• Wikileaks doit nous affranchir du mythe américain

    Wikileaks doit nous affranchir du mythe américain

    Philippe Baumel - Tribune | Samedi 12 Novembre 2011 à 16:01

    il faut voir les Etats-Unis comme ce qu’ils sont, nous explique Philippe Baumel, consultant : une grande puissance luttant contre son propre déclin et dont les classes moyennes s’enlisent dans une spirale de déclassement.



     Wikileaks doit nous affranchir du mythe américain 

    Plus que tout, l’affaire wikileaks met en lumière l’extraordinaire illusion qui a été celle des zélateurs de l’Empire américain depuis trente ans. Que les informations révélées par wikileaks soient d’une insigne pauvreté, ça chacun l’a compris. Berlusconi fêtard, Sarkozy cruel, Poutine véritable homme fort de Russie et Mugabe impitoyable, voilà des informations auxquelles personne naturellement ne s’attendait ! Mais c’est justement dans cette pauvreté que réside une autre information.

    La France, si elle a le Président le « plus pro-américain depuis 1945 » est effectivement à contretemps. La droite, qui avait, grâce au Général de Gaulle et à un relatif consensus sur la politique étrangère transcendant les clivages, rejoint l’idée d’une politique d’indépendance, a totalement succombé aux sirènes de l’atlantisme le plus débridé. Reste donc à savoir si l’opposition va, elle rompre avec cette vision du monde et rejoindre ce qui a fait l’originalité française depuis des décennies : une certaine idée de l’Indépendance.

    A travers ces révélations, toute une mythologie relative à l’hyperpuissance américaine s’effondre. Le Président français qui a une connaissance des Etats-Unis se bornant à peu près à la connaissance de la saison IV de Dynasty et au visionnage de l’Homme qui tombe à pic, est-il désormais capable de fixer une autre feuille de route pour notre pays que le suivisme qu’il a consciencieusement pratiqué ? Le tournant isolationniste du Congrès américain renforce un arrière plan qui laisse le Président français comme un supplétif abandonné et dessine de nouveaux enjeux pour notre politique étrangère. 

    Très clairement, il faut se libérer de la persistance d’un pro-américanisme désuet. Non qu’il faille devenir anti-américains, ce qui n’aurait aucun sens mais au contraire il faut voir les Etats-Unis comme ce qu’ils sont : une grande puissance luttant contre son propre déclin et dont les classes moyennes s’enlisent dans une spirale de déclassement, dont les récentes élections nous font prendre la mesure du danger.

    Il faut, à gauche en particulier, bâtir un lien rationnel avec les Etats-Unis et ouvrir les yeux : wikileaks nous invite à cesser de croire au gendarme (ou au shérif) du monde. On pouvait comprendre, du temps de l’Union Soviétique, qu’il se trouve à gauche des gens qui, sincèrement, préféraient le Parapluie américain au Parapluie bulgare et Eisenhower au Coup de Prague. Mais, depuis 1989, cette vision est totalement désuète et la gauche semble ne pas avoir défini de position réellement lucide et novatrice.

    Nous sommes en permanence écartelés entre un tiers-mondisme daté et un atlantisme soft, entre une mythologie gauchiste et une vision dite raisonnable mais échappant souvent toute raison.

    Wikileaks et ses révélations, non par ce qu’il nous apprend, mais par ce qu’il nous révèle, est une incitation à repenser notre rapport au monde et il y a fort à parier que cette question, si elle n’est pas encore au cœur des débats, pourrait en revanche s’avérer déterminante en 2012…


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