Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a annoncé, mardi à Toulouse (Haute-Garonne), qu’un «projet d’attentat» avait été déjoué la semaine dernière, avec l’interpellation de deux Orléanais âgés de 24 et 25 ans. Ils étaient connus de la justice pour des faits de droit commun (refus d’obtempérer, infra­ctions routières), mais n’étaient pas fichés S (sûreté de l’Etat), a précisé le parquet de Paris. «L’un des deux présente toutefois de très forts signes de radicalisation, et a utilisé plusieurs voies menant à la propagande jihadiste», a indiqué le parquet. Ils ont été déférés samedi à l’issue de leurs gardes à vue.

Mandat cash de 4 000 à 5 000 euros

C’est une enquête menée depuis plusieurs mois par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) qui a permis ces arrestations. Lors de leurs auditions, les deux Orléanais auraient reconnu avoir réuni un financement pour acquérir des armes. 4 â€Š000 à 5  000 euros leur seraient parvenus par mandat cash, possiblement de Syrie. Bernard Cazeneuve a révélé que les deux Orléanais étaient en lien avec un Français présent en Syrie. «Ces liens méritent cependant d’être étayés par la suite des investigations», tempère le parquet, qui affirme que le mystérieux Français présent en Syrie n’a pas été identifié à ce stade.

Selon Bernard Cazeneuve, les deux hommes visaient «des représentants de la force publique dans la région d’Orléans» (Loiret). Police, gendarmerie, armée, aucune ­cible n’était clairement définie. «Aucun repérage n’a eu lieu, rien n’était arrêté, a confirmé le parquet de Paris. Ils en étaient au stade de la réflexion et de la recherche de moyens d’action. Ils ­entamaient des démarches précises.»

Les objectifs militaires privilégiés

Désormais coutumier de ce type d’annonces incombant normalement au procureur, Bernard Cazeneuve a précisé qu’il s’agissait du dixième projet d’attentat déjoué par la DGSI en moins de deux ans. Parmi ceux-ci, plusieurs ciblaient déjà des objectifs militaires. Trois jours avant les attentats du 13 Novembre, le ministère de l’Intérieur confirmait qu’un homme de 25 ans, Hakim M., voulait attaquer des militaires de la marine nationale à Toulon (Var). Pendant l’été, trois hommes avaient également été interpellés pour un projet contre le sémaphore de Béar (Pyrénées-Orientales).

Les casernes apparaissent en effet comme des objectifs privilégiés des jihadistes. Il y a, bien sûr, le précédent Mohamed Merah. En 2012, le terroriste avait assassiné trois soldats à Toulouse et à Montauban, avant de tuer trois enfants et un enseignant dans une école juive. La bande de Cannes-Torcy   a également fait des repérages aux abords de plusieurs bases. Les craintes se sont renforcées après les attentats de janvier. Dans son édition spéciale du mois de février, le magazine en français de l’Etat islamique mettait en couverture un militaire en faction devant la tour Eiffel sous-titré de ce slogan â€Š: «Qu’Allah maudisse la France.»

Pour limiter l’exposition aux risques, le ministère de l’Intérieur demande de laisser les uniformes au vestiaire et de sortir en civil lors des déplacements privés.

Pierre Alonso , Willy Le Devin