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LEMONDE.FR | 04.02.12 | 18h36 • Mis à jour le 04.02.12 | 22h18

Des victimes du bombardement qui a visé le quartier de Khaldiyé, à Homs, vendredi 3 février.REUTERS/HANDOUT
"Je pars à 10 heures du quartier de Bab Amro, le bastion du soulèvement contre le régime de Bachar Al-Assad, contrôlé entièrement par l'Armée libre de Syrie. Je suis monté à bord d'un taxi qui franchit aussi vite que possible les axes toujours contrôlés par les forces loyalistes, où la menace des tirs de snipers est permanente. Nous croisons d'ailleurs sur notre route un véhicule abandonné criblé d'impacts. Arrivé dans le quartier de Khaldiyé, je me rends dans la rue visée par les premiers obus. Selon les témoins, les tirs provenaient de lieux de la ville contrôlés par les forces loyalistes.
Elle se situe à une vingtaine de mètres de la place principale, Jennat Al-Oulou, lieu des rassemblements nocturnes quotidiens contre le régime au pouvoir à Damas. La rue porte encore les stigmates des bombardements de la veille : traces d'impacts et nappes de sang. Des témoins me livrent leur récit de la nuit : le premier obus est tombé vers onze heures du soir, après la fin de la manifestation qui avait eu lieu sur la place voisine. Un secouriste a tenté de disperser les personnes venues constater les dégâts mais il a dû partir avec les premiers blessés secourus. C'est alors qu'un deuxième puis un troisième obus sont tombés au même endroit, fauchant les présents. Puis deux autres obus sont tombés dans une rue adjacente, toujours à quelques mètres seulement du coeur de Khalidiyé.
Après avoir visité les lieux du drame, je me rends sur la place où commence à affluer la foule venue rendre hommage aux victimes. Lorsque les corps arrivent sur la place, je compte 21 hommes, 23 femmes et deux enfants, soit 45 morts au total. Des témoins m'indiquent que des funérailles ont déjà été organisées le matin même, conformément aux préceptes musulmans qui commandent que les obsèques aient lieu le plus vite possible après le décès. Selon leurs chiffres, entre 15 et 30 morts auraient été ainsi enterrés dans la matinée.
La différence entre le nombre de morts annoncé par l'opposition et celui que j'ai obtenu sur place n'est pas forcément surprenant. Les structures de santé de Khaldiyé ont été totalement submergées par le grand nombre des victimes. Les dispensaires de fortune ont été à ce point pris d'assaut qu'il a fallu réquisitionner en toute hâte des appartements voisins. Un centre de santé scolaire fermé par les autorités au début du soulèvement a été forcé pour pouvoir accueillir des blessés. Une partie des victimes des bombardements, qui ne se sont pas limités aux rues que j'ai parcourues puisqu'on m'a également rapporté des attaques au RPG, a été évacuée en dehors du quartier. Il est vraisemblable qu'elles n'aient pas ensuite été ramenées à Khaldiyé.
Comme les hôpitaux publics encore en service à Homs sont contrôlés par les moukhabarats, les services de sécurité, les blessés sont généralement conduits dans des cliniques privées où ils sont traités rapidement. Lorsque des personnes décèdent de leurs blessures, il arrive que leur corps soit alors conduit vers les hôpitaux publics où il est rendu à leur famille après des procédures administratives parfois longues. On m'a indiqué qu'il arrivait que ces familles soient obligées de signer une déclaration dans laquelle elles assurent que leur proche a été victime de "bandes armées", conformément à la thèse officielle qui impute les violences à des "groupes terroristes". Je n'ai pas vu de mes yeux ce document, mais on m'en a montré une photo prise à l'aide d'un téléphone portable.
Les obsèques organisées samedi vers midi ont rassemblé une foule imposante. Des milliers de personnes avaient convergé vers la place dont une moitié au moins était noire de monde. Selon les personnes présentes, il s'agit du plus grand massacre depuis celui de la place Sa'a, (la place de l'Horloge) lorsqu'un sit-in avait été réprimé dans le sang par l'armée syrienne au début du soulèvement. "
Mani