• Souvenirs d'expériences gustatives au restaurant El Bulli

    Souvenirs d'expériences gustatives au restaurant El Bulli

    LEMONDE.FR | 30.07.11 | 16h27   •  Mis à jour le 30.07.11 | 18h03

     

    Alors que le mythique restaurant du chef catalan Ferran Adria ferme ses portes samedi 30 juillet avec un dernier dîner réservé au personnel et à leurs familles, Le Monde.fr a demandé à des internautes gourmets et chanceux ayant pu dîner à El Bulli de raconter leur expérience.

     
    • Des assiettes destructurées, un autre monde par Stéphane G

    Que peut on attendre d'un restaurant dont vous avez lu depuis 3 ans que c'est le meilleur du monde ? Tout et rien. Certainement pas de faire le diner de votre vie car El Bulli, ce n'est pas à proprement parler un repas. C'est... une expérience ! Le restaurant est au bout de nulle part, la décoration tient de la pizzeria de province et du salon de grand-mère, sauf la cuisine ultra-moderne, où œuvrent des dizaines de marmitons.

    Dès l'apéritif, on entre dans un autre monde. Je me souviens d'oreilles de lapin frites et des fameuses olives sphériques. Le dîner lui-même est une succession de trente ou quarante plats dont certains ne sont qu'une bouchée et d'autres plus consistants. Il n'y a pas d'ordre logique, surtout pas d'entrée ou de plats, bref pas de règles.

    Dans l'assiette, tout est déstructuré : je me souviens d'une brioche de sésame noir, sorte d'éponge brunâtre, d'un granité de parmesan, d'une feuille d'huître, de petits couteaux à l'écume de mer, d'un soufflé de betterave... Je me souviens surtout de la surprise de tous les convives à chaque nouveau plat, comme si la capacité d'invention n'avait pas de fin.

    • Etait-ce ou non un vrai repas ? par Marie-Paule K.

    Mes amis m'ont offert un repas chez El Bulli pour mes 40 ans... Le moment fut mémorable et totalement à la hauteur de mes attentes. Un cadre splendide mais ultra-classique et une aventure culinaire pleine de surprises et de rires. Etait-ce ou non un vrai repas ? Je ne sais toujours pas. On ne mâchait pas beaucoup chez El Bulli et au bout d'un moment, le palais était saturé par ces arômes reconstitués et puissants. Mais ce qui est certain, c'est le fait que ce fût une surprise totale et une découverte fantastique. Avec un goût, malgré tout, de "c'était bon mais j'en veux plus". Comme un saut à l'élastique !

    • Dérouté à chaque bouchée par Guillaume

    Le cadre était assez simple (mais agréable), sans luxe tapageur. Le service en salle était très détendu, très chaleureux. L'idée d'aller dîner dans un restaurant si difficile d'accès (au propre et au figuré) et célèbre peut stresser facilement. Tout est fait pour enlever ce stress (quoique, la cuisine, la première chose que l'on nous fait visiter en arrivant, ressemble plus à un décort de Star Trek qu'à une cuisine).

    Ce n'est pas le meilleur repas de ma vie (c'était une omelette au lard avec mon grand-père). El Bulli peut être décevant si l'on s'attend à de la grande cuisine. Ce n'est pas un repas au sens classique du terme, mais un voyage sur une autre planète. On est surpris, dérouté à chaque bouchée : les saveurs ne correspondent pas aux textures. C'est du jamón ibérico qui a la texture d'œufs de poisson, des olives qui "explosent" et deviennent liquide dès qu'on les met en bouche, des légumes lyophylisés et j'en passe. On se surprend à découvrir de nouvelles sensations sur des saveurs ou textures que l'on croyait connaître.

    Ferran Adrià a dit un jour que s'il avait été peintre il ne voulait pas être reconnu comme celui qui a lancé un nouveau mouvement, un nouveau style, mais comme celui ayant mis au point de nouvelles techniques de peinture (support, pigments, etc.). Bref, ce n'est pas un restaurant, c'est autre chose.

    • J'y ai commandé un steak frites par Romain

    Je devais avoir 7 ou 8 ans, mais je m'en rappelle encore très bien. J'avais été invité par les parents d'un copain de classe sur leur petit voilier de 9 mètres pour les vacances. Nous avions descendu la côte depuis Argelès par étapes : Llançà, Cadaqués... en s'arrêtant la nuit dans des criques, jusqu'à un soir celle du Bulli. Nous avions mouillé, détaché le petit zodiac accroché derrière le bateau et rejoint la plage.

    Il y avait de nomreux serveurs bien habillés, quelqu'un faisait tomber un couteau, un serveur venait le remplacer immédiatement. J'avais compris que j'étais dans un bon restaurant, mais j'étais très en dessous de la réalité. Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai compris avoir été dans le "meilleur restaurant du monde".

    Je me souviens du riz soufflé au curry en apéro, d'un crème au basilic et d'une mousse de morue avec des petits caramels posés dessus (des blancs en neige avec un goût de poisson, et en plus avec des sortes de bonbons dessus : ça m'avait surpris à l'époque). Mais tout ça, je l'ai goûté dans l'assiette des adultes qui avaient pris le menu "découverte". Moi, j'avais commandé un steak-frites ! Et avec le recul, avoir commandé un steak-frites dans le meilleur restaurant du monde, c'est quand même classe.

    • Une féérie par Pierre R.

    Passer une soirée chez El Bulli est un moment inoubliable. L'accueil est chaleureux et convivial, à des années lumière de ces maîtres d'hotel froids et obséquieux ; un apéritif de bienvenue sur la terrasse avec les premières tapas et le décor est planté, que la féerie commence : un menu dégustation de vingt à trente plats, des tapas au desserts avec découvertes d'associations gustatives surprenantes, déroutantes mais souvent géniales. La surprise venant d'un "supion au lait de coco", d'une "sardine au pain perdu", d'une "patte de poulet grillée", d'une "peau de lait bouillie à la truffe d'Alba", d'un "gibier d'automne à la mandarine", d'une "rose d'artichaud" ou encore d'un "lièvre à la royale façon Feran".

    • Le parcours du combattant de la réservation par Stéphane C.

    Passionnés de gastronomie, mon épouse et moi avons l'habitude de nous offrir chaque année un passage par une "grande table" étoilée. Mais nous ne pourrons jamais dire d'El Bulli : "Nous y étions"... Ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé ! Pour réserver sa table dans n'importe quel trois étoiles, il suffit de s'y prendre – un peu – à l'avance. Mais pour El Bulli, c'est le parcours du combattant, ou plutôt une loterie. Chaque année (avant de me lasser), je m'inscrivais consciencieusement sur le site Web d'El Bulli, 8 mois en avance, je relançais régulièrement, me tenant prêt à me libérer de tout autre engagement pour profiter d'une table, non pas le jour que j'aurais choisi, mais celui qu'El Bulli m'aurait proposé !

    Dîner à une de ces tables exceptionnelles est une fête, qui commence dès le jour de la réservation. Pour El Bulli, je n'ai jamais passé cette étape.

    • Végétarien, j'ai fait une exception ce soir-là par Philippe F.

    Avec ma copine, depuis devenue ma femme, nous avions passé une excellente soirée gastronomique avec comme plats mémorables les Oreos à la tapenade d'olives et les bonbons à l'huile d'orge. Je suis végétarien, mais j'ai fait une exception ce soir-là ; jusqu'à manger de la cervelle d'agneau (seul plat décevant de la soirée).

    En quatre heures passées à tables, deux bouteilles de cava ce n'est finalement pas énorme. Sauf que le restaurant est situé en haut d'une colline et que la descente sinueuse a eu pour effet sur ma femme de "rejeter" les 23 plats dans les buissons... A ce prix-là, je trouvais qu'elle aurait quand même pu me faire l'honneur de les digérer !

    Le Monde.fr
     

    La fermeture d'El Bulli


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