• <header class="banner-headline">

    «Il faut réviser notre façon de traiter les animaux»

    Juliette HARAU<time datetime="2014-12-30T12:39:08" itemprop="datePublished"> 30 décembre 2014 à 12:39 </time>
    <aside class="tool-bar"> </aside><figure itemscope="" itemtype="http://schema.org/ImageObject">

    Selon le tribunal de Buenos Aires, Sandra, orang-outan de 29 ans, est «détenue illégalement» par le zoo de la capitale.

    <figcaption itemprop="description">

    Selon le tribunal de Buenos Aires, Sandra, orang-outan de 29 ans, est «détenue illégalement»

    par le zoo de la capitale. (Juan Mabromata. AFP)

    </figcaption></figure>
    INTERVIEW

    La philosophe Florence Burgat commente le statut de «personne non humaine» accordé par la justice argentine à Sandra, orang-outan du zoo de Buenos Aires.

    </header>

    Sandra n’a plus le droit d’être détenue par le zoo de Buenos Aires. Le 21 décembre, un tribunal argentin accordait le statut de «personne non-humaine» à cette orang-outan de 29 ans, et lui reconnaissait le droit à la liberté. L’animal ne retournera probablement pas à la vie sauvage car elle n’est plus capable de vivre dans son habitat naturel.

    <aside class="related" id="related-content">Sur le même sujet </aside>

    La philosophe Florence Burgat, directrice de recherche à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et corédactrice en chef de la Revue semestrielle de droit animalier, offre un éclairage sur cette décision insolite. Selon elle, le droit des animaux doit être repensé de façon radicale. Alors qu'en France, les animaux devraient passer, en janvier, de «biens meubles» à «êtres vivant doués de sensibilité» dans le code civil français, après troisième et dernière lecture du texte au Parlement, la chercheuse se dit favorable à l’introduction de droits fondamentaux communs à tous les êtres sensibles, ainsi qu’à des droits particuliers.

    Les grands singes avaient déjà acquis des «droits humains» en Espagne, en 2008. Pourquoi ces animaux en particulier ?

    Florence BurgatLes associations de défense des animaux parviennent à attirer l’attention du législateur sur le cas des grands singes car c’est à leur propos que la recherche est le plus avancée. Des études poussées montrent qu’ils peuvent souffrir, qu’ils ont des émotions. C’est pour le chimpanzé que ça a été le plus mis en évidence : une vie relationnelle, des formes complexes de conscience, une identité… Il ne s’agit pas de penser les animaux sur le modèle humain, mais plutôt de prendre en considération le sol commun aux êtres vivants doués de sensibilité et de vie psychique. Il est curieux d’entendre certaines personnes estimer que prêter aux animaux des qualités propres au vivant doué de vie psychique revient à faire de l'«anthropomorphisme». Comme si le fait d’être impliqué dans sa vie, d’avoir des relations, de voir, de sentir, d’aimer ou de détester, etc., était propre à l’homme ! C’est une réaction purement idéologique. Comme si l’humain avait le monopole du sensible alors que c’est le propre des organismes psychophysiques. Reconnaître que les animaux existent en première personne, vivent leur vie en propre, ce n’est pas les humaniser, c’est reconnaître leur caractère d’être vivant !

    Quelles autres espèces pourraient être reconnues pour leur sensibilité ? 

    Des critères similaires sont présents chez tous les vertébrés, les mammifères, les oiseaux. Pour les poissons, c’est beaucoup plus flou car les études sur ces espèces sont moins avancées. C’est un sujet qui intéresse moins. Pourtant il n’y a aucune bonne raison de les exclure de cette considération. Il existe aussi des zones d’ombre. La question n’est pas tranchée pour les animaux dits «inférieurs» qui vivent en colonie et dont l’individualité est moins marquée. Certains coquillages et insectes par exemple. 

    Doivent-ils avoir les mêmes droits que les êtres humains ? 

    Non, bien évidemment, il ne s’agit pas d’appliquer les droits humains aux animaux. Il est question de reconnaître des droits fondamentaux communs à toutes les espèces sensibles : le droit de ne pas être tué, le droit de ne pas être mutilé et torturé et le droit de ne pas être enfermé (l’habeas corpus dont a bénéficié Sandra, ndlr). A ces fondamentaux s’ajoutent des droits spécifiques pour les différentes catégories reconnues. Actuellement on parle des droits des femmes, des enfants, des malades… Chaque groupe a des particularités. Ca n’aurait pas de sens de reconnaître le droit à l’avortement aux hommes. De la même façon, il n’est pas question d’accorder le droit d’aller à l’école aux animaux. 

    Selon quelles catégories pourrait-on légiférer ?

    Aujourd’hui, les théories des droits des animaux énoncent surtout des droits négatifs : quels animaux il est interdit de tuer, quand est-ce possible… De leur côté, les législations s’en tiennent à des bricolages qui maintiennent l’animal dans un système pensé à l’aune des utilités que l’homme pourrait en retirer – je parle à dessein d'«utilité» et non de «nécessité». Les droits des groupes humains ont été pensés en fonction de ce qu’ils sont et non de ce à quoi ils peuvent servir ; contrairement à ceux des animaux, construits en vue de ce finalisme anthropocentrique. Les animaux ont été placés dans la catégorie des biens, c’est-à-dire des choses dont on peut disposer absolument, sans se demander si leur être propre rend ce statut juste.

    Le modèle de cohabitation pacifique avec les animaux le plus poussé à mon sens est théorisé dans l’œuvre Zoopolis, une théorie politique du droit des animaux, de Sue Donaldson et Will Kymlicka (1). L’étude propose d’octroyer le statut de «citoyenneté» aux animaux domestiques, celui de «résidents permanents» pour les animaux urbains, comme les pigeons, et la «souveraineté» pour les animaux sauvages. Il faudrait sortir du modèle cartésien qui prétend que les animaux réagissent mécaniquement aux situations qu’ils vivent alors qu’en fait ils y répondent de manière complexe. Ce qu’on fait subir aux animaux leur arrive en propre, ils le vivent. Cette notion de vécu est centrale.

    Les zoos ne jouent-ils pas un rôle utile pour la biodiversité ? 

    Il y a deux choses à bien distinguer : les intérêts des animaux en tant qu’individus, d’une part, et la question des espèces, d’autre part. Préserver un capital génétique en enfermant des individus est pour le moins discutable. C’est d’autant plus discutable que, on le sait, les habitats des animaux se réduisent comme une peau de chagrin. On peut donc se demander si l’argument de la biodiversité n’est pas un alibi.

    Les décisions comme celle de Buenos Aires sont-elles décisives ?

    Ce n’est ni anecdotique ni l’annonce d’un changement radical rapide des mentalités. Il s’agit d’un jalon dans un long processus. Nous nous pensons radicalement différents des animaux mais aussi opposés à eux. Or on peut envisager une spécificité humaine sans que cela ne justifie l’utilisation dévastatrice que nous faisons des animaux. La question majeure me semble de comprendre pourquoi nous ne voulons pas renoncer à cette violence.

    Ces décisions sont très importantes car elles montrent que les juges intègrent des éléments qu’on semble avoir du mal à admettre, parce qu’ils devraient conduire à une révision de nos façons de traiter les animaux. Or, ces comportements sont si profondément enracinés dans nos pratiques quotidiennes – manger de la viande, porter du cuir ou aller au zoo – que nous sommes déroutés à l’idée que cela devrait cesser.

    La législation est-elle en train de basculer ? 

    La situation juridique évolue mais pour l’instant elle est entre deux eaux : d’un côté les pratiques ancrées suivent leur cours (celle des filières économiquement très puissantes de l’alimentation ou de la pharmacie notamment) et de l’autre la légitimité de ces pratiques est remise en cause par le législateur lui même. A la faveur des études scientifiques, mais aussi philosophiques ou législatives qui émergent, la segmentation actuelle entre l’homme et l’animal est ébranlée. Dans la loi, des limites à ce qui était jusque-là autorisé sont introduites au compte-gouttes. Le droit est dans une situation incertaine et le statut de l’animal reste hybride. 

     (1)  Zoopolis. A Political Theory of Animal Rights, Oxford University Press, 2011

     

    Juliette HARAU

    votre commentaire
  • VIDEO. Pourquoi des sans-abri meurent de froid en France ?

    Ces derniers jours, six sans-abri sont morts à cause du froid. France 3 revient sur les raisons de ces drames.

    lien

     

    <figure><figcaption>(FRANCE 3)</figcaption></figure><section class="byline clearfix">

    Mis à jour le <time datetime="2014-12-30T23:13:41+01:00" itemprop="dateModified">30/12/2014 | 23:13</time> , publié le <time datetime="2014-12-30T23:13:41+01:00" itemprop="datePublished">30/12/2014 | 23:13</time>

    </section><section class="share">
    </section>

     

     

    L'hiver a tué plusieurs personnes sans domicile ces derniers jours. Dimanche 28 décembre, un homme de 50 ans est mort à Paris. Il est la sixième victime du froid depuis samedi en France. En cause ? Le 115 saturé et le manque de places dans les centres d'hébergement. Le Samu social est débordé et ne peut pas répondre à tous les appels. "Il faut savoir qu'au mois de novembre, 9 000 personnes qui sont restées sur le carreau", déclare Ivan Mouton, de l'association Action Froid.

    La peur de retourner le lendemain dans la rue

     
    D'autres sans-abri préfèrent rester dans le froid. Cette fois,j c'est la qualité médiocre des conditions d'hébergement qui est pointée du doigt. D'autres ne s'y rendent pas en sécurité. Parfois, c'est aussi la crainte de retourner dès le lendemain dans la rue qui les effraie.

    votre commentaire
  • <header class="banner-headline">

    La justice rejette la demande d’enlever

    la crèche de Noël de Béziers

    AFP<time datetime="2014-12-19T14:39:53" itemprop="datePublished"> 19 décembre 2014 à 14:39 </time>(Mis à jour : <time datetime="2014-12-19T16:19:47" itemprop="dateModified">19 décembre 2014 à 16:19</time>)
    <aside class="tool-bar"> </aside><figure itemscope="" itemtype="http://schema.org/ImageObject">

    Robert Ménard, maire de Béziers, devant la crèche installée dans sa mairie le 5 décembre 2014

    <figcaption itemprop="description">Robert Ménard, maire de Béziers, devant la crèche installée dans sa mairie le 5 décembre 2014 (Photo Pascal Guyot. AFP)</figcaption></figure></header>

    Laïcité contre traditions? Le tribunal administratif de Montpellier, saisi en référé, a estimé vendredi qu’il n’y avait pas d’urgence à statuer et a rejeté une demande d’enlever la crèche de Noël installée à l’hôtel de ville de Béziers par le maire Robert Ménard, proche du FN.

    Les nombreuses collectivités qui invoquent culture ou racines chrétiennes pour installer ces crèches contestées par les défenseurs de la laïcité mais admises par une majorité de Français (71% selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France) n’ont pas encore gagné.

    A Melun, dans une affaire similaire, le TA doit rendre sa décision lundi. Et dans cette affaire, le rapporteur public, régulièrement suivi par le tribunal, s’est prononcé en faveur de la désinstallation d’une crèche qui existe depuis des années.

    Fin novembre, c’était le tribunal administratif de Nantes qui avait enjoint le conseil général de la Vendée, vieille terre de tradition catholique, de démonter sa crèche de la Nativité. La collectivité a fait appel.

    A Montpellier, «la requête a été rejetée pour défaut d’urgence. La question de fond sera donc tranchée d’ici un an au regard des délais habituels de la juridiction», a commenté Me Sophie Mazas, défenseur de la Ligue des droits de l’homme et d’un Biterrois, à l’origine de l’action contre la ville de Béziers.

    Dans un jugement de cinq pages, la juge Marianne Hardy a justifié sa décision par «l’absence de circonstances particulières qui auraient pu résulter» de la crèche, «notamment de troubles à l’ordre public».

    «L’illégalité de la décision litigieuse, à supposer établie, ne caractérise pas davantage une décision sans attendre le jugement de la requête au fond», a ajouté la magistrate pour laquelle de surcroît, la preuve de l’atteinte «aux principes de laïcité et de neutralité du service public» n’a pas été apportée à l’audience.

    Aux yeux de Me Mazas, une crèche de la Nativité, à l’inverse d’une crèche provençale avec seulement des santons, est bien «une atteinte à la laïcité» car elle «symbolise» la naissance du Christ, un événement «au cœur de la religion chrétienne».

    - Emblème religieux -

    Une crèche de la Nativité est une violation de la Constitution ainsi que de la loi du 9 décembre 1905 consacrant la séparation des Eglises et de l’Etat, a affirmé l’avocate.

    L’installation d’une crèche «viole la liberté de conscience des administrés et des requérants qui n’ont pas à voir s’imposer la religion du maire ou la religion censée avoir été dominante à Béziers», a-t-elle fait valoir, rappelant que M. Ménard avait déjà imposé une messe pendant la dernière Feria estivale.

    Cette célébration religieuse avait d’ailleurs été critiquée par certains responsables de l’Eglise. Ils avaient rappelé que tous les catholiques n’aimaient pas la corrida.

    Pour la ville de Béziers, Me Raphaële Hiault-Spitzer avait contesté la validité de l’action. Surtout elle avait assuré que cette crèche n’a «rien de cultuelle mais qu’elle «est culturelle» et ne contrevient donc pas à la loi de 1905 qui interdit les emblèmes («la croix, le foulard...) ou les signes religieux.

    «La crèche n’est pas prescrite par le Droit canon. Elle n’est pas installée par une volonté de prosélytisme. Elle est là parce qu’elle fait partie de la tradition», avait-elle affirmé, ajoutant qu’elle s’inscrit aussi dans «le cadre du Noël occitan».

    A Melun, les arguments défendus dans les deux camps ont été quasiment les mêmes. Mais pour le rapporteur public, une crèche de la Nativité a bien une connotation religieuse.

    «Il s’agit bien, à notre sens, d’un emblème religieux, où la symbolique est affirmée, de plus, par le bâton porté par l’un des rois mages en forme de crosse, attribut des évêques dans la religion catholique», a-t-il expliqué, recommandant la désinstallation de la crèche.

    AFP

    votre commentaire
  • <header class="banner-headline">

    Les enfants de chômeurs peuvent-ils être

    privés de cantine?

    Cécile BOURGNEUF<time datetime="2014-12-10T19:00:26" itemprop="datePublished"> 10 décembre 2014 à 19:00 </time>
    <aside class="tool-bar"> </aside><figure itemscope="" itemtype="http://schema.org/ImageObject">Des élèves choisissent leurs plats pour déjeuner à la cantine du collège de la Chataigneraie, le 20 Juin 2011 à Autun<figcaption itemprop="description">Des élèves choisissent leurs plats pour déjeuner à la cantine du collège de la Chataigneraie, le 20 Juin 2011 à Autun (Photo Jeff Pachoud. AFP)</figcaption></figure>
    DÉCRYPTAGE

    A l'instar de plusieurs communes, le maire FN de Mantes-la-Ville envisage de réserver l'accès du réfectoire aux enfants dont les deux parents travaillent.

    </header>

    «Restreindre l’accès à la cantine aux enfants dont les parents ne travaillent pas.» Voilà ce qu’envisage de mettre en place Cyril Nauth, maire FN de Mantes-la-Ville (Yvelines) pour la rentrée prochaine. Il a dit réfléchir à cette mesure lors d’un conseil municipal début décembre, relayé par le Parisien ce lundi. Le but affiché: faire des économies. Une annonce polémique alors que plusieurs mairies frontistes sont accusées de s’en prendre aux familles les plus modestes.Et un phénomène qui revient régulièrement dans l’actualité, plusieurs communes favorisant les enfants dont les deux parents travaillent. En 2011, le quotidien L’Humanitéen avait recensé au moins 70, même si personne n’a depuis établi de liste exhaustive. Mais c’est écrit noir sur blanc dans le règlement de certaines cantines scolaires. A Fuveau par exemple, dans les Bouches-du-Rhône, les élèves dont les deux parents sont au chômage sont interdits de cantine, «mais ils peuvent avoir une dérogation» et si l’un des deux parents travaille, «l’inscription peut se faire pour un jour par semaine». Illégal ou simplement injuste? Décryptage.

    Quelles sont les raisons invoquées par les mairies ?

    La plupart des édiles plaident le «manque de place», comme la directrice des services de la mairie de Fuveau. Et bien souvent, le besoin de faire des économies. «Nous allons lancer une étude pour savoir combien cela rapporterait à la commune, indique le maire frontiste de Mantes-la-Ville, Cyril Nauth. Quand les caisses sont vides, il faut bien trouver des solutions un peu partout.» Selon Paul Raoult, président de la FCPE, première fédération des parents d’élèves, ce n’est pas un hasard si les enfants de chômeurs sont visés: «Ce sont eux qui bénéficient, quand cela existe, de tarifs sociaux. Dans ce cas, une commune a tout intérêt à privilégier les familles qui paient plein pot.»

     
     

    Pour les familles concernées, c’est parfois très violent à vivre. En 2012, Sébastien Durand est au chômage lorsqu’il souhaite inscrire sa fille de trois ans à la cantine de son école à Saint-Cyr-L’Ecole (Yvelines). Problème : l’enfant n’a le droit de manger avec ses copains que deux fois par semaine. «La mairie disait que c’était par manque de place et comme je ne travaillais pas, j’étais censé pouvoir m’occuper de ma fille entre midi et deux contrairement à d’autres parents. C’est extrêmement violent et c’est aussi dur pour les enfants. Ça revient à leur dire : tes parents sont au chômage donc tu ne rentres pas.»

    Comment réagissent les parents?

    Certains parents vont jusqu’à saisir la justice, comme Sébastien Durand. Le tribunal administratif de Versailles lui a donné raison en 2012 et, surprise, «la commune a comme par magie créé dix places en plus à la cantine sans aucun aménagement». Ce qui relativise l’argument du manque de place. Certes, deux fois plus d’enfants prennent leurs déjeuners à la cantine que dans les années 70, comme le souligne un rapport du Défenseur des Droits de 2013. Mais quand une commune manque de place et qu'elle n’a pas les moyens d’agrandir son réfectoire, il existe des solutions: «Dans ma commune, il manquait 90 places à la cantine, raconte Isabelle Maincion, maire de La-Ville-aux-Clercs (Loir-et-Cher) et ancienne coprésidente de la commission restauration de l’Association des maires de France (AMF). Mais on a réglé le problème en instaurant une entrée coulée des élèves. Et d’autres solutions existent comme la mise en place de deux services ou de bus qui amènent les enfants dans d’autres réfectoires.»

    Mais pour la plupart des parents, il est difficile de s’opposer à une mairie. «Pour un petit particulier ça peut vite faire peur de s’opposer à une commune alors ils préfèrent ne rien dire», estime Sébastien Durand. Quitte à accepter des mesures parfois vexatoires. A Arthès, par exemple, commune de 2 200 habitants dans le Tarn, les chômeurs qui veulent que leur bambin mange à l’école doivent d’abord rencontrer le maire, contrairement aux autres parents. Pourtant, la commune a de la place pour tout le monde: «120 enfants mangent régulièrement à la cantine et on peut accueillir jusqu’à 200 élèves aujourd’hui avec les deux services mis en place», explique la directrice générale des services de la commune. Pourquoi les parents sans activité doivent-ils donc passer par le maire? «C’est peut-être pour dissuader les gens…», avance-t-elle avec gêne.

    Est-ce que c’est légal ?

    Dans les textes, «une commune n’est pas obligée de proposer un service de restauration», explique le maire frontiste de Mantes-la-Ville. Mais, «dès lors qu’un tel service existe, il s’agit d’un service public et il doit donc être accessible à tous, quelle que soit la situation professionnelle des parents», répond Paul Raoult, président de la FCPE. Pour lui, la justice est donc bien du côté des parents : «A chaque fois que les parents vont devant les tribunaux administratifs pour contester, ils gagnent».

    En l’absence de loi explicite sur le sujet, «l’application concrète de ces règles à l’accès aux cantines scolaires est loin d’être claire comme de l’eau de roche», nuance Serge Slama, maître de conférence en droit public à l’université de Paris Ouest Nanterre (CREDOF). L’accès à un service public municipal n’est pas garanti à tous dans tous les cas par principe. Par exemple, une commune peut interdire l’accès à une école de musique municipale aux enfants dont les parents habitent dans une autre ville. Ce qui compte pour juger du caractère abusif ou non du tri à l’entrée du réfectoire, c’est bien la notion de discrimination. En 2009, une délibération de la mairie d’Oullins (Rhône) avait ainsi été annulée au motif qu’interdire l’accès de la cantine aux enfants de chômeurs était discriminatoire, de la même manière qu’il serait discriminatoire de refuser les noirs, les bouddhistes ou les handicapés. «Pour donner raison aux parents, il faut qu’il n’existe pas de lien objectif entre le critère posé (activité professionnelle) et l’objet du service en cause (cantine). Appliqué de manière automatique et isolée, le critère de l'activité professionnelle ne peut justifier un refus d’accès à la cantine. Mais, dans un contexte de pénurie budgétaire pour une commune et dans la mesure où c’est un service public facultatif, l’activité professionnelle combinée à d’autres critères et appliquée au cas pas cas, il n’est pas exclu qu’un juge administratif puisse admettre la légalité d’un système de priorité ou de tarifs différenciés», analyse le maître de conférence.

    Certaines communes qui refusent des enfants dont les parents ne travaillent pas peuvent donc échapper aux mailles du filet juridique. «Mais cela n’en reste pas moins inacceptable sur le principe car la cantine a d’autres fonctions notamment d’intégration sociale et d’accès à un repas pour des familles en difficulté à des tarifs raisonnables», conclut Serge Slama.

    Cécile BOURGNEUF

    votre commentaire
  • <header class="banner-headline">

    Délinquance, ce que disent les chiffres

    Sylvain MOUILLARD<time datetime="2014-12-09T17:29:16" itemprop="datePublished"> 9 décembre 2014 à 17:29 lien </time>
    <figure itemscope="" itemtype="http://schema.org/ImageObject">

    Des policiers de la BAC en opération le 15 juillet 2009 à Lyon.

    <figcaption itemprop="description">Des policiers de la BAC en opération le 15 juillet 2009 à Lyon. (Photo Fred Dufour. AFP)</figcaption></figure>
    AU RAPPORT

    L'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales a publié ce mardi son rapport annuel, qui tranche fortement avec les statistiques officielles du ministère de l'Intérieur.

    </header>

    C’est la source la «plus sûre» et la «plus exhaustive» pour appréhender les phénomènes de délinquance, selon Cyril Rizk, l’un des responsables de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). L’organisme a publié ce mardi sa huitième enquête annuelle de «victimation», après avoir interrogé en 2014 plus de 15 000 personnes âgées de 14 ans et plus. Un travail dont les conclusions tranchent fortement avec celles du ministère de l’Intérieur, pour une raison principale : les statistiques administratives ne se fondent que sur les dépôts de plainte. Or, note Cyril Rizk, en matière de violences sexuelles et intrafamiliales par exemple, seules 10% des victimes se déplacent pour porter plainte. La proportion s’élève à un tiers pour les cambriolages et tentatives de cambriolages.

    «Il faut aussi que les faits soient saisis correctement, et ne fassent pas seulement l’objet d’une main courante», précise le responsable de l’ONDRP. Autre réserve : la mesure des faits constatés est «perturbée par des problèmes de rupture méthodologique». Depuis 2012 et 2013, la gendarmerie et la police ont mis en place de nouveaux outils statistiques, qui rendent difficiles les comparaisons dans le temps. Autant de biais qui peuvent poser des problèmes «d’instrumentalisation», remarque Cyril Rizk, qui recommande donc de privilégier l’enquête de victimation pour décrire les phénomènes de délinquance. Zoom sur trois indicateurs clés du rapport annuel.

    Les atteintes aux biens : une stabilité générale… qui cache des disparités

    En 2013, l’ONDRP évalue à 7,2 millions le nombre d’atteintes aux biens subies par les Français, un chiffre stable depuis trois ans. Si les cambriolages ou tentatives de cambriolages (600 000) et les vols de voiture  (ou tentatives de vols- 300 000) épousent cette tendance, l’ONDRP remarque une nette augmentation pour d’autres biens. Notamment les vélos (400 000 vols et tentatives en 2013, soit 100 000 de plus que l’année précédente) : «C’est la première fois qu’on constate une telle hausse», explique Cyril Rizk, qui la rapproche «de l’usage croissant» de ce moyen de transport écologique. «On peut associer à une pratique sociale une évolution de la délinquance», souligne-t-il. Le phénomène est identique concernant les vols d’effets personnels, notamment «les téléphones portables haut de gamme», dont sont particulièrement victimes les femmes jeunes. En revanche, les actes de vandalisme déclinent. 2,8% des ménages français disaient en avoir subi dans leur logement en 2012, ils n’étaient plus que 2,5% en 2013.

    Les violences physiques ou sexuelles: stabilité confirmée

    Loin de l’image d’une France à feu et à sang, parfois propagée par certains responsables politiques, l’ONDRP remarque la «stabilité» des violences physiques et sexuelles envers les personnes de 18 à 75 ans pour la quatrième année consécutive. Près de 2 millions d’entre elles disent en avoir été victimes en 2013, bien loin des pics de 2008 et 2009 (2,2 millions de personnes). Cyril Rizk ne se hasarde pas à fournir une explication : «Autant, on peut avancer certains facteurs pour des actes rationnels comme les vols, par exemple le fait de rechercher de l’or dans les maisons, autant pour les violences, c’est très difficile de donner une motivation.» Il note cependant de grandes disparités en ce qui concerne les femmes. Elles ne sont que 42,3% à subir des violences physiques hors ménage, mais 81% à subir des violences sexuelles hors ménage.

    Le sentiment d’insécurité : la fuite en avant a été stoppée

    Alors que 13,3% des Français disaient se sentir en insécurité à leur domicile en 2008, ils étaient 17,4% en 2014. Une nette augmentation, mais qui s’est néanmoins stoppée cette année. L’évolution 2013-2014 est «non significative», selon l’ONDRP (+0,3 point). En ce qui concerne l’insécurité dans le quartier, on assiste même à une légère diminution : 22,1% des Français disaient la ressentir en 2013, ils sont 21,2% cette année. «Souvent, ces gens n’ont pas été victimes eux-mêmes, mais ils ont entendu parler de quelque chose près de chez eux», explique Cyril Rizk, qui illustre : «En 2008, 30% des ménages avaient entendu parler d’un cambriolage près de leur domicile, ils sont 45% aujourd’hui.»

    Sylvain MOUILLARD

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique