• Tunisie: percée électorale de l'inconnu Hechmi Hamdi

     

    Tunisie: percée électorale de l'inconnu Hechmi Hamdi

    Hechmi Hamdi à la télévision el-Mostakilla

    Hechmi Hamdi à la télévision el-Mostakilla

    TV : el-Mostaqilla

     

    Par Maya Szymanowska

    Hechmi Hamdi est l’homme par qui la surprise et le scandale arrivent. Cet aventurier de la politique réalise, d’après les résultats les plus récents, le deuxième meilleur score aux premières élections libres en Tunisie depuis le renversement du gouvernement de Ben Ali. Ce millionnaire installé à Londres reste une énigme. Tentative de décryptage.

    Avec sa moustache finement coupée, ses yeux vifs, son verbe volubile, à l'aise devant la caméra, Hechmi Hamdi a tout d’un journaliste vedette. Ce qu’il est assurément. Quasi seul présentateur de sa télévision el-Moustaqilla, qui émet de Londres, il est aussi devenu depuis peu une star de la politique tunisienne en réalisant un score inattendu lors des dernières législatives du 23 octobre 2011. Sa liste, la Pétition populaire, joue du coude à coude pour la deuxième place avec le Congrès pour la République de Moncef Marzouki.

    Un score électoral inattendu

    L’homme s’est déjà autoproclamé futur président de la Tunisie sur sa page Facebook. Il a revendiqué la majorité des suffrages à Sidi Bouzid, sa ville d’origine mais aussi la ville symbole de la révolution qui a chassé Ben Ali du pouvoir. Il aurait obtenu des scores avoisinant les 90% dans certains bureaux de vote comme à Ksar Hammam près de Sidi Bouzid.

    Reste à savoir si sa liste ne va pas être invalidée. La commission électorale a d’ores et déjà ouvert des enquêtes, des plaintes ayant été déposées en Tunisie et en France contre la star du petit écran pour n’avoir pas respecté sur sa chaîne le temps de parole des partis en lice et pour l’opacité du financement de sa campagne. La première accusation va être compliquée à prouver, car la chaîne el-Moustaqilla ne se trouve pas sur le territoire tunisien.

    Un programme populiste

    Si la campagne de Hechmi Hamdi est passée inaperçue dans les médias (sans compter sa chaîne el-Moustaqilla) et largement ignorée par l’intelligentsia tunisienne, c’est qu’elle provoquait au mieux des sourires contrits. Les promesses du millionnaire détonnaient en effet comme ce projet de construction du pont entre la Tunisie et le sude de l'Italie, une destination privilégiée pour les migrants tunisiens. Ce poujadiste en herbe a promis entre autres : la baguette à quelques centimes, des soins et des transports gratuits et deux cents dinars (environ 100 euros) pour chacun de près de 500 000 chômeurs du pays en contrepartie de jours de travail communautaire. Il s’est aussi engagé à injecter deux millions, sans préciser s’il s’agissait de dinars ou de dollars, dans le budget de l’Etat tunisien.

    Les moyens de récolter de l’argent pour remplir les caisses de l’Etat étaient tout aussi imaginatifs. Quelques-unes de ses idées en vrac : surtaxer les billets d’avion, faire appel à la légende du football tunisien Tarek Dhiab et le chanteur Lotfi Bouchnak pour organiser des tournois et des concerts de charité. L’homme se défend d’être populiste dans une interview accordée depuis son QG londonien à l’AFP : « Notre programme répond aux aspirations du peuple qui veut des mesures urgentes et concrètes pour vivre dans la liberté, la justice sociale et la dignité ».

    L’homme mystérieux

    Notre dossier spécial Tunisie

    Sur Facebook et Twitter, des journalistes s'interrogent sur le phénomène « HH », le surnom de Hechmi Hamdi, et sur de possibles accointances avec l'ancien régime de Ben Ali renversé le 14 janvier. Si de l’homme on ne sait pas grand-chose, on en sait encore moins sur ses possibles appuis politiques. Une vidéo circule sur le web montrant Hechmi Hamdi en conversation amicale avec Ben Ali. Ce qui est certain : cet ancien islamiste a été éloigné du parti pour ses prises de positions peu orthodoxes. Il se présentait un temps comme opposant de Ben Ali, mais de pirouette en pirouette, seul son opportunisme demeure une constante.

    Les rumeurs les plus folles courent sur lui sur le net. Il aurait connu Oussama Ben Laden à Khartoum où est né son fils aîné, appelé d’abord Oussama. Il serait soutenu par les Saoudiens. Sur sa chaîne, il n’arrête pas en effet de chanter les louanges des émirs. Pour d’autres, comme Khelil Zaouia, numéro deux du mouvement de gauche Ettakatol, son succès s’explique par le soutien des anciens du RCD, le parti dissous de l’ancien dirigeant tunisien Ben Ali.

    L’homme nie en bloc et dénonce dans une tirade de deux heures mercredi 26 octobre sur sa chaîne une compagne de dénigrement organisée contre lui. Mais sans élucider les mystères qui l’entourent.

    Reste à savoir si Hechmi Hamdi voudra récolter les fruits de son succès électoral en poursuivant une carrière politique au pays. Pour l’instant rien n’est moins sûr : le milliardaire, excédé par le refus des islamistes de s’allier à son parti, n’est pas prêt de rentrer à Tunis. Ce mercredi 26 octobre 2011 il a déclaré à l’antenne : « Voilà messieurs d’Ennahda, voilà Monsieur Hammadi Jebali, je vous laisse le pays, je ne vais pas rentrer. Je ne foule pas un aéroport dont le directeur de la sûreté est nommé par Hammadi Jebali. » Une nouvelle pirouette qui, à défaut construire son futur politique, alimente son reality show.

    tags: Tunisie

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