• Vladimir Poutine reconnaît l'existence de la corruption dans le secteur énergétique russe

    Vladimir Poutine reconnaît l'existence de la corruption dans le secteur énergétique russe

    LEMONDE.FR | 20.12.11 | 19h53   •  Mis à jour le 20.12.11 | 20h51

     

    A l'occasion d'une visite de travail en Sibérie, lundi 19 décembre, le premier ministre russe, Vladimir Poutine, s'est dit "très déçu" par la corruption dans le secteur de l'énergie. Selon les résultats d'une enquête du ministère de l'énergie, la quasi-totalité du secteur de l'électricité est aux mains de "clans familiaux", liés aux hauts fonctionnaires qui ont été nommés à la tête des principales sociétés publiques. Selon M. Poutine, "sur 352 dirigeants de compagnies électriques, 162 responsables – c'est-à-dire environ un sur deux – sont affiliés à 385 organisations commerciales".

    Ces clans dominent le secteur, caractérisé par des tarifs élevés en raison de l'absence de concurrence. Pire encore, les bénéfices réalisés sont souvent sortis du pays par le biais de structures offshore, mises en place par les clans. La pratique du offshore est sans doute pour quelque chose dans la fuite record des capitaux privés observée en 2011. Depuis janvier, 74 milliards de dollars ont quitté le pays, soit plus du double qu'en 2010. "Les investissements réalisés avec des compagnies étrangères se font presque toujours au moyen d'offshore, pas tant pour échapper aux impôts que pour une question d'environnement juridique", la Russie n'étant pas un Etat de droit, rappelle le quotidien Vedomosti (édition du 20 décembre).

     

    En "libéralisant", en 2008, le monopole public RAO EES, chargé du réseau de distribution d'électricité, le gouvernement a donc favorisé la création de 352 monopoles au lieu d'un. Le numéro un russe vient seulement de s'en rendre compte. Peut-être a-t-il lu le livre sur le blogueur Alexeï Navalny qui vient tout juste de sortir ? – Alexeï Navalny, la terreur des voleurs et des escrocs, de Konstantin Voronkov, 219 pages en russe, éditions Eksmo. Dans un style vivant, le blogueur y raconte les réunions d'actionnaires des entreprises phares du secteur énergétique (Gazprom, Transneft, Sourgoutneftegaz), fustigeant l'opacité et les combines des hauts fonctionnaires. En octobre 2010, il avait accusé le groupe public Transneft, qui a le monopole des oléoducs, d'avoir détourné 2,9 milliards d'euros lors de la construction du tracé Sibérie-Pacifique. Lorsqu'il s'adressa au parquet pour demander une enquête, en tant qu'actionnaire minoritaire de Transneft, on lui expliqua que la police n'avait pas été autorisée à pénétrer dans le bâtiment de la compagnie. "Formellement ces sociétés sont soumises aux lois du marché mais personne ne les considère comme privées parce que selon la loi, elles peuvent faire ce qu'elles veulent, l'Etat ne les contrôle pas", écrit le blogueur trublion.

    300 MILLIARDS DE DOLLARS

    On se demande comment le gouvernement va s'y prendre pour effectuer les "vérifications" ordonnées par Vladimir Poutine auprès des mastodontes publics (Gazprom, Transneft, RJD, soit la SNCF locale, Sovcomflot, Rosatom) et des principales banques (Vnechekonombank, Vnechekonombank, Sberbank).

    Cette soudaine prise de conscience intervient alors que le premier ministre, en campagne pour la présidentielle du 4 mars, est confronté à une contestation sans précédent. La corruption, démesurée (300 milliards de dollars, soit un tiers du budget de l'Etat), est le casse-tête de nombreux Russes, contraints de payer pour inscrire leur enfant à la crèche ou à l'université, pour le raccordement au gaz, à l'électricité, pour les pompiers… "La population en a tellement marre qu'elle m'a engagé comme procureur", assure Alexeï Navalny.

    Marie Jégo


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