D8 est lancée ce dimanche.

    La nouvelle chaîne de télévision D8 est lancée ce dimanche. Crédit DR

    Atlantico : La chaîne D8 se lance ce dimanche à 20h35 dans le grand bain de la TNT. Le groupe Canal+ présente sa chaîne comme "moderne, haut de gamme, positive et divertissante." A qui s'adressera cette nouvelle chaîne ? Quel est l'objectif en termes d'audimat ?

    Paul-Antoine Solier : L’objectif affiché de D8 est de « sauter une classe ». En vitesse de croisière, la chaîne sera dotée d’un budget annuel de 120 millions d’euros. C’est trois fois plus que les leaders de la TNT comme TMC ou W9. La chaîne vise 4% de part de marché d’ici 2015. Son slogan, assez arrogant, « La nouvelle grande chaîne », affiche clairement ses ambitions. C’est une manière de dire aux autres chaînes de la TNT : « On ne joue pas dans la même catégorie. » Dès le 22 octobre, c’est la démonstration de force. D8  lance « Amazing Race », un gros barnum. C’est un « Pékin Express » autour du globe, sauf que les candidats n’ont pas « un euro par jour », mais une carte de crédit pour prendre l’avion d’un continent à l’autre. Au niveau du positionnement, toutes les chaînes généralistes se disputent la même cible, à savoir la ménagère de moins de 50 ans, et D8 ne déroge pas à la règle avec une tonalité CSP+. Entre « Amazing Race », proche de « Pékin Express » et le retour de « La Nouvelle Star », D8 a clairement M6 dans son viseur, au risque de faire parfois un peu « me too ».

    Concernant la grille, on a pu notamment remarquer le départ de Jean-Marc Morandini et l'arrivée d'une pléiade de stars (Laurence Ferrari, Audrey Pulvar, Cyril Hanouna, Daphné Roulier). D8 semble avoir voulu effacer les années Direct 8 pour pencher vers quelque chose de plus haut de gamme, plus "chic" ?

    Il ne s’agit pas d’effacer les années Direct 8. D8 est tout simplement une nouvelle chaîne, avec sa propre ligne éditoriale, cohérente avec celle du groupe Canal. Personnellement, je ne considère pas l’émission de Jean-Marc Morandini comme « bas de gamme ». Chacun a sa ligne éditoriale et son public. Son nouveau talk-show vise une cible plus jeune qui correspond mieux aujourd’hui à NRJ12 qu’à D8. D8 doit affirmer au plus vite son identité, c’est pourquoi la chaîne fait appel à des visages célèbres pour marquer le coup. Ces animateurs sont des « ambassadeurs » qui permettent d’incarner la chaîne et de prêcher la bonne parole dans la presse spécialisée et sur les plateaux télé. La plupart des téléspectateurs ne sont pas rivés sur l’actualité médiatique et beaucoup ignorent sans doute le lancement de cette nouvelle chaîne. Il est donc important de montrer par tous les moyens que le changement… c’est maintenant.

    Les groupes audiovisuels concurrents ont essayé jusqu’au bout d’empêcher le rachat de Direct 8 par le groupe Canal. Les conditions imposées par le CSA sont-elles contraignantes ?

    Il est clair que ce n’est pas une bonne nouvelle pour les grands groupes audiovisuels. La télévision gratuite est financée par la publicité (ou par la redevance) et le « gâteau publicitaire » n’est pas extensible à foison. L’arrivée d’un nouveau concurrent entraîne mathématiquement une baisse des recettes publicitaires d’autant que tout le monde se dispute, comme on l’a dit, plus ou moins la même cible. Par ailleurs, le groupe Canal, en tant que bouquet de chaînes payantes, a une position privilégiée pour négocier les droits des séries blockbusters des majors américaines. C’est surtout pour cette raison que le CSA a dû intervenir, et les conditions imposées ne sont finalement pas si contraignantes.

    L’objectif du CSA a été d’empêcher le groupe Canal+ de profiter du monopole qu’il détient sur le marché des droits, en payant pour acquérir des programmes en clair moins chers que ses concurrents. Parmi les principales concessions obtenues par le CSA, figure l’impossibilité durant 3 ans, pour D8, de programmer une série US plus d’une fois par semaine, en première partie de soirée. S’y ajoutent des conditions plus « positives » favorables à la création comme la diffusion d’au moins 730h de programmes totalement inédits à la télévision française. Ces conditions ont été peu ou pas critiquées ni par Canal+, ni par les autres chaînes privées.

     

    Quelles conséquences le passage du payant au gratuit a-t-il pour groupe Canal+ ?

    L’entrée du groupe Canal sur le marché de la télévision gratuite est historique. Canal+ est de plus en plus concurrencé sur son offre premium, notamment sur le Foot par BeIN Sport, et le groupe doit stratégiquement se diversifier. Mais le passage au gratuit est plus compliqué qu’il n’y parait. Tout l’enjeu pour D8 est de devenir une chaîne de qualité sans cannibaliser Canal+. A quoi bon payer un abonnement si on peut avoir accès aux mêmes programmes gratuitement ? De même, D8 ne doit pas affaiblir les émissions en clair de Canal+. Ainsi, il est surprenant de voir que le très médiatique « Grand 8 » de Laurence Ferrari est en concurrence frontale avec la « Nouvelle Edition » d’Ali Baddou. Il s’agit de deux talk-shows très proches, ayant la même marque de fabrique, avec un décor et des méthodes de production très semblables. On se demande pourquoi ils n’ont pas joué la contre-programmation.

    Enfin, la télévision gratuite est très réglementée, et ces règles strictes sont valables pour tout le monde. Par exemple, une chaine gratuite n’a pas le droit de diffuser en prime time des scènes interdites aux moins de 12 ans. Ainsi, D8 ne pourra certainement pas en l’état diffuser en première partie de soirée certaines créations originales du groupe, comme « Maison close » ou « Borgia », alors que Canal+, chaîne cryptée, n’est pas soumise à ces contraintes. Cette partie juridique de mise en conformité n’est pas négligeable et aura peut-être une influence sur les prochaines créations originales qui devront s’autocensurer pour être à la fois diffusables en payant et en gratuit. 

    Qu'en sera-t-il pour D17, la seconde chaîne acquise par Canal ?

    D17, anciennement Direct Star, est l’enfant non désiré. Cette chaîne est soumise à d’importants quotas musicaux (75%) et ce n’est pas facile de faire de l’audience avec une telle contrainte. Le groupe Canal ne semble pas vouloir investir dans cette chaîne vendue dans le « package Bolloré ». C’est vraiment dommage, la musique est dans l’ADN de Canal+ et le groupe est sans doute l’un des mieux placés pour en faire une vraie chaîne musicale de qualité. Espérons que la chaîne ne soit pas qu’un « robinet à clips » et que le groupe Canal, même avec peu de moyens, en fasse un laboratoire à création, comme pour faire revivre « l’esprit Canal » qui a fait le charme de ses débuts. 

    Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

    Paul-Antoine Solier

    Paul-Antoine Solier est responsable du développement d’une société de production de télévision. Il est diplômé de l’EM LYON et titulaire d’une maîtrise de Droit Public à l'Université Paris II.

    Pour le suivre sur Twitter, c'est ici.



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    Burn-out : les symptômes d'un mal méconnu

    Le burn-out ou syndrome d'épuisement professionnel concerne de plus en plus de salariés. Les spécialistes s'alarment face à cette maladie aux signes avant-coureurs pourtant détectables.

    Par Tiphaine Thuillier pour LEntreprise.com, publié le <time datetime="2012-09-26">26/09/2012 à 19:15   </time>
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    </aside><figure class="ouverture"> "Trois points flagrants peuvent être alors remarqués chez les personnes souffrant de burn-out: l'épuisement émotionnel, la dépersonnalisation qui peut conduire au cynisme à l'égard du travail et une perte totale d'estime de soi", détaille Agnès Martineau-Arbes, médecin du travail. <figcaption>

    "Trois points flagrants peuvent être alors remarqués chez les personnes souffrant de burn-out: l'épuisement émotionnel, la dépersonnalisation qui peut conduire au cynisme à l'égard du travail et une perte totale d'estime de soi", détaille Agnès Martineau-Arbes, médecin du travail.

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    La prise de conscience est lente, difficile. Pourtant, la question des troubles psycho-sociaux et celle du burn-out constituent un enjeu crucial pour les salariés et les entreprises.
    Le terme anglais " burn-out " (to burn signifie brûler) implique l'idée que le salarié se consume, physiquement et moralement jusqu'à l'épuisement total. D'abord repérée dans le secteur médical, cette pathologie concerne désormais tous les milieux professionnels. Lors d'un colloque organisé par le cabinet Technologia consacré à ce sujet, le mercredi 26 septembre à Paris, plusieurs pistes d'identification et de prévention de ce mal moderne ont été esquissées.

    Epuisement émotionnel, perte d'estime de soi...

    L'apparition d'un syndrome d'épuisement professionnel se manifeste d'abord par un engagement mental et temporel excessif du salarié. "Trois points flagrants peuvent être alors remarqués chez les personnes en souffrance : l'épuisement émotionnel, la dépersonnalisation qui peut conduire au cynisme à l'égard du travail et une perte totale d'estime de soi", détaille Agnès Martineau-Arbes, médecin du travail.

    Certains réactions auxquelles il faut prêter attention doivent alerter. Sur le plan émotionnel, le salarié peut se monter irritable, connaître des périodes d'insomnie ou d'hypocondrie ; sur le plan cognitif, il perd la mémoire et sa capacité de concentration ; sur le plan comportemental, il peut se réfugier dans l'alcool, le tabac ou la drogue et, enfin, sur le plan physique, il développe des pathologies comme des ulcères ou des lombalgies.

    "Outre les formes classiques d'épuisement et de frénesie, on distingue également un type de burn-out dit de résignation, poursuit Agnès Martineau-Arbes. Plus rare, il concerne souvent des salariés mis au placard. Il en résulte un détachement total à l'égard du travail qui peut parfois conduire à la dépression ou pire, au suicide." Mais le burn-out n'est pas une dépression. "Pour simplifier, je dirais que la dépression suppose une spirale descendante, une forme d'abattement, tandis que le burn-out s'inscrit, au contraire, dans une spirale ascendante, une frénésie d'activité jusqu'au point de rupture", détaille Agnès Martineau-Arbes.

    Des terrains propices

    Même si on ne peut pas en faire une règle universelle, certains éléments contextuels peuvent précipiter l'apparition de ce syndrome. Agnès Martineau-Arbes en distingue quatre : 1/ un stress prolongé et permanent, 2/ une frénésie d'activité, 3/ une incapacité à s'arrêter de travailler malgré des difficultés de concentration, 4/ une absence ou manque de reconnaissance suffisante (par rapport à des attentes souvent importantes).

    Les professions avec de fortes responsabilités ou soumises à la pression d'objectifs, mais aussi celles synonymes de sollicitations émotionnelles ou intellectuelles permanentes constituent un terreau à risque. Un ouvrier tout comme un cadre peut souffrir de ce syndrome.

    Des personnalités plus vulnérables

    Outre le cadre professionnel, certaines personnalités sont plus susceptibles que d'autres de développer ce syndrome. Ainsi, les gens qui développent de très fortes attentes à l'égard de leur emploi, ceux qui lient performances professionnelles et estime de soi ou bien ceux qui surinvestissent le champ du travail au détriment de leur vie personnelle ou sociale ont plus de risques d'atteindre le point de rupture.

    Répondre à tous niveaux

    Le médecin distingue trois niveaux de réponse lors de l'établissement d'un diagnostic de burn-out : traquer le sur-engagement dans l'entreprise, détecter ce qui dans l'organisation collective a pu précipiter ce drame ; identifier les éléments personnels du salarié, les éléments propres à sa structure psychique pouvant expliquer cette pathologie et enfin, une prise en charge médicale. Soignée, une personne victime de burn-out peut s'en sortir et, à terme, retravailler. " Mais tout ceci prend du temps. J'ai vu des gens arrêtés pendant plus d'un an et demi ", conclue Agnès Martineau-Arbes. Une durée minimale de convalescence car le burn-out provoque suscite une déflagration interne violente dont le salarié ne sort pas indemne.

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  • Dernière modification : 25/09/2012 

    Police et manifestants anti-austérité s'affrontent à Madrid

    Police et manifestants anti-austérité s'affrontent à Madrid

    Des manifestants anti-austérité et les forces de l'ordre se sont affrontés ce mardi à Madrid. Ils protestent notamment contre la réduction de leurs aides sociales. Cette semaine, le gouvernement doit annoncer de nouvelles mesures de rigueur.

     
     

    Des échauffourées ont opposé manifestants et policiers lors d'un rassemblement mardi à Madrid contre les mesures d'austérité que doit annoncer cette semaine le gouvernement de Mariano Rajoy dans le cadre du budget 2013.

    Des milliers de personnes se sont rassemblées sur la place Neptune où elles voulaient former une chaîne humaine autour du Parlement, dont l'accès était bloqué par les forces de l'ordre.

    La télévision espagnole a diffusé des images où l'on voit des policiers matraquer des manifestants.

    Les participants à la manifestation, organisée via internet par différents groupes d'activistes, semblaient plus jeunes que dans les récents rassemblements qui ont eu lieu, à l'appel des syndicats institutionnels.

    Les manifestants accusent l'Etat d'avoir réduit les aides sociales au profit d'un renflouement du secteur bancaire.

    "Mon salaire annuel a chuté de 8.000 euros et s'il continue à baisser je ne pourrai pas joindre les deux bouts", a dit Luis Rodriguez, un pompier de 36 ans qui participaient à la manifestation.

    Le président du gouvernement, Mariano Rajoy, a une marge de manoeuvre réduite après avoir déjà considérablement diminué les traitements des fonctionnaires, augmenté de trois points la TVA, à 21%, et réduit les dépenses en matière d'éducation et de santé.

    Reuters


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  • L'armée à Marseille ? "A chacun son boulot"

    Créé le 30-08-2012 à 18h58 - Mis à jour à 20h04  lien

     

    Les policiers, défavorables à la proposition de la sénatrice PS Samia Ghali, rappellent surtout la nécessité de renforcer les effectifs.

     

    Après un règlement de compte dans les quartiers nord de Marseille en mai dernier. (Cyril Sollier/ Max PPP)

    Après un règlement de compte dans les quartiers nord de Marseille en mai dernier. (Cyril Sollier/ Max PPP)

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    Partant du principe que "les autorités ne mesurent pas la gravité de la situation", et après un 14e mort dans un règlement de comptes mercredi soir, la sénatrice et maire PS des 15e et 16e arrondissement de Marseille, Samia Ghali, a réitéré une proposition qu'elle avait déjà formulé : avoir recours à l'armée pour lutter contre le trafic de drogues dans les quartiers nord. Tollé. "Hors de question" selon le ministre de l'Intérieur Manuel Valls. Idem selon François Hollande. Sans grande surprise, les policiers n'y sont pas non plus favorables.

    "Le Nouvel Observateur" a questionné le délégué départemental du syndicat Unité SGP Police FO Alphonse Giovannini et le secrétaire zonal adjoint d'Alliance police David-Olivier Reverdy.

    Comment avez-vous acceuilli la proposition de Samia Ghali ?

    -A. Giovannini : "Nous travaillons déjà avec les militaires lors de certaines missions spécifiques de patrouilles dans des zones sensibles (gares, aéroports,...) dans le cadre du plan Vigipirate. Cela fonctionne très bien. Dans le cadre de missions liées à la criminalité, au trafic de drogue, ou à l'économie parallèle, on pense en revanche qu'il vaut mieux mettre des policiers que des militaires, qui n'ont pas la même connaissance de ces domaines. Ne pratiquons pas le mélange des genres. Cela risquerait, en outre, d'envenimer la situation. Il n'y a qu'à voir ce qu'il s'est passé hier soir. La jeune femme, au volant, s'en est miraculeusement sortie. Face à de tels voyous utilisant ce type d'armes, les risques de dommages collatéraux sont importants. Il faut être habitué à ce type de terrain. Nous le sommes. Et nous avons déjà nous-mêmes des difficultés à entrer dans certains secteurs."

    -D-O. Reverdy : "La France n'est pas en guerre. Chacun son boulot. Les militaires en ont un, nous en avons un autre. Ils ne sont en effet pas aguerris au trafic de drogue et à l'économie souterraine. Nous ne comprenons pas cette proposition : nous souhaitons disposer du même statut d'utilisation des armes que les gendarmes et on nous le refuse. Et après on propose de mettre des militaires, qui plus est dans un secteur retenu comme zone de sécurité prioritaire (ZSP) -nous aurions d'ailleurs préféré que toute la ville soit concernée, car la criminalité est partout à Marseille- et alors que nous ne savons pas encore ce que cela va donner. Cela ne nous paraît pas logique. Nous constatons en revanche une réelle prise de conscience de la criminalité à Marseille."

    Quelle sont, selon vous, les priorités ?

    -A. Giovannini : "Notre vrai problème est toujours le manque d'effectifs. Depuis les deux quinquennats précédents, la baisse est régulière. Deux écoles ont fermé à Marseille et à Fos-sur-Mer, et le manque de policiers sur le terrain est toujours fort. Peut-être le gouvernement pourrait-il, pour renforcer les effectifs à Marseille, revoir le système de mutation et diminuer les délais avant lesquels les policiers ne peuvent pas bouger ? L'autre gros problème que nous rencontrons est celui des services d'investigation : police judiciaire et sûreté départementale. Nous avons en ce moment deux règlements de compte par mois. La PJ est régulièrement saisie, mais n'a pas le temps d'enquêter qu'elle doit déjà repartir sur une autre affaire. Les fonctionnaires sont coincés dans les bureaux, et vont de moins en moins sur le terrain. Ils sont plus dans la réaction que dans l'action.

    Il faudrait gonfler l'UPU (Unité de prévention urbaine) qui va dans les cités, et renforcer le renseignement. Le préfet de police de Marseille devrait aussi avoir les mêmes prérogatives que celui de Paris et pouvoir saisir toutes les directions. Une meilleure coordination entre les services permettrait une plus grande efficacité et une action plus ciblée. On devrait également avoir un service spécialisé dans le trafic d'armes, ce qui n'a jamais été fait. On pourrait aussi remettre des commissariats dans les cités, ce qui éviterait que toute la cité soit au courant quand on souhaite y pénétrer.

    -D-O. Reverdy : "Il faut, c'est vrai, renforcer le renseignement pour obtenir des informations en amont et endiguer de manière plus efficace encore les phénomènes criminels. Et renforcer les services d'investigation qui font un travail de fourmi pour remonter et démanteler les réseaux. Nous devons aussi multiplier les patrouilles, comme lors de l'opération Brennus, il y a deux ans, avec les CRS. Il faut mettre des effectifs à l'intérieur et aux abords des cités pour gêner les acheteurs et les dealers, et sécuriser la population."

    Que pensez-vous de la réaction du ministre de l'Intérieur et du prochain comité interministériel ?

    -A. Giovannini : "Samia Ghali, coutumière du fait, est dans son rôle. Elle est des quartiers nord, et a voulu interpeller son gouvernement pour qu'il fasse bouger les choses. Nous allons voir ce qui va être fait, mais nous regrettons que Manuel Valls, qui s'est déjà déplacé à Marseille, ne nous ait toujours pas rencontrés au niveau local. Ce comité interministériel n'est pour l'instant qu'une annonce. Voyons ses modalités et si le gouvernement est réellement prêt à discuter."

    -D-O. Reverdy : "Il faut réunir tous les acteurs : bailleurs sociaux, éducation nationale, police et gendarmerie, justice,... pour travailler, ensemble, dans la même direction."


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  • Dernière modification : 24/08/2012 

    L'incarcération d'une jeune chrétienne relance le débat sur le blasphème au Pakistan

    L'incarcération d'une jeune chrétienne relance le débat sur le blasphème au Pakistan

    Rimsha Masih, une adolescente pakistanaise de confession chrétienne, pourrait être condamnée à mort pour avoir brûlé des pages du Coran. Connue pour sa dureté et son archaïsme, la loi contre le blasphème fait régulièrement polémique dans le pays.

    Par Anne-Diandra LOUARN (texte)
     

    En début d’année, Mehrabad faisait figure d’exemple au Pakistan. Dans ce quartier pauvre de la capitale Islamabad, les musulmans n’avaient pas hésité à contribuer à la construction d’une église destinée aux 500 familles de confession chrétienne. Tout un symbole dans un pays où cette minorité religieuse, qui représente à peine 2 % de la population, est souvent victime des pires brimades.

    Mais, au fil des mois, des discordes entre les deux communautés sont apparues et, début août, les musulmans ont réclamé la fermeture de l’église. C’est dans ce contexte tendu qu’a éclaté l’affaire Rimsha Masih. Accusée de blasphème pour avoir brûlé des pages où étaient imprimés des versets du Coran, cette jeune chrétienne a été arrêtée le 16 août et placée en détention provisoire, après qu’un voisin musulman l’eut dénoncée. Elle encourt la peine de mort.

    L’affaire est d’autant plus délicate que l’âge et la responsabilité mentale de la jeune fille font débat. Une source policière, s’appuyant sur un rapport médical effectué après son interpellation, la décrit comme une adolescente de 16 ans, analphabète. De son côté, Tahir Naveed Chaudhry, responsable d'une organisation pour les minorités au Pakistan, a affirmé que Rimsha serait une enfant âgée de 11 ou 12 ans, atteinte de trisomie 21. Dans le voisinage de la famille, on lui donne entre 10 et 13 ans.

    Réactions outrées à travers le monde

    Outrée, la communauté internationale s’est rapidement saisie de l’affaire. "Le gouvernement du Pakistan doit impérativement libérer Rimsha Masih et assurer sa protection ainsi que celle de sa famille et de leur communauté, a déclaré, depuis Washington, le très influent Conseil des relations américano-islamiques. L’arrestation d’une personne si jeune, surtout si elle est handicapée mentale, constitue une violation grave des principes fondamentaux de l’islam."

    La France a condamné également fermement cette affaire et a appelé Islamabad à respecter ses engagements internationaux, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié en 2010. "L'existence même du délit de blasphème porte atteinte aux libertés fondamentales, que sont la liberté de religion ou de conviction, ainsi que la liberté d'expression", a indiqué le ministère français des Affaires étrangères. Même son de cloche du côté d’Amnesty International, où l’on considère que cette affaire démontre la gravité de "l’érosion de l’état de droit".

    Le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a, pour sa part, déclaré qu’il prenait "sérieusement en considération" l'arrestation et a demandé au ministère de l'Intérieur de présenter un rapport sur cette affaire. Interrogé par FRANCE 24, Fazal-ur Rehman Afridi, président de l’Institut de recherche et d’études stratégiques de Khyber (Iresk), estime que ces déclarations "manquent cruellement de substance". "Le président s’est exprimé sous la pression de la communauté internationale. Mais à l’heure où l’intolérance religieuse est à son apogée au Pakistan, pourquoi n’a-t-il pas le courage d’abroger ces lois ?", demande-t-il, rappelant qu’en tant que chef de la majorité au Parlement, le président pakistanais dispose de l’autorité nécessaire pour agir.

    Une réforme de la loi anti-blasphème dans l’impasse

    Visant initialement à renforcer la liberté religieuse, sanctionner le blasphème est une pratique datant de plusieurs siècles, lorsque le Pakistan et l’Inde ne faisaient qu’un. En 1986, sous la dictature du général Zia ul-Haq, un texte est voté pour islamiser et durcir davantage la loi existante. Le blasphème devient alors passible de peine de mort.

    Bien qu’aujourd’hui une partie de la population, soutenue par la communauté internationale, soit en faveur d’un allègement de la loi contre le blasphème, la classe politique pakistanaise n’est pas près de présenter un amendement en ce sens. "Le gouvernement craint un soulèvement des musulmans radicaux qui ont le soutien d’une partie de l’opinion publique", explique Nazir S. Bhatti. Pour le président du Congrès chrétien pakistanais, l’espoir d’un changement est, en fait, entre les mains des États-Unis et de l’Europe. "S’ils conditionnent les fonds d’aide humanitaire en fonction du respect des droits de l’Homme et de la liberté de religion, on pourrait arriver à quelque chose", croit-il savoir.

    Assassinats en série

    En janvier 2011, le gouverneur de la province du Pendjab, Salman Taseer, avait été tué par son propre garde du corps pour avoir ouvertement soutenu Asia Bibi. Pendant des semaines, l’assassin est perçu comme un héro par une partie de la population tandis que des manifestations de soutien à la loi contre le blasphème se multiplient.

    Deux mois plus tard, Shahbaz Bhatti, le ministre chrétien des Minorités religieuses était à son tour abattu pour avoir défendu un amendement visant à supprimer la peine de mort de la loi contre le blasphème.

    Tandis que la population reste divisée sur la question, l’influence occidentale observée depuis plusieurs décennies pourrait faire son effet. "Il est tout à fait possible de faire évoluer l’état d’esprit des Pakistanais sur la question, notamment grâce aux madrasas qu’il faudrait moderniser. Dans ces écoles religieuses, on enseigne, encore aujourd’hui, la haine et l’intolérance envers les non-musulmans", rapporte Fazal-ur Rehman Afridi, qui a toutefois peu d’espoir pour le cas de Rimsha. "Même si elle venait à être libérée, elle finirait persécutée et tuée par des fanatiques religieux."

    Incidents isolés ?

    Bien que la peine de mort n’ait jamais été appliquée, la loi reste à l’origine de vives tensions et de crimes perpétrés en son nom. Ainsi, qu’ils aient été graciés par le président ou acquittés, les accusés sont bien souvent persécutés et exécutés une fois remis en liberté. Alors à Mehrabad, plusieurs familles auraient quitté le quartier depuis le début de l’affaire Rimsha, par crainte de représailles.

    Mais Arooj Humayun, secrétaire général du centre culturel franco-pakistanais, tient à préciser que les affaires comme celle de Rimsha sont aujourd’hui des cas isolés qui n’arrivent qu’en banlieues et dans les campagnes reculées, où les habitudes archaïques sont encore bien présentes. "Querelles de voisins, corruption, extorsion, problèmes des minorités, pauvreté y sont monnaie courante. Il faut donc sensibiliser et inciter la population à cohabiter."

    La communauté internationale reste malgré tout pessimiste quant à l’avenir de Rimsha dont l’histoire n’est pas sans rappeler celle d’Asia Bibi. Cette chrétienne d’une quarantaine d’année, mère de cinq enfants, avait été condamnée à mort pour blasphème en 2010. Plus de deux ans après, elle reste incarcérée et dans l’attente d’un nouveau jugement en appel devant la Haute Cour de Lahore.


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