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    Montpellier

    Pas d'université d’excellence, autopsie d’un fiasco et réactions

    VINCENT COSTE
    08/11/2011, 09 h 45 | Mis à jour le 08/11/2011, 11 h 30
    Danièle Hérin et Philippe Augé, présidents des UMII et UMI, le jour de la signature de l’opération Campus.
    Danièle Hérin et Philippe Augé, présidents des UMII et UMI, le jour de la signature de l’opération Campus. (DAVID CRESPIN)

    Le projet montpelliérain n’a pas été retenu en tant que futur grand campus à vocation mondiale bénéficiant d’une manne financière de l’État. Les détails d’un désastre annoncé.

    Idex : à côté de quoi est réellement passée Montpellier ?

    Au titre de l’appel d’offres des initiatives d’excellence (Idex) du grand emprunt, une dizaine de regroupements d’universités, grandes écoles et organismes de recherche devraient se répartir 7,7 milliards d’euros. Objectif : que figurent plusieurs universités françaises au sommet des classements mondiaux et permettre à ces dernières d’affronter la concurrence internationale.

    Trois ont déjà été retenues, neuf autres, dont les cinq plébiscitées avant-hier, sont en lice pour décrocher les places restantes. Essentiellement, c’est cette manne financière que Montpellier voit s’envoler. Et une bonne partie de son attractivité ?

    Pourquoi Montpellier a-t-elle raté l’Idex ?

    Une somme de mille pages ne suffirait pas pour apporter une réponse complète. Mais pour faire dans le lapidaire, disons que de graves problèmes de gouvernance ont terriblement handicapé ce dossier. L’un des enjeux de l’Idex reste de favoriser le regroupement.

    Réussir la fusion des trois universités locales faisait donc office de condition sine qua non pour faire de Montpellier un candidat crédible. Ce fut une bataille d’Hernani, entre ego surdimensionnés, ambitions dévorantes et volonté très partagée de ne céder ni un pouce de terrain ni une parcelle de pouvoir.

    Des rivalités qui ont pu atteindre des sommets de ridicule et que le Georges Frêche président de Région avait su parfois limiter. Comme quand il imposa aux forceps une opération Campus qui semblait jadis aussi mal embarquée (et pour les mêmes raisons) que l’Idex. Dont l’ultime et énième système de gouvernance proposé, un mille-feuille administratif aux multiples échelons de décisions, s’apparentait à une usine à gaz au fonctionnement incompréhensible.

    Comment l’Alsace et la Lorraine ont pu avoir l’Idex et pas Montpellier ?

    Aujourd’hui, la fusion promise en décembre 2008 n’est toujours pas avérée et si elle s’opérait, ce serait sans Montpellier III, sa présidente Anne Fraïsse s’étant finalement retirée du projet après divers atermoiements.

    La communauté scientifique dans son ensemble en convient : le projet montpelliérain est arrivé devant le jury en souffrant d’un grave déficit de cohérence et de crédibilité. Sa présentation à un jury international par des sommités universitaires montpelliéraines incapables d’aligner deux mots en anglais en a laissé plus d’un pantois.

    Ce qui explique aussi pourquoi il n’a même pas passé, dans le cadre de cette deuxième vague de choix, le cap des présélections, douloureuse humiliation.

    A contrario, des universités comme Strasbourg ou Aix-Marseille, qui souffraient de violentes dissensions, sont parties unies pour décrocher le pompon au premier tour ou être retenue avant-hier. Et d’autres, comme celles de Bordeaux ou de Lorraine, “nains” en matière de recherche comparées à Montpellier, ont su présenter des projets assez pertinents et aboutis et proposer des gouvernances réellement opérationnelles, pour, là encore, être l’une désignée lauréate dès juin dernier et l’autre faire partie des présélectionnés du deuxième tour.

    Et maintenant ? Quelles craintes, quels espoirs ?

    D’abord subsiste un léger espoir. Au cas où le gouvernement déciderait de revoir à la hausse les universités bénéficiaires, un troisième appel à projets pourrait être lancé en février. Mais cela relève pour l’instant de la rumeur infondée.

    Ce que l’on redoute le plus, aujourd’hui, dans le mundillo universitaire montpelliérain, c’est avant tout une perte d’attractivité. Les salariés des organismes de recherches, tels que le CNRS, qui travaillent dans les universités de la ville (66 % des personnels, proportion rare) pourraient ainsi être tentés par d’autres destinations.

    Les mêmes, une fois partis à la retraite, pourraient aussi ne pas être remplacés ici par leurs organismes. Une fuite des cerveaux inquiète également, d’autant plus si et Toulouse et Aix-Marseille figurent ensemble dans la liste finale des lauréats.

    Reste des motifs d’espoirs, comme avec les laboratoires d’excellence (sept sont portés par des entités montpelliéraines) ou ces domaines de la biologie-santé, l’agronomie, l’écologie et l’environnement, voire la robotique, dans lesquels Montpellier reste un site de pointe. Sans oublier l’opération Campus de réhabilitation de l’immobilier universitaire, qui se poursuit à un bon rythme.

    Mais c’est un regret majeur qui subsistera : celui de voir Montpellier mise hors jeu d’une initiative visant à l’excellence, tout juste une semaine après que la communauté scientifique planétaire a encensé des chercheurs locaux ayant trouvé comment rajeunir les cellules d’un centenaire. À pleurer.

    Réactions de Joël Bockaert, figure de la recherche montpelliéraine et Danièle Hérin, présidente de l’université de Montpellier

    Joël Bockaert, figure de la recherche montpelliéraine et de l’Institut de génomique fonctionnelle, reconnaissait, hier, que "si ce n’est pas une bonne nouvelle, elle n’est pas si étonnant que ça". Et de déplorer que "si, sur le plan scientifique, on a fini par présenter un très bon projet, il y a un manque de sens de l’intérêt général qui a fait très mauvais effet. C’est la Grèce, avec les problèmes de gouvernance, les gens qui font tout et n’importe quoi, sans cohérence et, à la fin, les agences de notation vous jugent. Et là, même si votre projet est bon, plus personne ne croit en vous, vous n’avez plus aucune crédibilité. C’est triste parce que, dans les labos, les gens ont fait leur travail. Les cellules qui rajeunissent, vous avez vu ça ?"

    Danièle Hérin, la présidente de l’université de Montpellier, a fait front, hier, au moment de commenter un échec douloureux : "Je suis triste et en colère. On avait tous les atouts... C’est une nouvelle accablante pour le développement du site au niveau de la région. Notre point faible sera resté sa structuration. Nous étions d’accord sur la fusion et nous ne l’avons pas faite. Il faut y parvenir, je vais m’y appliquer encore plus fortement. J’avais proposé, il y a deux ans, de faire un grand établissement comme Bordeaux et Nancy ont su le réaliser. Je regrette aujourd’hui. Un Idex 3 ? On peut espérer mais je n’ai pas de nouvelles là-dessus..."

    Réactions du Préfet de la région Languedoc-Roussillon et le Recteur de l’académie de Montpellier

    Le Préfet de la région Languedoc-Roussillon et le Recteur de l’académie de Montpellier ont souligné "l’important travail effectué depuis le mois de juin par l’ensemble des établissements" et regrettent que "le projet d’IDEX « Sud de France » n’ai pas été retenu par le jury. (...) Ce résultat est  évidemment une déception, d’autant plus que la qualité des forces de recherche et d’enseignement  supérieur de la région n’a rien à envier à celle des projets retenus."

    Ils mettent en cause "le manque de vision stratégique dans le cadre de la compétition mondiale et la faiblesse de la gouvernance." en ajoutant " qu’il va falloir travailler à l’avenir sur la mise en cohérence des politiques scientifiques. "

    Ils rappellent que "la région Languedoc-Roussillon obtient le meilleur score des régions françaises, derrière l’Ile-de-France, comparativement à son potentiel de recherche."


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